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Un fonctionnaire du Sénat soupçonné d'espionnage pour la Corée du Nord

Un fonctionnaire du Sénat a été placé en garde à vue dimanche 25 novembre. Il est soupçonné d'avoir transmis des informations aux autorités de Corée du Nord. Une enquête est ouverte pour "recueil et livraison d'informations à une puissance étrangère, susceptibles de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation"

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Le Sénat en octobre 2017.
Le Sénat en octobre 2017. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Un fonctionnaire du Sénat est en garde à vue depuis le 25 novembre dans le cadre d'une enquête pour recueil et livraison d'informations à une puissance étrangère susceptible de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Il est soupçonné d'avoir transmis des informations à la Corée du Nord. Un cas rare, mais pas unique.

Dans les années 60, un Français, fonctionnaire à l'OTAN, avait été jugé pour espionnage. Un homme, tout ce qu’il y a de bon républicain : famille bourguignonne qui a payé un lourd tribut à la France lors de la Première Guerre mondiale, diplômé de l’École normale supérieur au milieu des années 1930, agrégé d’italien, résistant pendant la guerre puis membre de différents cabinets ministériels, avant d’entrer dans le prestigieux service de presse de l’OTAN en 1962. Cet homme au-dessus de tout soupçon, bon père de famille qui plus est, il s’appelle Georges Pâques. Et en septembre 1963, cet homme discret ne l’est plus.

Au service de l'URSS

"À Paris, un fonctionnaire français de l'OTAN a été arrêté pour divulgation de secrets militaires, annonce un bulletin d'information de l'époque. Après une longue enquête menée par la Direction de la surveillance du territoire, un fonctionnaire, Monsieur Georges Pâques, demeurant à Paris a été écroué et inculpé du chef de 'divulgation de secrets militaires au profit d'une puissance de l'Est'".

Cette "puissance de l’Est", c’est en fait l’URSS. Georges Pâque travaille pour le KGB depuis 1944 et a fourni des informations capitales sur la défense française, mais aussi sur les installations de l’OTAN. Un homme qui fait partie de ce que le KGB appelle "le réseau saphir", car ces hauts fonctionnaires français travaillant comme espions pour les Soviétiques constituent pour ces derniers, des pierres précieuses !

Espion par pacifisme ?

En France, c'est la stupeur. Certains demandent immédiatement la peine de mort au moment de son procès. L’avocat et la femme de Georges Pâques eux tentent de sauver sa tête. "Dans cette affaire il n'y a pas d'argent", défend-il. "C'est délirant" souffle-t-elle. "Est-ce que vous étiez au courant des fréquentations de votre mari ? Est-ce que vous saviez plus particulièrement qu'il fréquentait les milieux soviétiques ?", demande-t-on à l'épouse du prévenu. "J'ignorais absolument tout, répond-elle. Et des fréquentations en générale, et des soviétiques en particulier. Ca n'est pas mon mari. Ca me paraît ahurissant".

Lors de son procès, il a tout avoué, mais s’il n’a pas agi pour l’argent, qu’est ce qui l’a guidé ? Selon lui, le pacifisme. Lors de son procès il déclare : "Je suis un homme pacifique. Je n'aime pas les Soviétiques, mais je suis également convaincu que les Américains, en raison de leurs conceptions très primaires, sont de dangereux fauteurs de guerre. J'ai donc pensé que pour éviter un conflit international, aboutissant fatalement à une catastrophe mondiale, il était indispensable de rétablir les forces en présence. Voilà le mobile qui n'a jamais cessé de m'animer."On l’a ensuite accusé d’être très anti-américain, par rejet de l’impérialisme. Une hypothèse renforcée par sa vie en prison où il apprend le russe, et une fois gracié par son condisciple de Normale Sup, le président Georges Pompidou, par ses voyages en URSS.

Le Sénat en octobre 2017.
Le Sénat en octobre 2017. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)