Édito
Élections européennes : Jordan Bardella entre en campagne, mais quel est son projet pour l’Europe ?

Nettement en tête dans les sondages d’intentions de vote, Jordan Bardella a tenu, dimanche, à Marseille son premier grand meeting de campagne des européennes. Il a pris pour cible le chef de l'État et soigneusement évité de parler d'Europe.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Jordan Bardella, lors d'un meeting pour les élections européennes, le 3 mars 2024. (GUILLAUME HORCAJUELO / MAXPPP)

Pour lancer sa campagne des Européennes, dimanche 3 mars, Jordan Bardella, avait un mot d’ordre : haro sur Emmanuel Macron ! La tête de liste du Rassemblement national (RN) n’a cessé de prendre pour cible le chef de l’État, lors de son meeting à Marseille, coupable à ses yeux d'avoir provoqué "le grand effacement de la France chez elle, sur son propre sol, en Europe et dans le monde". "Le grand effaceur, c’est Emmanuel Macron", a-t-il martelé comme pour installer un face-à-face de Président du RN à président de la République. Une stratégie qui a, pour Jordan Bardella un double avantage.  D’abord celui d’effacer du paysage Marine Le Pen, réduite à un rôle de chauffeuse de salle. De plus, plus le candidat d’extrême droite charge le bilan national de l’exécutif, moins il a besoin de parler d’Europe.

Et si Jordan Bardella veut éviter le sujet, c'est que le projet européen du RN demeure très flou. Par exemple, l’Europe reste une "prison", mais officiellement, il n’est plus question d’en sortir. Fini le "Frexit" qui affolait les électeurs, Jordan Bardella veut désormais remplacer l’UE actuelle par ce qu’il appelle une "alliance européenne des Nations". Avec qui ? Mystère puisqu’il n’a aucun partenaire. Au Parlement européen, les députés RN ne siègent même pas dans le même groupe que ceux des deux seuls gouvernements, sur 27, dirigés par les nationalistes, l’Italie de Giorgia Meloni et la Hongrie de Viktor Orban.

Un bilan famélique et confus au Parlement européen

Cet isolement explique que depuis 2019, les 23 élus RN n’ont pas servi à grand-chose au Parlement européen. Peu actifs, à l’instar de Jordan Bardella qui n’a pas mis les pieds en commission depuis mai 2022, ils prennent parfois des positions contraires aux discours qu’ils tiennent à Paris. Ils ont, par exemple, systématiquement voté contre le renforcement des moyens de Frontex, le dispositif de surveillance des frontières, avant d’en récupérer l’ex-patron, Fabrice Leggeri, sur leur liste. Au chevet des paysans, Jordan Bardella charge aujourd’hui l’Europe et brandit une formule, le "patriotisme économique", mais il a approuvé la réforme de la Politique agricole commune (PAC).

Il y a toutefois un sujet sur lequel les élus RN sont constants. Depuis près de deux ans, ils s’opposent aux livraisons d’armes et aux aides financières à l’Ukraine, ils ont même refusé de condamner les conditions de détention d’Alexeï Navalny, mort dans les geôles de Valdimir Poutine. Comme si, faute d’alliés à l’intérieur de l’Europe des 27, le RN se consolait en ménageant son allié de l’extérieur, la Russie.

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