En Suisse, la ville d'Aigle va accueillir les championnats d’Afghanistan féminins de cyclisme sur route

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L'Union cycliste internationale (UCI) a annoncé le 3 juin la tenue de cette compétition dans cette ville du canton de Vaud.

Article rédigé par
Jérémie Lanche - franceinfo
Radio France
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La cycliste réfugiée afghane Masomah Ali Zada lors d'un entraînement à Aigle, en Suisse, en juillet 2021. (FABRICE COFFRINI / AFP)

La ville d’Aigle, en Suisse, s’apprête à accueillir deux événements sportifs majeurs cette année. Le Tour de France, déjà, le 9 juillet prochain, et puis, plus surprenant, les championnats d’Afghanistan féminins de cyclisme sur route, le 23 octobre 2022.

La ville d'Aigle, dans le canton de Vaud, n'a pas été choisie au hasard : c'est ici que l'Union cycliste internationale (UCI) a son siège. Et surtout, c'est là que  sont accueillies, depuis l’automne dernier, une vingtaine de cyclistes afghanes, exfiltrées de leur pays après la prise de pouvoir des Talibans.

Une opération à haut risque, dont se rappelle le président de l’UCI, David Lappartient, qui a co-organisé l’évacuation avec les autorités suisses. "Il a fallu trouver un avion qui a bien voulu atterrir en Afghanistan, là, où il n'y a plus de contrôle aérien, donc plus d'assurance. Il fallait trouver un pays qui nous accueille en transit, aussi. Et puis, après, les difficultés étaient de trouver des pays d'acceuil pour les athlètes, sachant que certains n'avaient pas de documents d'identité. Ça a vraiment été très compliqué", se remémore-t-il.

Tout un symbole

Très vite, l’idée de délocaliser le championnat féminin afghan en Suisse devient une évidence pour l’UCI. Parce que le vélo, pour les femmes afghanes, c’est bien plus qu’un sport : c'est surtout un marqueur de progrès et d’égalité entre les sexes. Un marqueur qui a été piétiné par les Talibans. Quelques semaines après leur arrivée au pouvoir, ils ont interdit toutes les formes de sport aux femmes, l'estimant contraire à la charia. En organisant une course féminine en Suisse, l’UCI envoie donc un message autant sportif que politique : "Le vélo, pour elles, était déjà un sujet d'émancipation. Il était déjà compliqué de faire du vélo avant la chute de Kaboul et de l'Afghanistan. C'est aussi de continuer à être un petit peu en communauté parce qu'elles ont besoin de se retrouver entre elles, de participer à des compétitions, qui ne sont sans doute pas les Jeux olympiques ou le plus haut niveau, mais c'est, je pense, aussi un élément d'intégration", estime David Lappartient.

>> La liberté retrouvée de cyclistes afghanes, empêchées de pratiquer leur sport dans leur pays par les talibans

La compétition n’aura pas le niveau d’une étape du Tour de France – et c’est logique, beaucoup de participantes n’ont pas pu s’entraîner dans de bonnes conditions depuis leur exil - mais ce n’est pas une course au rabais. La future gagnante sera officiellement sacrée championne d’Afghanistan et remportera des points au classement officiel de l’UCI.

"Je dois travailler dur si je veux réaliser mes rêves"

L'organisation table sur une cinquantaine de coureuses, qui ont toutes fui leur pays. Il y aura des participantes venues d’Italie, du Canada, des États-Unis, de France aussi, avec Masomah Ali Zada, qui a participé aux JO de Tokyo dans l’équipe des réfugiés mise en place par le CIO. Et puis, il y aura bien sûr la vingtaine de cyclistes afghanes évacuées et qui sont restées en Suisse. Parmi elles, il y a Wahida, qui attend énormément de ces championnats : "Mon beau-père m’a appelé depuis l’Afghanistan et m’a dit que c’est une grande opportunité pour moi. Il m’a dit que j’avais la chance d’être en sécurité ici, de pouvoir m’entraîner avec du bon matériel. Je dois travailler dur si je veux réaliser mes rêves."

Juste à côté, avec son maillot d’Afghanistan sur les épaules, Farishta veut, elle aussi, croire à la victoire, avec, en tête, l'idée de ne pas courir que pour elle-même : "J’espère vraiment que je serai la première. Je veux montrer à ma famille en Afghanistan, et à toutes les femmes là-bas, que les Afghanes sont fortes. Je veux qu’on sache qu’on est capables de participer à ce genre de compétition."

Le symbole est effectivement très fort à l’heure où les Talibans réimposent la burqa à toutes les femmes. Même si la compétition n’est pas retransmise en direct à la télévision, et même si aucune coureuse ne devrait passer professionnelle, le simple fait que ces championnats puissent avoir lieu est déjà une petite victoire pour les femmes afghanes.

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