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Le brief éco. AT&T-Time Warner : une fusion américaine logique mais risquée

Le géant américain des télécommunications AT&T va racheter pour 85 milliards de dollars le groupe de médias Time Warner. L’opération va bouleverser le paysage médiatique aux Etats-Unis.

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Logo AT & T (JOHN ANGELILLO / MAXPPP)

Le géant américain des télécommunications AT&T a annoncé samedi 22 octobre qu'il allait racheter pour 85 milliards de dollars le groupe de médias Time Warner. L’opération devrait être finalisée d'ici fin 2047. Elle va bouleverser le paysage médiatique aux Etats-Unis.    

AT&T met le paquet pour Time Warner puisque si l’on inclut la dette, qui permet de réaliser ce mariage, on approche les 110 milliards de dollars. Le nouveau groupe pèsera 300 milliards en bourse. Un mastodonte à la fois au niveau des tuyaux (les supports : télephones, câble et internet) et des contenus (les programmes). L’opération fait sens à l'heure du tout internet. Le marché des télécoms est aujourd'hui saturé pour AT&T. Il lui faut donc aller chercher de la croissance ailleurs, sans compter avec la concurrence féroce de nouveaux opérateurs comme Netflix, Amazon, etc. Cela pour l’amont. En aval, ce sont autant d’opportunités de nouveaux marchés pour les créateurs de contenus, les annonceurs pour la publicité.

Quelles conséquences en termes de concentration dans les médias ?

Les autorités de la concurrence doivent se prononcer. L’été dernier déjà, AT&T avait racheté pour 50 milliards de dollars DirecTV pour devenir l’un des plus gros acteurs sur le marché américain de la télévision payante. Aujourd’hui, avec Time Warner qui possède notamment les studios Warner Bros et des chaines de télé comme CNN ou HBO,  AT&T met la main sur des contenus sport, cinéma ou des séries (Game of Thrones).

Ce gigantisme laisse dubitatif certains analystes, surtout après l'opération malheureuse pour Time Warner dans les télécoms : en 2000 il avait fusionné avec AOL pour divorcer neuf ans plus tard.

Pourrait-on assister à une telle opération en Europe ?

Il y a en Europe des personnages ambitieux, à l'image du propriétaire de SFR Patrick Drahi, ou de Vincent Bolloré. On pourrait imaginer Orange fusionner avec Vivendi et reprendre Canal+, ou pourquoi pas l'allemand Bertelsmann avec Bouygues... Tout cela relève du fantasme.

Nous sommes beaucoup plus prudents en Europe, plus rationnels. Et puis un précédent malheureux est resté dans toutes les mémoires et freine les ardeurs : en 2000, le groupe Vivendi présidé alors par Jean-Marie Messier – surnommé à l’époque "J6M" = Jean-Marie Messier-Moi-Même-Maître-du-Monde – se mariait avec l’américain Universal pour créer le numéro 2 mondial des médias. Résultat : catastrophe industrielle, endettement astronomique, chute du titre en bourse. Et départ fracassant du big boss. Donc, non pour une telle fusion en Europe, du moins pour l’instant. Question de taille, de question de culture, aussi et surtout.

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