La majorité présidentielle s'interroge sur la meilleure façon de contrer Marine Le Pen

Le Rassemblement national est en tête des sondages pour les européennes. Diaboliser le parti d'extrême droite ne semble plus suffire et beaucoup s'inquiètent pour la prochaine présidentielle.
Article rédigé par Aurélie Herbemont
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
la présidente du Rassemblement National, Marine Le Pen, à Paris, le 18 novembre 2022. (ALAIN JOCARD / AFP)

Comment contrer le Rassemblement National (RN) ? Cette question obsède la majorité présidentielle. Olivier Véran était à Crépol lundi, dans la commune où le jeune Thomas a été tué, et le porte-parole du gouvernement a été marqué par le témoignage d'un habitant : en 2002 celui-ci avait voté Jacques Chirac "avec une pince à linge" contre Jean-Marie Le Pen, mais la prochaine fois, il en est navré, il votera pour Marine Le Pen.

La progression du vote RN laisse certains élus désemparés comme ce député qui avoue être "à court d’arguments pour convaincre les gens de ne pas voter RN, ils font un sans-faute sur tout". Dernier épisode en date : les manifestations d'ultradroite, qui inquiètent l'exécutif, sont condamnées par le RN, tout à sa stratégie de "respectabilisation".

Alors la majorité fait feu de tout bois contre l'extrême droite. Olivier Véran poursuit sa tournée des villes dirigées par le RN. Vendredi 1er décembre, il sera à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, le fief de Marine Le Pen. Avec son collègue ministre de l'Industrie, Roland Lescure, ils visiteront une usine pour montrer qu'aucun territoire n'est abandonné. Mais cette tournée, "ça fait basculer combien de voix ?" demande un député de la majorité, pas plus convaincu par la méthode d'Éric Dupond-Moretti. Mardi 28 novembre à l'Assemblée, le garde des Sceaux a exhorté le RN à chasser de ses rangs "identitaires", "nazillons", "racistes" et "antisémites". Des macronistes trouvent "essentiel" de continuer à diaboliser le RN quand d'autres estiment que "ça ne marche plus".

Renaissance travail sur un "livre noir" du RN

Sitôt élu en 2017, Emmanuel Macron avait dit qu'il ferait "tout pour que les électeurs n'aient plus de raison de voter pour les extrêmes". Alors les macronistes le martèlent, il faut des "résultats" pour contrer Marine Le Pen, des résultats sur tous les fronts : sécurité, immigration, déserts médicaux, services publics... Une députée esquisse un mea culpa : "l'erreur de départ du macronisme, c'est de croire que quelques points de croissance peuvent résoudre tous les problèmes, alors que le plein-emploi ne suffirait pas à empêcher une victoire de Le Pen", dit-elle.

La majorité cherche aussi à torpiller le "bilan" du RN. Un député Modem les accuse "d'amateurisme" à l'Assemblée. Un proche d'Édouard Philippe se penche sur les maires RN : "sont-ils efficaces ou pas ? Il n'y a qu'en montrant leur impréparation qu'on peut lutter" dit-il. Renaissance travaille de son côté sur un "livre noir" du RN à Bruxelles, qui sortira pendant la campagne européenne. Signe d'une inquiétude pour 2027, quand on demande à des macronistes s'ils ont un favori parmi les candidats potentiels, beaucoup répondent : "celui qui nous assure de battre Marine Le Pen".

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