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Histoires d'info. Le retour des internats ?

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, veut relancer les internats en France. Il  annonce un objectif ambitieux avec la création de 240 établissements d’ici à la fin du quinquennat, qui devraient permettre d’accueillir 13 000 jeunes. Il veut aussi remplir les 40 000 places vacantes dans les internats existants. Il y a aujourd’hui plus de 200 000 internes en France.  

Le ministre de l\'Éducation Jean Michel Blanquer en visite au college Marc Seignobos, à Chabeuil (Drôme).
Le ministre de l'Éducation Jean Michel Blanquer en visite au college Marc Seignobos, à Chabeuil (Drôme). (FABRICE HEBRARD / MAXPPP)

Jean-Michel Blanquer ne vient pas de se convertir aux internats, il les défend depuis bien longtemps. A son poste de recteur de l’académie de Créteil, il a effectivement œuvré au retour en grâce des internats, avec comme point d’orgue une nouveauté : l'internat d'excellence de Sourdun à la rentrée des classes 2009. Des élèves et des parents ravis, le jour de la rentrée, le 31 août 2009 : "C'est un internat donc j'aurai pas tous les matins à me trimballer dehors avec mon gros sac", ou encore "A la maison, c'est la télé, c'est l'ordinateur, c'est les jouets, ici y'a pas tout ça."

L’internat qui permet de remédier aux difficultés d’apprentissage au sein de la famille, voilà une inflexion historique majeure dans la mesure où la crise des internats dans les années 1960 reposait précisément sur le manque de famille dans les internats.

Révolution culturelle dans les années 60

Jean-Michel Blanquer dit vouloir lutter contre la mauvaise image des internats. Cette mauvaise image, c’est celle d’enfants isolés, presque emprisonnés. C’est l’internat aux immenses dortoirs, dont l’heure de gloire de la fin du XIXème au milieu du XXème doit beaucoup à l’éloignement des établissements scolaires, notamment en milieu rural.

Mais dans les établissements secondaires des villes, on compte souvent un tiers d’internes au début du XXème siècle en raison de la présence de répétiteurs sur place et des études surveillées.

Ce lieu souvent impersonnel, où la discipline est pour le moins rigoureuse et l’hygiène douteuse, se heurte à la révolution culturelle des années 1960. L’explosion de l’automobile permet d’emmener ses enfants à l’école chaque matin, et la nouvelle conception des liens familiaux rend inimaginable pour beaucoup de parents de se séparer de leurs enfants.

Une précédente tentative en 1974

L’internat entre en crise, et pourtant, bien avant Jean-Michel Blanquer, un ministre de l’Éducation nationale avait déjà tenté de le sauver en le modernisant. Ce ministre c’est Joseph Fontanet, qui prend une décision importante en vue de la rentrée 1974. On en parle dans le Journal de 20h de l’ORTF, en février 1974 : "Bientôt, les élèves ne seront plus qu'à trois ou quatre par chambre. Pour qui a connu les rigueurs de l'internat, c'est une petite révolution n'est-ce pas ? Et dans chaque chambre, un coin toilette avec douche et un lavabo par élève. Fini les décors tristes. Chaque interne peut décorer son coin comme il l'entend.On a ainsi le sentiment de se sentir un peu chez soi."

Cette réforme n’a pas permis, c’est le moins que l’on puisse dire, de redorer le blason des internats. 45 ans plus tard, nouvelle tentative qui dans un contexte de remise en cause des structures éducatives traditionnelles a peut-être davantage de chance de séduire les familles.   

Le ministre de l\'Éducation Jean Michel Blanquer en visite au college Marc Seignobos, à Chabeuil (Drôme).
Le ministre de l'Éducation Jean Michel Blanquer en visite au college Marc Seignobos, à Chabeuil (Drôme). (FABRICE HEBRARD / MAXPPP)