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Joe Marler, star de l’équipe de rugby d’Angleterre, renonce à son "personnage de macho" et se confie sur sa dépression

Pilier du XV de la Rose, âgé de 30 ans, Joe Marler raconte la dépression avec laquelle il cohabite depuis quatre ans et explique pourquoi il ne supporte plus le personnage de faux-dur qu’il s’était créé pour s'intégrer dans le monde du rugby.

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Joe Marler avant le match de rugby du Tournoi des six nations contre l\'Italie, au stade de Twickenham à Londres, le 17 février 2017.
Joe Marler avant le match de rugby du Tournoi des six nations contre l'Italie, au stade de Twickenham à Londres, le 17 février 2017. (GLYN KIRK / AFP)

La dépression, ça arrive à tout le monde, surtout à ceux qui ne veulent pas en entendre parler. C’était le cas de Joe Marler, 30 ans, et véritable star en Angleterre. Pilier du club de rugby des Harlequins et surtout du XV de la Rose, avec 71 sélections, il multiplie ces derniers jours les interviews - au Daily Mail, à Sky News, au Guardian - pas pour parler de sport, mais de sa dépression.

Il y raconte comment il s’est forgé à 19 ans une carapace de dur, parce qu’en pleine mêlée, un adversaire l'a traité de "sensible" pour le déstabiliser et que la provocation a marché. "À ce moment-là, pour éviter que ça recommence, j’ai décidé de devenir un mâle alpha, le faux-dur que tout le monde connait, explique-t-il. Je me suis mis à provoquer, à jurer, à parler fort, en mode : "Je ne pleure pas, et je vous emmerde."  Crête sur la tête et tatouages partout, il s’est divisé en deux : Joe, le vrai, tendre et sensible en famille, et Marler, le faux, le dur-à-cuire en crampons.

Une Coupe du monde sous antidépresseurs

Cette double vie a tenu quelques années. Mais en 2016, tout a commencé à se fissurer. Insidieusement. Avec des crises de larmes en voiture, des questions obsessionnelles sur l’intérêt de jouer, l’intérêt de vivre.

Je me sentais inutile, coupable d’avoir inventé ce personnage de faux-dur et malhonnête vis-à-vis de mes proches

Joe Marler, rugbyman

au Daily Mail

Un jour, Marler "le dur" a fini par faire irruption dans le monde de Joe, chez lui en famille. Un coup de folie : il a totalement détruit sa cuisine, à mains nues, avec ses poings, avant de s’enfuir au club… où est enfin apparue la solution. En voyant ses doigts tuméfiés, le médecin de l’équipe lui a donné le contact de son psychiatre, celui qui a nommé sa maladie, la dépression, et entrepris de la soigner.

Joe Marler a donc joué la Coupe du monde 2019 au Japon sous antidépresseurs mais sans oser en parler avec ses coéquipiers. Et c’est là-dessus qu’il travaille désormais : verbaliser, dire qu’il n’y a pas de honte. "Le rugby est un sport de machos, de mâles dominants, explique-t-il. Or, la sensibilité ne doit plus être un tabou, il faut sortir de ça." Le temps dira s’il a réussi à faire bouger les lignes, en attendant, son témoignage a le mérite d’être particulièrement honnête sur la violence des stéréotypes : oui, les hommes aussi pleurent, et ça ne les empêchent pas de gagner.

Joe Marler avant le match de rugby du Tournoi des six nations contre l\'Italie, au stade de Twickenham à Londres, le 17 février 2017.
Joe Marler avant le match de rugby du Tournoi des six nations contre l'Italie, au stade de Twickenham à Londres, le 17 février 2017. (GLYN KIRK / AFP)