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EDITO. Méga-bassines de Sainte-Soline : pourquoi tant de fébrilité de la part de Gérald Darmanin ?

La tension ne retombe pas autour du projet de méga-bassines des Deux-Sèvres. Trois jours après un week-end de manifestation marqué par des violences, les militants écologistes ont bien l’intention d’investir de nouveau le site de Sainte-Soline… L'édito politique de Renaud Dély.

Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Gérald Darmanin à Paris, le 7 septembre 2022. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Et voilà qui va raviver la grande crainte du gouvernement : celle de voir s’installer sur place ce que les militants écologistes appellent une ZAD, une "Zone à défendre". Pour l’exécutif, pas question de laisser le site occupé durablement, cette perspective hante les nuits de Gérald Darmanin. C’est la raison pour laquelle il a envoyé sur place un millier de gendarmes. Et c’est aussi pour cela qu’il a osé qualifier les violences commises par la frange de manifestants la plus radicale d'"éco-terrorisme", une formule qui a indigné, et qui a illustré la fébrilité du gouvernement. 

>> Anti-bassines à Sainte-Soline : pourquoi l'exécutif veut à tout prix éviter le scénario de la "ZAD"

Un sentiment d'inquiétude au plus haut niveau de l'Etat car le gouvernement a, à la fois, beaucoup à perdre et beaucoup à faire oublier : des violences, un site occupé, et même un ultimatum de la part de manifestants qui le somment de suspendre les travaux d’ici 15 jours... Tout cela dessine le profil d’un gouvernement faible, incapable de restaurer l’ordre, de quoi lui faire perdre des soutiens dans l’opinion, surtout à droite, et laisser le champ libre à Marine Le Pen.

Les cauchemars de Notre-Dame-des-Landes et de Sivens

Mais si l’exécutif parle fort, c’est aussi pour faire oublier un précédent, celui de Notre-Dame-Des-Landes. Un projet d’aéroport longtemps contesté, des années de procédures, et puis finalement une double validation juridique, et démocratique lors d’un référendum local. Et pourtant un projet enterré par Emmanuel Macron en 2018.

Notre-Dame-des-Landes, c’est une capitulation de l’Etat qui donne des ailes aux manifestants de Sainte-Soline, et c’est un contre-modèle pour Gérald Darmanin qui l’incite à rajouter de la tension à la tension. Il s'agit d'une stratégie risquée, car si tous les protagonistes ont en tête le précédent de Notre-Dame-des-Landes, il en existe un autre, plus dramatique, celui de Sivens, un projet de barrage abandonné en 2015, sous François Hollande, après la mort d’un manifestant lors d’affrontements avec les forces anti-émeutes.

>> Où se trouvent les principales ZAD en France ?

Rétablir l’ordre, faire respecter la loi, c’est bien sur la mission d’un ministre de l’Intérieur ; balancer des expressions provocatrices sans esquisser de dialogue, par exemple avec les élus écologistes, ni anticiper de sortie de crise, cela ressemble plus à l’attitude d’un pyromane.

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