ÉDITO. Entre une discrète visite à Marseille et la dissolution de Civitas, Gérald Darmanin ne prend pas de vacances

Le très ambitieux ministre de l'Intérieur continue d'occuper le terrain cet été, même pendant ses vacances. Une vraie stratégie politique, avant une rentrée qu'il envisage comme une démonstration de force.
Article rédigé par franceinfo - Benjamin Sportouch
Radio France
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Temps de lecture : 3 min
Gérald Darmanin à l'Elysée le 21 juillet 2023. (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Gérald Darmanin est officiellement en vacances comme la plupart des membres du gouvernement mais ce sont des vacances studieuses, et très brèves. Le ministre de l'Intérieur sera de retour à son bureau place Beauvau dès vendredi. Car il sait qu'une ambition politique ne s'accomode pas de vraies vacances. Que si on n’occupe pas le terrain soi-même, d’autres s’en chargent à votre place.

Alors, même loin de Paris, il s'assure pour être partout. Mardi 8 août, en toute discrétion - puisque la presse n'a été prévenue qu'une fois la visite terminée - Gérald Darmanin a renfilé son costume, direction un commissariat de Marseille pour féliciter les policiers d’une saisine importante de cannabis. Mais Marseille est surtout la ville d’où est partie la fronde nationale des policiers après le placement en détention préventive de l’un d’entre eux, accusé de violences policières. C'est une nouvelle preuve de soutien du ministre à ses troupes. 

Une dissolution qui tombe à pic

Mais ce n'est pas tout : Gérald Darmanin a aussi engagé la dissolution de Civitas, l'association catholique intégriste. En l'occurrence la gravité des faits reprochés lui donne raison, mais il veut aussi que ça se sache. Car si ça peut se coupler d’un objectif politique, c’est toujours bon à prendre. D'autant que l'annonce est intervenue à quelques heures seulement de l’audience en référé des Soulèvements de la Terre, cette association écologiste radicale qui conteste sa propre dissolution. Une pure coïncidence d'agenda, assure l'entourage du ministre. 

Elle est bienvenue en tout cas. Car si la dissolution des Soulèvements de la Terre avait été largement critiquée à gauche, celle de Civitas fait l'unanimité au point, chose rare voire inédite, de susciter l’assentiment public de Jean-Luc Mélenchon. Derrière cela, il faut aussi voir la volonté de Gérald Darmanin de ne pas se cornériser électoralement. Il est assurément de droite, il en vient, il le revendique mais il sait pertinemment que pour gagner l’élection suprême, il faut dépasser son camp. 
Par exemple, sur la loi immigration qui sera discutée à l'automne, il a pris soin de faire tandem avec Olivier Dussopt, ministre issu lui du Parti socialiste.

2027 en ligne de mire

Une chose est certaine : l'ambitieux ministre de l'Intérieur se prépare pour 2027. Sa déception de ne pas être nommé à Matignon le mois dernier a comme décuplé son entrain. Il prépare ainsi sa rentrée politique, sa toute première. Ce sera à la fin août dans sa ville de Tourcoing. Plus d’une cinquantaine de parlementaires y sont annoncés, de la majorité, de la droite mais aussi de gauche, assure l’un de ses proches. Des ministres aussi.

Le ministre veut que cette rentrée soit une première démonstration de force. Avec en point d’orgue, un discours, annonce-t-on, à destination des classes populaires. Un signal supplémentaire, s’il en fallait encore, de son ambition d’élargir sa base. L’après-Macron est déjà ouvert et Gérald Darmanin ne donnera pas sa part aux chiens. Pas même à Édouard Philippe. Les deux hommes ont certes fait cause commune sous le premier quinquennat. Mais dorénavant chacun est à son compte. La course à l'Élysée ne se partage pas.

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