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Édito
Assemblée nationale : les motions de censure à répétition de l'opposition servent-elles encore à quelque chose ?

Deux motions de censure sur le projet de budget de la Sécurité sociale ont été rejetées lundi à l’Assemblée. L'une avait été déposée par le Rassemblement national et l’autre par La France Insoumise. Et l’opposition commence à s’interroger sur l’efficacité de cette stratégie… L'édito politique de Renaud Dély.

Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
L'Assemblée nationale le 19 octobre 2022. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

De nouveau rejetées. Deux motions de censure sur le projet de budget de la Sécurité sociale ont été rejetées lundi à l’Assemblée, après l'activation du 49.3 par le gouvernement. Et après ce nouveau rejet, l’opposition commence à s’interroger sur l’efficacité de cette stratégie, en tous cas, l’opposition de gauche.

>> Le budget de la Sécurité sociale adopté en première lecture à l'Assemblée nationale après le rejet des motions de censure LFI et RN

À quoi bon dégainer une motion de censure à chaque 49.3 dès lors que l’on sait par avance qu’elle ne sera pas adoptée, puisque les députés LR ne la voteront pas ?Cette question, le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, l’a posée clairement dans l’hémicycle. "A suggérer chaque semaine que le gouvernement tombe, sans que jamais, il n’en soit réellement menacé, on prend le risque d’affaiblir la force du message", a ajouté Olivier Faure, qui redoute que ce "brouhaha continu ne profite qu’à l’antiparlementarisme", c’est-à-dire à l’extrême droite. L’avertissement n’a pas été très apprécié sur les bancs insoumis.

A la recherche de la bonne distance

Car la France Insoumise reste, sans conteste, la force motrice de la Nupes, mais elle court le risque de s’isoler. Aucun de ses partenaires, ni les socialistes, ni les écologistes, ni les communistes, n’ont cosigné le texte de la motion de censure. Et il a manqué lundi 22 voix de députés de gauche au moment du vote. Depuis les législatives, les Insoumis impulsent une stratégie d’opposition systématique, bruyante et sans nuance à l’Assemblée. Ce qui inquiète certains députés de gauche, c’est qu’elle semble profiter au Rassemblement National. Même le député insoumis de la Somme, François Ruffin, a tiré la sonnette d’alarme. Il jugeait il y a peu que "ça ne sert à rien de gueuler" car "ça sert les lepénistes" et il l’a même dit à ses camarades du groupe LFI.

Au fond, la gauche cherche la bonne distance pour s’opposer à l’exécutif. L’anti-macronisme reste un ciment puissant pour souder la Nupes, mais insuffisant pour construire un projet de gouvernement crédible. Or, fragilisé par son absence de majorité absolue, on voit que le chef de l’Etat courtise de plus en plus clairement les députés LR. Emmanuel Macron plaide désormais pour une alliance avec la droite. Pour plusieurs responsables de gauche, c’est donc le moment de s’affranchir un peu de la tutelle de Jean-Luc Mélenchon, de changer de ton, pour essayer de bâtir une vraie alternative au macronisme. Faute de quoi le risque est grand que Marine Le Pen finisse par l’incarner.

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