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En Islande, des chercheurs tentent de savoir si les baleines sont stressées par les touristes

Alors que le tourisme d'excursion a triplé sur l'île en l'espace de dix ans, des chercheurs de Whale Wise tentent de déterminer le niveau de stress des cétacés en analysant leur souffle lorsqu'ils respirent à la surface.

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Une baleine à bosse en train de plonger à Hestfjorour (Westfjords), en Islande, le 2 août 2021.
Une baleine à bosse en train de plonger à Hestfjorour (Westfjords), en Islande, le 2 août 2021. (TOM GROVE / AFP)

C'est sur un voilier au large de la côte nord de l'Islande que l'échantillonnage se déroule avec pour seul dispositif de prélèvement un drone et deux boîtes de Petri, des petits récipients ronds en plastique, fixés à l'appareil. Une fois la baleine repérée, le drone s'élance. Le pilote s'aventure ensuite à travers l'effusion de gouttelettes d'eau propulsées en l'air lorsque le cétacé respire à la surface.

Il faut être rapide car un drone est forcément moins perturbateur qu'un navire de recherche mais il peut malgré tout troubler l'animal. Une fois le prélèvement effectué, il est ramené à bord, enveloppé de paraffine et congelé en attendant son analyse dans un laboratoire. "À partir de l'échantillon, on peut ensuite examiner des hormones telles que le cortisol, qui est une hormone liée au stress, puis l'on peut déterminer les niveaux de stress physiologique de ces baleines, explique Tom Grove, co-fondateur de Whale Wise, un organisme pour la conservation marine en charge de ce projet.

Nous essayons aussi de collecter des échantillons dans différentes régions d'Islande, à différents moments de la journée, pour comprendre comment leurs niveaux de stress peuvent être liés au trafic maritime.

Tom Grove, co-fondateur de Whale Wise

à franceinfo

Les chercheurs visent la collecte d'échantillons avant l'arrivée d'un bateau d'observation des baleines, puis après, afin de comparer les deux. Cette étude est pratiquée sur des baleines à bosse car c'est l'espèce la plus présente dans le nord de l'Islande.

Une première en Islande

Cette méthode a déjà été utilisée dans d'autres endroits mais c'est une première en Islande. Whale Wise souligne le caractère exploratoire de ce type de recherche finalement assez nouveau car jusqu'ici, les études d'impact de l'industrie du tourisme sur les baleines se sont concentrées uniquement sur des observations comportementales, comme celle réalisée en 2011 dans le sud-ouest de l'île à laquelle a participé Marianne Rasmussen, directrice du Centre de recherche de l'Université d'Islande à Húsavík. "Nous avons constaté que les petits rorquals étaient dérangés pendant qu'ils se nourrissaient mais que ce n'était qu'une perturbation à court terme, affirme-t-elle. Nous avons beaucoup de photos d'identité et quand nous les avons examinées, nous avons vu que de nouveaux petits rorquals continuaient d'arriver dans la baie pour s'alimenter. Chaque petit rorqual était donc très peu dérangé et cela n'affectait pas sa forme physique globale."

Alors qu'en est-il de ce constat dressé il y a dix ans au vu de l'explosion de la fréquentation des bateaux d'observation en Islande ? Les nouvelles recherches menées par Whale Wise doivent le déterminer pour ensuite mieux protéger les mammifères dans un pays paradoxalement parmi les rares à encore pratiquer la chasse en dépit d'un moratoire international l'interdisant depuis 1986. Toutefois, malgré des quotas annuels délivrés jusqu'en 2023, aucune baleine n'a été harponnée pour la troisième année consécutive. En Islande, plus de 364 000 touristes avaient pris la mer en 2019 dans l'espoir de voir des baleines avant une année quasi blanche en 2020 pour cause de pandémie de Covid-19.

Une baleine à bosse en train de plonger à Hestfjorour (Westfjords), en Islande, le 2 août 2021.
Une baleine à bosse en train de plonger à Hestfjorour (Westfjords), en Islande, le 2 août 2021. (TOM GROVE / AFP)