L'info de l'histoire : le Hezbollah, entre terrorisme et puissance régionale

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Article rédigé par Fabrice d'Almeida
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s'exprime dans un discours retransmis à la télévision libanaise, le 3 janvier 2024. à Beyrouth. (HOUSSAM SHBARO / ANADOLU via AFP)

Alors que les combats s’intensifient à la frontière entre le Liban et Israël, et que les risques de guerre totale s’accroissent, il faut revenir sur le Hezbollah, une organisation qui a beaucoup changé au fil de l’histoire. Au départ, des combattants chiites du sud Liban organisent un mouvement de résistance contre l’occupation israélienne de cette zone, en 1982. Soutenus par l’Iran qui envoie des Pasdaran (gardiens de la Révolution iranienne) les former et les armer, ils constituent une milice puissante.

Des actes terroristes clandestins jusqu'à un mouvement structuré

Très vite la France apprend à connaître ces groupes qui organisent l’attentat contre les forces américaines (241 morts) et françaises (58 morts) d’interposition, à l’hôtel Drakar, le 23 octobre 1983. Ces actes terroristes ne sont pas revendiqués puisqu’à cette époque, le Hezbollah agit encore dans la clandestinité.

Tout change en 1985, le mouvement se dote d’une charte, et devient une organisation politico-religieuse autant qu’une milice fortement armée. L’Iran, toujours, lui apporte son soutien avec des rencontres directes avec l’Ayatollah Khomeiny. C’est encore le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, qui adoube en 1992 Hassan Nasrallah comme chef du Hezbollah, originaire de Beyrouth mais identifié au sud Liban pour y avoir vécu longtemps.

La stratégie de "libanisation" du Hezbollah

Nasrallah maintient Israël comme ennemi numéro du Hezbollah. Mais il pousse dans une stratégie souvent qualifiée de "libanisation", une façon de s’enraciner dans le pays, de faire corps avec lui, quitte à ouvrir ses institutions d’aides, de formation, de charité, voire de combat à des hommes issus d’autres obédiences religieuses, du moment qu’ils souhaitent défendre le Liban. Le choix du général chrétien Michel Aoun de s’allier avec le Hezbollah ressort de cette stratégie.

La victoire face à Israël en 2006 conforte cette position dominante au Liban. La nouvelle charte adoptée en 2009 à l’initiative de Nasrallah, prend acte des évolutions, mais garde les principes constitutifs bien vivants. Puis, à partir de 2013, à l’instigation de l’Iran, le Hezbollah entre dans le conflit syrien. Il soutient les forces de Bachar el-Assad et donne sur le terrain un avantage certain à ce régime. Pour combattre Israël, le Hezbollah entretient des relations fortes avec le Hamas dont il a armé et formé des membres depuis 2017. En somme, cette organisation terroriste est devenue un acteur régional.


Pour aller plus loin, voir la thèse d’Alain Monnier, "La pensée et la communication du Hezbollah : un processus de libanisation", sous la direction de Gilles Ferragu, soutenue le 19 juin 2024, Université Paris-Nanterre, 531 pages.

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