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Histoires d'info. "On n'ose plus s'avouer franchement antisémite, alors on est antisioniste", disait-on (déjà) en 1980

L’antisionisme est-il le masque de l’antisémitisme ? La question est désormais posée par des parlementaires qui voudraient sanctionner le premier comme l’est aujourd'hui le second.

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Une voiture explosée par l\'attentat devant la synagogue de la rue de Copernic à Paris, le 3 octobre 1980.
Une voiture explosée par l'attentat devant la synagogue de la rue de Copernic à Paris, le 3 octobre 1980. (GEORGES BENDRIHEM / AFP)

L’antisionisme est aussi ancien que le sionisme. Il est même plus ancien, si l’on considère que le père du sionisme, Theodore Herzl, en fut d’abord un adversaire acharné, avant de défendre l’idée d’un foyer juif national, sa conversation devant beaucoup à la vague d’antisémite au moment de l’affaire Dreyfus à la fin du XIXe siècle qui a généré un conflit social et politique majeur autour de l'accusation de trahison faite au capitaine Alfred Dreyfus qui est finalement innocenté

L'antisionisme avant Israël

Même quand le sionisme devient une réalité avec la déclaration Balfour de 1917 par laquelle les Britanniques promettent aux Juifs un foyer national après la guerre, en Palestine où ils viennent de prendre pied, toujours au sein de la communauté juive, des voix s’élèvent contre la perspective d’un État juif.

C’est notamment le cas de Sir Edwin Montagu, éminent parlementaire britannique qui s’y oppose par écrit, évoquant l’inexistence de nation juive et s’inquiétant des conséquences pour les Juifs d’Europe qui pourraient être chassé vers ce qu’il appelle ce "ghetto des juifs".

L'antisionisme au temps d'Israël

Après 1948 et la naissance d’Israël, l’antisionisme change de sens. À partir de cette date, se réclamer de l’antisionisme revient à refuser à Israël le droit d’exister et donc de défendre sa destruction. Une position particulièrement défendue par les Palestiniens. "La libération, c'est l'émancipation de notre pays et la destruction d'Israël comme État", déclare Ahmed Choukeiry, président de l’OLP, le 26 mai 1967 dans l'émission "Panorama" sur l'ORTF.

Cette position est largement dominante au sein du monde arabe qui ne reconnaît par l’État juif, en tout cas jusqu’à ce que l’Égypte ne le fasse à la fin des années 1970, date à laquelle l’Iran, qui devient République islamique, rejoint le groupe de ceux qui veulent rayer Israël de la carte du monde. Aujourd’hui, une vingtaine d’États membres de l’ONU, essentiellement au sein de la Ligue arabe, ne reconnaissent pas Israël

L'antisionisme, nouvelle expression de l'antisémitisme ?

Il y a aujourd’hui, au sein de la société française, un antisionisme à visage ouvert dont certains voient une forme nouvelle de l’antisémitisme. L’invitation du conflit israélo-palestinien en France n’est pas nouvelle et a pu nourrir un rejet de la politique menée par Israël prenant parfois la forme extrême d’un rejet tout court d’Israël, pouvant cacher une haine des Juifs.

La sonnette d’alarme, qui retentit depuis hier très fortement, a été tirée il y a déjà bien longtemps. Il existe une archive exceptionnelle, qui date du 4 octobre 1980, le lendemain de l’attentat de la synagogue de la rue Copernic. On ignore alors qui est le responsable de l’attentat. Les propos de Jean Pierre-Bloch, président de la LICRA et grand militant de l'antiracisme, sont d’une incroyable actualité. Une archive qui a presque 40 ans : "Depuis quelques temps, on dit 'sale sioniste", on dit plus 'sale juif'. La propagande antisioniste est exactement la même que la propagande antisémite. On n'ose plus s'avouer franchement antisémite, alors on est antisioniste, ça fait bien. Mais l'antisionisme n'est pas le monopole de la droite, on le trouve hélas dans les partis qui ont la prétention d'être dans la tradition d'être de Jaurès ou de Léon Blum", affirme Jean Pierre-Bloch dans le journal télévisé de TF1.

À l’époque, personne n’avait voulu prendre au sérieux ce genre de propos. Quarante ans plus tard, le problème qu’il soulevait fait la Une de l’actualité. Quarante ans de perdu ?

Une voiture explosée par l\'attentat devant la synagogue de la rue de Copernic à Paris, le 3 octobre 1980.
Une voiture explosée par l'attentat devant la synagogue de la rue de Copernic à Paris, le 3 octobre 1980. (GEORGES BENDRIHEM / AFP)