Catherine Meurisse partage sa vie en dessin et sa quête de la beauté dans une exposition au Centre Pompidou

Succédant à Claire Bretécher (2015) ou Riad Sattouf (2018), la dessinatrice de BD Catherine Meurisse est exposée à la BPI du Centre Pompidou. "Catherine Meurisse, une vie en dessin" est une invitation à entrer dans le monde prolifique et drolatique de la dessinatrice.

Entrée de l\'exposition \"Catherine Meurisse- La vie en dessin\", 29 septembre 2020
Entrée de l'exposition "Catherine Meurisse- La vie en dessin", 29 septembre 2020 (Laurence Houot / FRANCEINFO Culture)

L'exposition rétrospective consacrée à la dessinatrice Catherine Meurisse présentée à la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou (BPI) ouvre ses portes le 30 septembre 2020, quelques jours après l'attaque commise près des anciens locaux de Charlie Hebdo. Même si la dessinatrice a préféré annuler sa venue lors de la présentation, elle est bien là, présente à travers ses dessins et ses mots, à travers ses couleurs et toute son œuvre, prolifique, joyeuse et libre au-delà de tout, portant la force d'un engagement tout en humour et en légèreté profonde.

L'exposition de la BPI du Centre Pompidou, est pour l'essentiel reprise de celle qui avait été présentée au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en février 2020. Le travail de Catherine Meurisse est ici toutefois présenté dans une nouvelle scénographie signée Valentine Dodi et Nicolas Groult, et dirigée par deux commissaires d'exposition : Isabelle Bastian-Dupleix et Caroline Raynaud. Enrichie d'œuvres originales et des dernières expérimentations de la dessinatrice, l'exposition est à voir jusqu'au 25 janvier 2021.  

La passion du dessin

On est accueillis dans l'exposition par la bouille décidée d'enfant encadrée de la dessinatrice. Un autoportrait à l'âge de cinq ans, comme un petit geste de bienvenue.

\"Autoprotrait\", crayons de couleurs, Catherine Meurisse, 1985
"Autoprotrait", crayons de couleurs, Catherine Meurisse, 1985 (Laurence Houot / FRANCEINFO Culture)
"J'ai toujours dessiné. Avec ma sœur, on dessinait, elle écrivait le scénario, je faisais les dessins ou l'inverse. J'ai toujours dessiné des animaux, des chats, des lapins, habillés comme des humains ", confie Catherine Meurisse dans une interview diffusée dans l'exposition. "Nous avons décidé d'ouvrir l'exposition avec cet espace appelé 'La passion du dessin', consacré à la jeunesse, avec les premiers dessins, les travaux pour la jeunesse et les inspirations de Catherine Meurisse : Quentin Blake, Sempé, Tomi Ungerer, Georges Beuville, Gotlib, Bretécher… ", souligne Caroline Raynaud.

On découvre dans ce premier espace des pages de ses cahiers d'école, parfaitement soignés et ses premiers dessins d'enfant, qui dévoilent déjà une maîtrise précoce de la mise en scène, avec un souci de la représentation du réel et une drôlerie dans les détails du décor, dans les postures de ses personnages. "Quand elle a quatorze ans, elle gagne le concours de la BD scolaire d'Angoulême. Ensuite elle va concourir et gagner chaque année pendant quatre ans !", raconte la co-commissaire de l'exposition. "C'était vraiment génial et je me souviens que ma classe et mes profs m'avaient soutenue, ils m'avaient même fait un cadeau, une Histoire de la BD par Bernard Duc en deux volumes. Ils ne me voyaient pas comme le petit singe savant qui sait dessiner mais ils m'encourageaient et tout ça était très joyeux", se souvient Catherine Meurisse.

Planche de l\'album \"Les grands espaces\"
Planche de l'album "Les grands espaces" (Catherine Meurisse / Dargaud 2018)

"Au départ, elle n'avait pas envisagé de devenir dessinatrice, même si elle raconte avoir eu son premier choc esthétique à l'âge de 13 ans, lors d'une visite au grand Louvre avec sa famille", explique Caroline Raynaud. "C'était un peu la famille qui sort de son Poitou et qui monte à la grande ville. Et là j'ai eu un choc, j'ai été particulièrement bouleversée par les tableaux représentant la nature", explique la dessinatrice, qui a grandi à la campagne. "C'était un choc mais en même temps c'était familier, je me sentais chez moi, j'étais à la maison, et j'ai compris plus tard, après l'attentat de Charlie, que j'avais besoin de ces deux visions, celle de la nature où j'ai grandi, réelle, et celle qui est représentée dans les œuvres des grands peintres, c'est ce qui m'a consolée, et qui m'aide aujourd'hui encore", confie Catherine Meurisse. A la sortie du bac, elle s'inscrit en fac de lettres, une autre passion, qui transparaît dans cette première salle, avec les planches de son album Mes hommes de lettres, paru en 2008 aux éditions Sarbacane.

Les années Charlie

La révélation d'une vocation de dessinatrice vient plus tard, d'abord avec les journées portes ouvertes de l'école Estienne. Elle y entre et obtient en 2002 son diplôme, puis enchaîne avec l'école des Arts Déco, dont elle sort en 2005. "En 2001 elle a gagné le trophée Presse-citron. Dans le jury, il y avait Tignous, Honoré, Charb de Charlie Hebdo, mais aussi Dominique Boll qui dessine dans le journal Les Echos", raconte la commissaire d'expo. "J'avais présenté 50 dessins alors qu'ils en demandaient deux ou trois. Ils se sont dit : elle est motivée celle-là. Et ils m'ont proposé de passer à Charlie Hebdo pour montrer mon travail", raconte la dessinatrice. "Elle commence à travailler pour les deux publications mais elle veut d'abord finir ses études" ajoute Caroline Raynaud.

En 2005, Catherine Meurisse est embauchée à Charlie Hebdo. C'est le début d'une aventure qui va durer dix ans, jusqu'à l'attentat de janvier 2015, qui a coûté la vie à tous ses amis de Charlie. Une salle de l'exposition est consacrée à ce travail de presse. Un mur avec les unes dessinées par Catherine Meurisse, mais aussi ses reportages dessinés et les albums qui en sont nés, comme Savoir-vivre ou mourir (Les Échappés, 2010), Drôles de femmes, avec les textes de Julie Birmant, (Dargaud, 2010) ou encore Scènes de la vie hormonale (Dargaud, 2016). Une somme de planches, documents qui mettent en lumière "son humour, toujours un petit pas de côté", souligne la commissaire.

Les unes de Charlie Hebdo dessinées par Catherine Meurisse, exposée dans l\'exposition \"Catherine Meurisse- La vie en dessin\", 29 septembre 2020
Les unes de Charlie Hebdo dessinées par Catherine Meurisse, exposée dans l'exposition "Catherine Meurisse- La vie en dessin", 29 septembre 2020 (Laurence Houot / FRANCEINFO Culture)

"Catherine Meurisse n'est pas une militante. Elle a ce regard corrosif et engagé. On peut être engagé sans être militant, comme l'était Claire Bretécher, une de ses grandes inspiratrices", souligne Caroline Raynaud. Tout ce travail de dessin de presse, exposé dans un espace ouvert lumineux, est encadré par deux planches fondatrices : celle de son premier reportage à Charlie, annoté par Riss, et la dernière, dessinée en apnée pour le Numéro des survivants.  

Le retour à soi

L'attentat de Charlie Hebdo marque un pivot dans la vie et dans l'œuvre de Catherine Meurisse. C'est ce que l'on observe dans la troisième salle de l'exposition, intitulée "Revenir à soi". Ce que les attentats de Charlie et la perte de ses amis a provoqué en elle, Catherine Meurisse l'a raconté dans La légèreté, paru en 2016 aux éditions Dargaud. 

"Après les attentats de Charlie Hebdo, Catherine Meurisse n'a pas pu dessiner pendant des mois", raconte la commissaire. "Et puis un jour, elle est allée se promener avec des amis sur la dune du Pilat. Le coucher de soleil lui est apparu comme une peinture de Rothko. A partir de là, elle a commencé ce qui est présenté ici, son journal intime dessiné", raconte Caroline Raynaud.

Interview de Catherine Meurisse en 2016 à la sortie de "La légerté"

"Ce qui est incroyable et bouleversant, c'est que ce journal de 70 pages est le début, sans presqu'aucun repentir, de la première partie de La légèreté", remarque-t-elle. Les pages de ce journal intime sont feuilletées en vidéo. "Catherine ne s'en sépare jamais. C'est la raison pour laquelle il n'est pas physiquement dans l'exposition".  

Le journal intime dessiné de Catherine Meurisse, présenté en vidéo dans l\'exposition  \"Catherine Meurisse- La vie en dessin\", 29 septembre 2020
Le journal intime dessiné de Catherine Meurisse, présenté en vidéo dans l'exposition  "Catherine Meurisse- La vie en dessin", 29 septembre 2020 (Laurence Houot / FRANCEINFO CUlture)

"Quand on lui a proposé de publier ce journal sous forme d'album, Catherine Meurisse ne comprenait pas l'intérêt. Elle pensait que c'était une histoire trop intime, trop personnelle et trop unique pour intéresser le grand public. Et pour elle Charlie était un 'nous', et devait le rester, et pas un 'je'. Elle a eu un déclic avec l'album de Luz, Catharsis. Là, elle a compris que pour revenir au 'nous', il fallait en passer par un retour sur soi", explique Caroline Reynaud.

\"La légèreté\", Cathrine Meurisse
"La légèreté", Cathrine Meurisse (Dargaud 2016)

Un retour à soi indispensable. "Catherine Meurisse dit qu'après avoir perdu ses amis, elle a eu besoin de rassembler, de se rassembler, de ramener à elle une part de son enfance, pour ne plus perdre personne". On trouve dans cet espace en courbes, tout en douceur, les planches de La Légèreté, mais aussi le travail de Catherine Meurisse sur son album Les grands espaces (chez Dargaud, 2018). "C'est une nouvelle étape dans son travail, où elle prend le temps de dessiner et, comme elle le dit, de se laisser 'submerger par la beauté'".

"Si on ne peut plus rire, on n'est plus rien"

L'exposition s'achève dans une explosion de couleurs, avec des planches de son album sur Delacroix, à l'origine son projet de diplôme en 2005, en noir et blanc, et qu'elle a repris en couleurs pour en faire son album Delacroix, adapté d'Alexandre Dumas, publié chez Dargaud en 2019. On trouve également dans cet espace les planches qu'elle a dessinées lors de sa résidence au Japon, un pays qui la fascine, et qui fait l'objet de son prochain album.

\"Delacroix\", Catherine Meurisse
"Delacroix", Catherine Meurisse (DARGAUD 2019)

"Nous voulions terminer sur la couleur, et sur le mouvement", souligne la commissaire. "Je redécouvre la lenteur, mon cerveau ne travaille plus de la même manière. Il ne réagit plus au quart de tour pour synthétiser un fait politique en deux coups de crayon, il prend le temps de laisser infuser des idées et des impressions", confie Catherine Meurisse, créatrice sans cesse en recherche, qui dit redouter de voir son dessin "s'avachir", et qui reste résolument attachée à la liberté et à l'humour. "Ça me rend hargneuse d'imaginer que cette liberté peut s'arrêter. Si on ne peut plus rire, on n'est plus rien. On n'est que poussière", conclut cette merveilleuse dessinatrice à découvrir en douceur à la BPI jusqu'au 31 janvier 2021.

Affiche de l\'éxposition \"Catherine Meurisse- La vie en dessin\", 2020
Affiche de l'éxposition "Catherine Meurisse- La vie en dessin", 2020 (BPI Centre Pompidou)

Exposition Catherine Meurisse - La vie en dessin
BPI Centre Pompidou
du 30 septembre au 31 janvier 2020

Programmation associée :

- Grand entretien avec Catherine Meurisse (Lundi 2 novembre 2020 - 19h00)
- BD-Concert : autour de l'oeuvre de Catherine Meurisse (Lundi 11 janvier 2021 -  19h00)
- Ateliers dessinés tout public, ateliers d’analyse d’images pour les scolaires, ateliers FLE (français langue étrangère) Gratuits et sur réservation • Individuels : voir sur www.bpi.fr / Groupes et scolaires : visites@bpi.fr
- Visites guidées gratuites sur réservation (Individuels: voir www.bpi.fr / Groupes et scolaires : visites@bpi.fr / Visites en langue des signes française Mardi 17 novembre 18h / Samedi 12 décembre  11h / Mercredi 13 et samedi 23 janvier 11h Contact et inscription : lecture-handicap@bpi.fr)