Immigration : bras de fer au gouvernement pour organiser une convention citoyenne

Gérald Darmanin ne désarme pas. Malgré un récent report de son projet de loi immigration, le ministre de l’Intérieur imagine toujours prochainement en déposer un nouveau. Pourtant en coulisses, l’idée d’une convention citoyenne sur le sujet séduit de plus en plus.
Article rédigé par franceinfo ­, Jean-Rémi Baudot
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Olivier Véran et Gérald Darmanin à l'Elysée le 10 novembre 2022 (LUDOVIC MARIN / AFP)

C’est une idée qui part d’un constat simple : depuis la loi Pasqua de 1986, 21 lois ont été votées sur l’immigration, l’asile et la nationalité. Cela fait un texte tous les 18 mois, le signe que depuis François Mitterrand, jamais la France n’a réussi à se fixer sur ce sujet une orientation stable, socialement et politiquement acceptée par tous.

Pour ses promoteurs, une convention citoyenne sur l’immigration permettrait de reposer les termes du débat de manière apaisée et constructive comme ce fut le cas sur le climat ou la fin de vie. Derrière cette idée, on retrouve une poignée d’associations, du Secours Catholique à Emmaüs, qui se sont rassemblées en octobre dernier quand le gouvernement a lancé ses propres consultations. Ces ONG rassemblées sous la bannière "Pour un débat apaisé" font campagne depuis six mois : rencontres de l’Élysée à la présidence de l’Assemblée, du CESE aux ministères… Leur objectif : qu’une convention citoyenne de plusieurs mois permette à chaque Français de saisir la complexité de la question migratoire et de sortir des raccourcis et des instrumentations politiques.

Au sein de l’exécutif, il y a plusieurs clans. Le plus sensible à la question, c’est Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement. Il s’est plusieurs fois positionné pour une telle convention citoyenne. De l’autre côté, il y a ceux qui sont farouchement contre. Sans surprise, la droite de la macronie :  Gérald Darmanin ou Aurore Bergé.

Entre les deux, il y a ceux qui s’interrogent. Selon nos informations, la question a été au cœur d’un débat lundi à l’Elysée lors de la réunion de la majorité avant l’allocution du Président. Emmanuel Macron n’a jamais officiellement dit ce qu’il en pensait mais il se murmure qu’il pourrait peut-être se montrer attentif à l’idée. 

Le texte porté par Gérald Darmanin n’a plus de majorité

Pour la macronie, il y a peut-être une fenêtre. Organiser une nouvelle convention citoyenne répondrait à l’envie de la population d’avoir son mot à dire sur les politiques publiques. Par ailleurs, les études d’opinion montrent que le sujet n’est pas actuellement dans les priorités des Français. "Il faut en profiter, ce sera moins émotionnel", plaide un membre de cabinet.

Enfin, politiquement, il y a surtout un principe de réalité. Initialement, le texte immigration était censé fédérer la droite avec plus de fermeté sur les reconduites, et la gauche avec des permis de travail pour les métiers en tension. Cette conjugaison du "en même temps" n’est plus d’actualité. Aujourd’hui la majorité n’a aucun allié pour ce texte. Une convention citoyenne pourrait être une porte de sortie et pourrait permettre de donner la parole aux citoyens sur l’immigration avant que le parlement ne reprenne la main. 

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