ÉDITO. Marche contre l'antisémitisme : le RN a-t-il sa place ?

La présence à la marche contre l'antisémitisme prévue dimanche 12 novembre de Jordan Bardella et Marine Le Pen met mal à l'aise nombre de partis et de personnalités. L'histoire de leur parti pèse toujours sur leur image et l'antisémitisme reste un point crucial.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, dans le nord de la France, le 10 septembre 2023. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Lorsque Marine Le Pen a annoncé sa présence à la marche contre l’antisémitisme, dimanche 12 novembre, le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a jugé que le Rassemblement National n’y a "pas sa place". Un jugement d’évidence fondé sur les racines et l’histoire du Front National.

Ce parti a été créé en 1972 par une brochette d’anciens collaborateurs antisémites, dont certains ont porté l’uniforme de la Waffen SS durant la Seconde Guerre mondiale. Pierre Bousquet, Victor Barthélémy, André Dufraisse et d’autres ont occupé des positions éminentes à la tête du parti. Sans oublier, au rayon antisémite, les ex-numéros deux, François Duprat, historien négationniste, et Jean-Pierre Stirbois. Et puis évidemment, Jean-Marie Le Pen, l’homme des "chambres à gaz, point de détail de l’Histoire", "Durafour-crématoire", et bien d’autres propos qui lui ont valu une série de condamnations pour antisémitisme.
 
C’est vrai que Marine Le Pen répète que c’est le passé et que son parti a changé. La cheffe de file de l’extrême droite dit désormais que "la Shoah est la pire des abominations". Mais il y a aussi le présent. Il y a quatre jours, le président du RN, Jordan Bardella a jugé que Jean-Marie Le Pen n’est pas "antisémite", ou plutôt, dans un lapsus révélateur, qu’il "n’était pas antisémite". Il en a parlé au passé, comme s’il était décédé. Ce qui arrangerait sans doute le RN qui prétend faire de son passé table rase. 

"Le RN ne sera jamais un rempart contre l’antisémitisme"

Mais à 95 ans, Jean-Marie Le Pen est bien vivant, son héritage aussi et sa fille n’arrive pas à s’en débarrasser. Lors du congrès du RN de 2022, elle a répété "assumer" l’histoire de son mouvement. Un exemple parmi tant d’autres de ce double langage. En 2015, son père, fâché que le chanteur Patrick Bruel prenne position contre lui, avait lancé : "La prochaine fois, on fera une fournée !" Sa fille lui avait reproché "une faute politique" et dénoncé "l’interprétation malveillante" des médias. Sans condamner le fond du propos.
 
Ce double langage s'explique par le fait que son parti et son entourage restent truffés d’antisémites, notamment ses amis issus du GUD, le syndicat étudiant d’extrême droite. Comme l’ont montré plusieurs enquêtes d’opinion, les électeurs du RN sont ceux qui adhèrent le plus aux clichés antisémites, selon lesquels les juifs seraient riches ou auraient trop de pouvoir, par exemple. Si le RN, en tant que parti, n’a pas sa place dans la rue dimanche, il est impossible d’interdire à ses dirigeants d’y venir en tant que citoyens. Le plus sage sera sûrement de s’en tenir à l’écart, comme le dit le président du Crif, Yonathan Arfi, qui répète que "le RN ne sera jamais un rempart contre l’antisémitisme".

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.