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L'équipe de Didier Raoult reconnaît-elle l'inefficacité de l'hydroxychloroquine ?

L'équipe de l'IHU de Marseille reconnaît dans une lettre destinée à une publication scientifique que l'hydroxychloroquine ne réduit pas la mortalité des patients Covid. En revanche, ce n'est pas pour ça qu'elle ne défend plus le traitement. Explications.

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Le professeur Didier Raoult, directeur de l\'IHU à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 27 août 2020
Le professeur Didier Raoult, directeur de l'IHU à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 27 août 2020 (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

L’hydroxychloroquine n’est décidément plus considérée comme le remède miracle contre le Covid-19. Et cette fois, c’est même Didier Raoult et son équipe marseillaise qui le reconnaissent : dans une lettre publiée ce mois-ci sur le site du Centre national d’information en biotechnologie, l’équipe de professeur Raoult admet les critiques faites par leurs pairs sur leur étude du mois de mars auprès d'une quarantaine de patients. Dans cette lettre, elle reconnaît qu’il n’y a pas de différences significatives entre les patients traités à l’hydroxychloroquine et les autres, en particulier sur un critère-clé : leur survie. Au final, l'étude estime que ces patients n'ont pas moins besoin d’oxygénation, ou qu’ils ne meurent pas moins que les autres qui sont sous un traitement standard. 

Inefficacité sur la mortalité... mais pas totale, selon l'IHU

Une partie de l’équipe de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée infection a répondu ce week-end sur les réseaux sociaux à tous ceux qui les montraient du doigt en les traitant d'irresponsables pour avoir donné de faux espoirs aux gens et provoqué un tel engouement sur un traitement dont le bénéfice-risque n'est reconnu aujourd'hui ni par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), ni par la  Haute autorité de santé (HAS).

L’étude faite en mars, et qui ne montre un résultat que sur six patients au final, estime que ceux traités avec l’antipaludique ont une charge virale qui baisse plus vite que les autres et que cela réduit leur durée d’hospitalisation. Les critiques de méthode portaient sur des groupes pas assez significatifs et sur une faible part de patients pour conclure, sans essai au hasard en double aveugle.

Didier Raoult rejette la méthode et estime que moins il y a de patients pour qui cela marche, plus ce serait significatif. Depuis, de longs mois de dialogue de sourds ont eu lieu, avec beaucoup de procès d’intention : les uns sont achetés par les labo, les autres ont trop d'ego... Malgré tout cela, la question principale reste : l'hydroxychloroquine empêche-t-elle les patients de mourir ? La conclusion est non, alors pourquoi encore en débattre ? Pour prendre de la chloroquine le plus tôt possible, en espérant que cela protège les patients : c'est ce que défend toujours l’équipe de l’IHU.  

Une autre étude a conclu à l'inefficacité de l'hydroxychloroquine

L’essai Solidarity, réalisé par l’Organisation mondiale de la santé, et dont l’étude a été revue, corrigée et publiée en décembre dernier dans le New England Journal of Medecine, a concerné plus de 11 000 patients Covid et a comparé les effets de quatre traitements, dont celui avec l’hydroxychloroquine. Conclusion : il ne voit pas de différences fondamentales pour faire baisser la mortalité. Même chose pour d'autres études en traitement précoce.

Du coup, dans les hôpitaux où les soignants se battent au quotidien contre une nouvelle vague de l’épidémie, ce débat semble clos et cela fait longtemps que l’on compte plutôt sur les corticoïdes, l’oxygénation, et la position ventrale que sur l’antipaludique pour sauver la vie des patients.  


 

Le professeur Didier Raoult, directeur de l\'IHU à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 27 août 2020
Le professeur Didier Raoult, directeur de l'IHU à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 27 août 2020 (CHRISTOPHE SIMON / AFP)