40 ans du Sida : qui est Gaëtan Dugas, longtemps considéré à tort comme le patient zéro aux États-Unis ?

L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.
Article rédigé par France Info
Radio France
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Le ruban rouge, symbole de la lutte contre le Sida, au festival Solidays, le 27 juin 2014 à Paris. (PHILIPPE LECOEUR / MAXPPP)

Ce 20 mai 2023 marque les 40 ans de la publication, dans la revue Science, de la première description du virus responsable du Sida par les équipes de l’Institut Pasteur. La pandémie de Covid-19, nous a rappelé à quel point chercher le patient originel pouvait être perçu comme une urgence, un fantasme sociétal, voire médiatique. L'expérience du Sida montre que ça n’a pas beaucoup d’intérêt scientifique. En l’occurrence, Gaëtan Dugas a été injustement considéré comme le patient zéro du Sida aux États-Unis.

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Il est né à Québec en 1953, Steward d’Air Canada, il voyage beaucoup. C'est son métier. Très joli garçon, blond, fine moustache, ouvertement homosexuel, un garçon séduisant qui aime vivre et qui visiblement multiplie les conquêtes. En juin 1980, il est atteint de la maladie de Kaposi, une tumeur vasculaire due à un herpèsvirus très particulier. Il s'agira en fait, d'un des symptômes du VIH qui sera identifié l'année suivante au sein des communautés gay de Californie et de New York. Il sera vite surnommé "cancer gay", puis appelé Sida. Gaëtan Dugas a 27 ans.

Deux ans plus tard, il participe, il coopère même activement à une étude sur les premiers malades du Sida au centre pour le contrôle des maladies : il est le "patient 57". Il coopère tellement qu’il permet aux chercheurs d’identifier huit autres malades parmi ses partenaires, quatre sur la côte Est, quatre en Californie. Cela contribue à établir la probable transmission sexuelle de la maladie.

Désigné "patient 0" à cause d'une confusion

Gaëtan Dugas meurt en 1984, à 31 ans. C’est à ce moment-là qu’une confusion va avoir des conséquences terribles. Le stewart canadien est désigné dans une étude épidémiologique cette année-là comme "patient O", pour "Out of California" (hors de Californie). Mais le O est par erreur, lu comme zéro. Il devient le coupable parfait, celui qui a introduit la maladie sur le continent nord-américain.

Le terme "patient zéro" apparaît en 1987 dans un livre And the Band Played d’un dénommé Randy Shilts. Ce denier insiste notamment sur le fait qu’il a continué à avoir beaucoup de rapports non protégés à la fin de sa vie, alors qu'il connaissait les risques pour ses partenaires. "Vous ne devriez pas avoir peur de quelqu’un qui a le Sida ou de quelqu’un qui a des symptômes parce qu’il n’y a pas de raison particulière pour que vous soyez en contact avec l’agent infectieux. Ce n'est pas parce que vous avez un partenaire qui a le Sida que vous avez le Sida. C’est un terrible signal que vous donnez aux gens comme s’il fallait avoir peur de ces gens ?" déclare-t-il lors d’une assemblée en 1983, avec des malades du Sida. À la tribune un responsable lui réplique qu’il devrait prévenir le partenaire a minima qui décidera ensuite. 

"Blanchi" 36 ans après sa mort 

Les recherches se poursuivent et permettent de progresser, notamment dans la compréhension de la période d’incubation. C’est alors que les chercheurs découvrent des cas bien antérieurs à Gaëtan Dugas, à la fin des années 70.  Michael Worobey, biologiste moléculaire de l’université de Tucson en Arizona, analyse la séquence génétique de souches virales VIH dans des échantillons sanguins datant de 1978 et 1979, chez des hommes homosexuels et chez des bisexuels à San Francisco et à New York. En les comparant avec l’échantillon de Gaëtan Dugas de 1983, il réalise que son génome viral n’est déjà plus tout à fait le même que les tous premiers trouvés à New York.

Il sera officiellement "blanchi" en 2016. Pour le grand public, c’est le documentaire d’une journaliste, Laurie Lynd, Killing patient zero, qui rend justice à Gaëtan Dugas en 2019, avec beaucoup de témoins de l’époque. Elle a d’ailleurs l’honnêteté de dire que le journaliste qui en 1987 avait pointé Gaëtan Dugas, avait lui aussi voulu accélérer la prise de conscience en se disant que "tant qu’il n’y a pas de nom, tout le monde s’en fiche". Depuis des internautes lui rendent encore hommage. 

 

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