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Présidentielle 2022 : le rejet d'Emmanuel Macron, une "vraie chance" pour Marine Le Pen

La Fondation Jean-Jaurès publie mercredi 21 avril une étude qui évalue le "risque Rassemblement national à la prochaine présidentielle".

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Marine Le Pen lors d\'une conférence de presse le 22 mars 2021.
Marine Le Pen lors d'une conférence de presse le 22 mars 2021. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Date symbolique, le 21 avril. Il y 19 ans, Jean-Marie Le Pen se qualifiait pour le second tour de la présidentielle, face à Jacques Chirac. Sans grand suspense, le président sortant avait été réélu, à plus de 82 % des voix. Le barrage républicain avait fonctionné.

La Fondation Jean-Jaurès pose cette question : en 2022, ce barrage républicain existera-t-il ? Et le corollaire : quelles sont les chances de Marine Le Pen d’entrer à l’Élysée ? Les chercheurs ont compilé quantité de données, issues d’enquêtes d’opinion, pour apporter une réponse scientifique. Voici ce qu’ils écrivent dans leur note : "À un peu plus d’un an de la prochaine présidentielle, nous considérons la victoire finale de Marine Le Pen comme une possibilité non négligeable". Et d’indiquer les trois conditions pour que Marine Le Pen soit élue.

La première : que l’électorat de droite modérée se reporte massivement sur elle au second tour. La deuxième condition : que le rejet d’Emmanuel Macron dans l’opinion soit équivalent à celui qu’inspire Marine Le Pen. La troisième : qu’elle soit suffisamment "dédiabolisée" pour que les électeurs des candidats éliminés au premier tour - de gauche par exemple - préfèrent s’abstenir que retourner aux urnes. 

Il suffit qu’une seule de ces conditions soit remplie pour que Marine Le Pen ait "une vraie chance de gagner". Et ce n'est pas le report massif de voix de la droite qui inquiète le plus les chercheurs.

Le RN "dédiabolisé"

Ces derniers notent d'ailleurs un paradoxe : si les discours et les programmes entre droite modérée et droite radicale se rapprochent, cela ne se traduit qu'imparfaitement au niveau des électorats. L’électorat LR peut se sentir proche de Marine Le Pen sur les questions culturelles - l’autorité, l’immigration -, mais ce n’est pas le cas sur les enjeux économiques.

Les deux autres conditions en revanche peuvent être plus facilement remplies. D'abord parce que "la stratégie de normalisation de Marine Le Pen porte ses fruits". Les chercheurs observent que son image personnelle s’améliore fortement, celle de son parti aussi. "Jamais il n’a été aussi dédiabolisé" à un an d’une présidentielle, précise la note. "Le RN peut connaître une nouvelle progression dans les urnes (...) s’il persiste dans l’atténuation de son discours sur l’Europe tout ne re radicalisant pas sa rhétorique identitaire". C’est ce qui se passe dans les faits : lissage des discours européen et identitaire.

La "détestation" d'Emmanuel Macron, une vraie force pour Marine Le Pen

Mais la vraie force de Marine Le Pen, selon l'étude, c’est la détestation que pourra inspirer Emmanuel Macron en 2022. "C’est principalement là que le risque Le Pen se situe", d’après les chercheurs, qui constatent qu’aujourd’hui l’électeur de droite par exemple rejette davantage Emmanuel Macron que Marine Le Pen. À l'inverse, Marine Le Pen inspire davantage de rejet qu'Emmanuel Macron auprès de l'électorat de gauche.

Pour autant, la détestation du président sortant reste suffisamment haut, à en croire la Fondation Jean-Jaurès, pour qu'existe le risque d'une forte abstention au second tour si l'affiche oppose Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Cette dernière pourrait alors en profiter, avec un socle électoral plus solide que celui du chef de l'État.

Marine Le Pen lors d\'une conférence de presse le 22 mars 2021.
Marine Le Pen lors d'une conférence de presse le 22 mars 2021. (VINCENT ISORE / MAXPPP)