EDITO. En parlant du RN "héritier de Pétain", Elisabeth Borne a-t-elle commis une erreur ?

Emmanuel Macron a recadré mardi sa Première ministre qui avait qualifié la veille le Rassemblement National d’"héritier de Pétain". Pour le chef de l’Etat,"on ne combat pas l’extrême droite avec des mots des années 90". Elisabeth Borne a-t-elle commis une erreur ? L'édito politique de Renaud Dély.
Article rédigé par France Info, Renaud Dély
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Emmanuel Macron (D) et Elisabeth Borne (G) assistent à une cérémonie marquant le 82e anniversaire de l'appel à la résistance du général français Charles de Gaulle du 18 juin 1940, au mémorial du Mont Valérien à Suresnes, le juin 18, 2022. (GONZALO FUENTES / POOL)

Historiquement, non : ce n'est pas une erreur. Elisabeth Borne a parfaitement raison, le RN est bien "l’héritier" du pétainisme. Le Front National a même été fondé en 1972 par des représentants de tous les courants de la Collaboration… Pierre Bousquet, Victor Barthélémy, André Dufraisse, François Brigneau ou encore Roland Gaucher, ces noms, et bien d’autres, ne disent rien aux plus jeunes. Tous s’étaient engagés pendant la guerre aux côtés de Jacques Doriot, de Marcel Déat, dans la Milice de Darnand et même, pour plusieurs d’entre eux, dans la Waffen SS.

>> Propos d'Elisabeth Borne sur le RN : "On ne combat pas l'extrême droite avec les mots des années 90", affirme Emmanuel Macron en Conseil des ministres

Ce passé a été assumé et défendu par le FN jusqu’en 2011. A l’époque, en succédant à son père, Marine Le Pen clamait même fièrement qu’elle prenait "toute l’Histoire" et "tout l’héritage du FN". Elle n’a commencé à s’en détacher, peu à peu, qu’en 2015, avec l’exclusion de Jean-Marie Le Pen. Mais hormis sa condamnation tardive des propos antisémites de son père, elle n’a jamais dénoncé publiquement le passé historique et politique de son parti. 

Le chef de l’Etat a tiré contre son camp

Pourtant, Emmanuel Macron dit que "contre l’extrême droite, les arguments moraux, ça ne marche plus". Et il est vrai que cela ne suffit pas. La progression électorale de l’extrême droite depuis 20 ans le démontre. C’est donc sur le terrain de la compétence, de "l’efficacité" qu’Emmanuel Macron veut porter le fer. C’est pour ça que contrairement à Jacques Chirac en 2002, lui a accepté d’affronter l’extrême droite lors des débats télévisés de 2017 et 2022, les deux fois avec succès : les insuffisances de Marine Le Pen étaient apparues au grand jour de façon spectaculaire !

Il n’empêche qu’en recadrant Elisabeth Borne au conseil des ministres, le chef de l’Etat a tiré contre son camp. D’abord, parce qu’il a donné le point à Marine Le Pen qui s’indignait depuis 24 heures de la sortie d’Elisabeth Borne. Et puis parce que combattre le RN sur le terrain de la  compétence n’empêche pas de rappeler l’Histoire et la spécificité idéologique de ce parti. Enfin, parce que ce qui est certain, c’est que voir le couple exécutif se déchirer publiquement sur la bonne méthode pour lutter contre l’extrême droite, ce n’est pas le meilleur moyen de la faire reculer.

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