Académie des beaux-arts : qui est Catherine Meurisse, la dessinatrice qui rend la bande dessinée immortelle ?

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L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.
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Radio France
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L'auteure de bande dessinée française Catherine Meurisse pose lors d'une séance photo lors de la 46e édition du festival international de la bande dessinée d'Angoulême, le 27 janvier 2019. (JOEL SAGET / AFP)

On avait beau parler de "9e art", la BD a longtemps été bannie de la Coupole où Catherine Meurisse débarque donc avec ses bulles et ses cartouches. Intruse par sa discipline mais aussi par son âge : 42 ans, elle, désormais la plus jeune dans les cinq académies du quai Conti. Pour l’occasion, la section "gravure" a été rebaptisée - mesurez la révolution ! - "gravure et dessin".

Elle siège déjà tous les mercredis depuis presque trois ans puisqu'elle a été élue en janvier 2020, mais l’installation officielle n’avait pas encore eu lieu. "Une troupe de Dalton en habits verts vous accueille comme leur petite sœur", a lancé l’historien Adrien Goetz qui l’accueillait, et qui avait glissé à Catherine Meurisse la rumeur selon laquelle la BD pourrait entrer à l’Académie, comme elle l’a raconté dans son discours. "Il s'agirait de faire entrer par effraction la bande dessinée sous la coupole, cette académicien, car s'en était un, m'invitait à faire un casse. Je ne pouvais que prêter l'oreille à ce professionnel. Quelques semaines plus tard, la chance était tentée et souriait à la bande dessinée. Un casse, sans dommages, sans violence. Un pied de nez sans pied de biche : une adoption. Le fier Eugène Delacroix, fauteuil numéro 13 souriait peut-être de ne pas avoir son propre coussin à al nouvelle venue, lui qui avait par huit fois tenté d'entrer à l'Académie. Cher Eugène n'en parlons plus."   

Des études de lettres modernes 

Eugène Delacroix au fauteuil 13, et Catherine Meurisse au fauteuil 11 occupé donc par le peintre Arnaud d’Hauterives jusqu'en 2018. Quant à l'épée d'académicien, c’est Blutch, ancien camarade d’atelier qui la lui a remise, avec quatre petites plumes d'encrier scellées dont celles de Luz, de Claire Bretécher.

Catherine Meurisse vient de Niort, dans les deux Sèvres. Lycéenne assez drôle m’a dit l’une de ses camarades de seconde, qui déjà caricaturait les visages de toute la classe, un peu comme ce que faisait à l’époque Cabu dans le club Dorothée. En 97, elle a 17 ans, elle gagne d’ailleurs "l’écureuil d’or", le concours lycéen du festival d’Angoulême. Celle qui se trouve facile elle-même à caricaturer, "avec son grand pif et ses cheveux super raides" ,dit-elle, fera des lettres modernes en fac puis une école d’art, l’École Estienne à Paris. Mais toute son enfance c’est la campagne, où ses parents, un peu babacools étaient retournés s’installer. Ce qu’elle poétise dans l’album " les grands Espaces ". Dans le discours d’accueil, Alain Goetz fait le parallèle avec les meules que dessinait Monet, elle dessine les maladies des arbres, ou celles qui frappent les ruches, comme un hommage à son père ingénieur des forêts et apiculteur à ses heures. 

Un hommage aux auteurs de BD 

C’est aussi la dessinatrice de presse qui entre à l’Académie puisqu’elle a longtemps travaillé pour Charlie Hebdo. Dès la fin de ses études en 2005, et jusqu’à l’attentat en 2015 auquel elle échappe car arrivée en retard à la conférence de rédaction, elle a longuement rendu hommage à ses camarades de crayon. "Dans l'écurie d''Harakiri', dans l'étable de 'Charlie' entre le bœuf et l'âne gris, Cabu, GB, Reiser, Willem, Fournier, Fred, Siné, Wolinsky, Topor, et plus tard Charb,Tignous, Aranega, [...], Berth, nos noms et pseudonymes ressemblent à des onomatopées de comic strip. Sept janvier 2015 attentat. Deux abrutis ont fait non pas un pas de côté mais un pas très en arrière. MA jeunesse prendra fin subitement ce jour-là. Désormais la bande dessinée m'occupera totalement. 

À la fin de cette année 2015, c’est à la villa Médicis à Rome qu’elle ira retrouver une forme de Légèreté, c'est le titre de l'album qu'elle en tire. "vous avez eu l’impolitesse de l’espérance", dit joliment Adrien Goetz. Ce qui frappe et qui lui vaut peut-être de devenir immortelle : c'est son éclectisme. Catherine Meurisse navigue de Charlie à Okapi en passant par Philosophie magazine. De la peinture, elle a fait un album sur Delacroix, à la littérature : Dans Mes hommes de lettres en 2008, elle avait "repeint" le Lagarde et Michard en transformant les plus grands écrivains en stars du rock.

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