Ils ont fait l'actu. Gilles Artigues, impliqué dans une affaire de sextape à Saint-Etienne, s'est éloigné de sa mairie

Gilles Artigues l'adjoint au maire de Saint-Etienne confie à Sandrine Etoa-Andegue vendredi 11 août cette année de souffrance.
Article rédigé par franceinfo, Sandrine Etoa-Andegue
Radio France
Publié
Temps de lecture : 95 min
Gilles Artigues, impliqué dans une affaire de sextape à Saint-Etienne (Loire). (PHILIPPE VACHER / MAXPPP)

Le 26 août 2022, un article de Mediapart fait l'effet d'une bombe. Il révèle que Gilles Artigues, premier adjoint MoDem à la mairie de Saint-Etienne, a été piégé par une sextape tournée en janvier 2015, à la demande de l'entourage du maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau. Dans cette vidéo, on voit l'élu catholique revendiqué se faire masser par un escort-boy dans une chambre d'hôtel à Paris. Gilles Artigues se retrouve dans un tsunami médiatique. On apprendra par la suite qu'il subissait ce chantage sexuel depuis des années. “Ça a été des années terribles de tortures quotidiennes. J'ai bien sûr à un moment donné été tellement désespéré que j'ai songé mettre fin à mes jours, ce qui, pour un chrétien, n'est pas très bien parce que j'ai manqué d'espérance. Mais je pensais que personne ne m'aurait cru.” déclare Gilles Artigues.

Il y a quatre protagonistes dans cette affaire de mœurs: un certain Gilles Rossary-Lenglet. C'est lui qui contacte Mediapart en se présentant comme l'auteur de la vidéo. Il dit avoir été rémunéré via des prestations fictives facturées à deux associations subventionnées par la mairie. Il désigne comme complice son compagnon, l'adjoint municipal de Saint-Étienne, Samy Kefi-Jérôme. Et puis il y a le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, et son directeur de cabinet, Pierre Gauttieri. Un second article de Mediapart, fin septembre, révèle cette fois les enregistrements accablants effectués par Gilles Artigues lui-même dans le bureau du maire pour se constituer des preuves de ce chantage. Plaintes, mises en examen, multiples démentis, confessions. Un an après, les suites judiciaires de ce scandale tentaculaire agitent toujours la ville de Saint-Etienne. Après avoir fait silence, Gilles Artigues, 58 ans, n'a eu de cesse ensuite de raconter son histoire. Il tente aujourd'hui de se reconstruire avec sa famille, loin de Saint-Etienne, en attendant un procès.  “Tout cela, bien sûr, je ne le vis pas très bien. Je suis suivi psychologiquement. C'est effectivement très difficile pour mon épouse particulièrement, qui est dans un très grand rôle de soutien, de grand réconfort pour moi et puis aussi pour mes enfants qui sont à la fois tristes et en colère.”clame Gilles Artigues.

Une affaire mafieuse

La colère de ses enfants s'exprime notamment lors des conseils municipaux, raconte Gilles Artigues,”Par leur présence, ils souhaitent être là dans le public pour faire face à Gaël Perdriau, le maire de Saint-Etienne, celui qui a été mon bourreau. Et puis également, ils sont déçus par un certain nombre de collègues élus qui continuent à lui garder leur confiance. Je pense que le maire de Saint-Etienne aujourd'hui soit leur promet des choses, soit les menace.” dénonce Gilles Artigues.

Ce qui aujourd'hui révolte le plus l’ancien premier-adjoint de Saint-Étienne, c’est que selon lui “ Gaël Perdriau s'accroche à son poste de maire malgré tout ce qu'on a entendu.” Gaël Perdriau, exclu du parti Les Républicains, met en avant la présomption d'innocence pour justifier sa position. D’après Gilles Artigues, “il y a un vide juridique, bien sûr la présomption d’innocence doit être respectée. Mais dans une affaire comme celle ci, quand il y a des preuves, des enregistrements, des aveux, incontestablement, il y a un vide qui est néfaste pour la ville puisque l'image de Saint-Etienne est totalement dégradée, ce qui me rend très triste. On parle de cette affaire mafieuse et en plus de cela, des financements qui devaient nous arriver n'arrivent plus. Il y a un blocage. Personne ne souhaite négocier avec Gaël Perdriau, qui reste à la tête de l'exécutif.” 

L'attente du procès

Gilles Artigues a hâte de ce procès, afin d’expliquer tout ce qui s'est passé et aussi évoquer l’épreuve qu’il traverse."Oui, bien sûr, je l'espère. Je le redoute aussi. Je ne suis pas dans un esprit de vengeance ou de revanche. Je veux simplement que la justice passe. Je souhaite aussi qu'on ne mette pas tous les élus dans le même sac. On peut rencontrer des gens tordus et malheureusement, c'est ce qui a fait que pendant toutes ces années, j'en ai été victime. Et puis j'ai envie que mon histoire puisse servir à d'autres. Je suis persuadé que dans tous les lieux de pouvoir, en politique bien sûr, mais aussi dans le monde économique, dans le monde sportif, culturel, dans le monde des médias, il peut y avoir des chantages similaires et j'aimerais dans un premier temps recueillir ces témoignages et puis conseiller, accompagner les personnes qui souffrent de tout cela. Peut- être travailler aussi avec les parlementaires pour que la loi évolue, qu'elle soit plus rapide, qu'elle soit plus sévère. J'ai donc créé une plateforme lutte contre le chantage à l'image intime et c'est mon nouveau combat.” conclue Gilles Artigues.

Gilles Artigues est aujourd'hui recteur diocésain de l'enseignement catholique dans le Tarn. Et même si c'était toute sa vie, la politique, c'est terminé pour l'instant.

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