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Au Maroc, des jeunes filles mineures continuent de se marier malgré la loi

Les jeunes filles mineures continuent de se marier, alors que l’âge légal du mariage est passé de 15 à 18 ans en 2004. Un article de loi permet pourtant de contourner cette norme.

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Mariage berbère dans un village d\'Imilchil, dans le Haut Atlas en 2010. 
Mariage berbère dans un village d'Imilchil, dans le Haut Atlas en 2010.  (ABDELHAK SENNA / AFP)

Au Marocl’âge légal du mariage est passé de 15 à 18 ans, lors de la réforme du code de la famille en 2004, mais en réalité, beaucoup de jeunes filles mineures continuent de se marier, parce qu'un article de loi permet pourtant de contourner la norme.

"J'ai condamné ma vie et celle de mon bébé"

Ces mariages ont souvent des conséquences dramatiques. À Casablanca, une jeune fille, mariée à 16 ans et demi, raconte : "Je me disais que mon mari allait me donner plus de liberté, je vais sortir où je veux et faire ce que je veux. Maintenant, je sais que mon idée était fausse". Séparée de son mari et enceinte de sept mois, elle a maintenant 19 ans. "Une fois que tu es mariée, tu restes dans la maison de ton mari. Tu ne vas pas sortir, tu ne vas pas t’habiller comme tu veux".

Mon plus grand regret, c’est de m’être mariée jeune. Et surtout, j’ai condamné ma vie et celle de mon bébé

une jeune Marocaine

à franceinfo

Comme elle, plus 25 000 jeunes filles âgées de moins de 18 ans ont obtenu une dérogation légale en 2018, grâce à un article de loi qui permet aux juges d’autoriser des mariages de mineures. Un chiffre qui est bien plus élevé qu’en 2004 et qui "interpelle tout le monde", selon le ministre de la justice, malgré la tendance à la baisse depuis 2011.

Abroger la loi

L’exception prévue par la loi est devenue une règle, et c'est ce que dénonce le Conseil national des droits de l’homme, une institution étatique indépendante qui plaide pour l’abrogation de cet article de loi. C’est le combat d’Abdelghani Berdi, membre du CNDH : "Le mariage du mineur c’est grave. Pourquoi ? Parce que, déjà, c’est toute une batterie de violation des droits de l’homme, c’est la violation des droits des enfants, du droit à l’éducation, du droit des femmes parce que mariage des mineurs, en fait cela veut dire filles. Ici au Maroc, c’est plus de 98% des mariages des mineures, donc c’est lié aux droits des femmes."

Ce sont des victimes parce que ce sont des enfants. Il y a des engagements internationaux, l’enfant il a des droits il faut les respecter, il faut les protéger

Abdelghani Berdi

à franceinfo

Si le Conseil national des droits de l’homme plaide auprès du ministère de la justice pour interdire entièrement le mariage des mineurs, un projet de loi est encore en négociation à la Chambre des représentants. 

Le mariage forcé est inscrit dans la nouvelle loi de lutte contre les violences faites aux femmes. Et les peines sont bien plus lourdes quand il s’agit de mineures. Pourtant, des associations demandent à ce que le mariage des mineures soit clairement appréhendé comme un mariage forcé, alors que se pose la question du consentement d’une jeune fille de moins de 18 ans. À voir si la future réforme du code de la famille osera toucher à ce fléau.

Mariage berbère dans un village d\'Imilchil, dans le Haut Atlas en 2010. 
Mariage berbère dans un village d'Imilchil, dans le Haut Atlas en 2010.  (ABDELHAK SENNA / AFP)