Cet article date de plus d'un an.

REPORTAGE. En République démocratique du Congo, des jeunes mères retenues à la maternité faute de pouvoir payer les frais de l'accouchement

En RDC, les soins liés à la naissance d'un enfant sont à la charge de la mère alors que la majorité de la population vit avec moins de deux euros par jour. Les hôpitaux affirment ne pas avoir d'autre choix que de les retenir.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Des femmes patientent devant la maternité de Binza, près de Kinshasa, en mai 2013. (JUNIOR D.KANNAH / AFP)

Dans cet hôpital de Kinshasa, en République démocratique du Congo, trois jeunes mères sont bloquées depuis une à trois semaines faute de pouvoir payer les soins liés à leur accouchement. Les trois femmes sont contraintes de rester ensemble dans la même pièce. L’une d’entre elles, Annaëlle, a donné naissance à des jumelles dans des conditions difficiles, comme le raconte Yvette, sa maman, qui lui rend visite tous les jours : "Elle est venue accoucher ici. Elle a 16 ans. Et puis il y a eu une complication. Il fallait faire un accouchement normal, mais on a dû lui faire une césarienne."

>> Covid-19 : dans les maternités où les visites restent interdites, des mamans plus "sereines" et des bébés plus "apaisés"

Une pratique relativement courante

Yvette aurait sans doute pu payer les 35 euros de l’accouchement, mais les 140 euros de la césarienne, c’est une autre histoire. Selon la Banque mondiale, en 2021, 64 % des Congolais vivaient avec moins de deux euros par jour.

Si les médecins s’obstinent-ils à garder ces patientes, c’est parce que c'est grâce au coût de ces soins que l’hôpital tourne, comme l’explique le Docteur Mpumpa, gestionnaire de la structure : "C’est pour faire fonctionner l’hôpital, l’hôpital fonctionne avec l’argent. Il faut avoir les produits, il faut changer les lits d’accouchement, vous avez vu l’état des lits..." Ce n’est donc vraiment pas de gaieté de cœur, affirme-t-il, qu’il retient prisonnière ces femmes. D’ailleurs, personne ne semble lui en vouloir, la pratique étant relativement courante.

"Je voudrais que demain, cela s'arrête"

Il y a bien une personne qui se mobilise pour ces jeunes mamans : la bien-nommée Grâce Mbongi. Cette Congolaise de 44 ans se présente comme une femme d’affaires. Elle se rend régulièrement dans des hôpitaux où elle fait la connaissance de femmes retenues et paie leurs factures, comme elle l’a fait pour Annaëlle. "L’objectif est clair. Je voudrais que demain, cela s’arrête, explique Grâce Mbongi. Que demain, les femmes dans mon pays accouchent dans des conditions correctes et qu’elles ne soient plus retenues parce qu’elles ne peuvent pas payer. Parce que je me suis rendue compte que dans les autres pays, même limitrophes, l’Etat prend en charge la gratuité de la maternité."

Un projet de loi de couverture santé universelle est depuis peu sur le bureau du président congolais, Félix Tshisekedi. Reste à savoir quand il sera ratifié, pour que ces femmes puissent rentrer chez elles.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.