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Le mariage de filles mineures en hausse "de façon alarmante" au Maroc

L'union des mineurs y est théoriquement interdite depuis 2004. La loi marocaine prévoit cependant des dérogations et des milliers de filles sont ainsi mariées avant l'âge de 18 ans.

Article rédigé par Eléonore Abou Ez
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 2 min
Mariage berbère dans un village d'Imilchil, dans le Haut Atlas en 2010.  (ABDELHAK SENNA / AFP)

Pour promouvoir l’égalité homme-femme et améliorer le droit des femmes, le Maroc a modifié en 2004 le Code de la famille ("Moudawana"). Parmi les nombreuses dispositions annoncées, l’âge minimum légal du mariage est passé de 15 à 18 ans. Malgré cette réforme, l'union des adolescentes est en nette augmentation.

Plus de 40 000 filles mineures ont été mariées en 2018, selon la présidente du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), Amina Bouayach.

Il faut rétablir le droit des filles (...) et abolir les exceptions

Amina Bouayach, présidente du Conseil national des droits de l'Homme

Lors d'une conférence à Rabat

Une exception à la règle

Le Code de la famille promulgué par le roi prévoit des "dérogations" dans des cas exceptionnels. Le juge de la famille peut ainsi autoriser le mariage d’un garçon ou d’une fille de moins de 18 ans si les parents ou le représentant légal de l’enfant le demandent. Lorsque le juge donne son accord, sa décision est irrévocable et l’épouse mineure n’a droit à aucun recours.

En 2018, plus de 25 000 dérogations légales ont été accordées, augmentant le nombre de mariages précoces. Toutes ces exceptions concernent les filles à presque 100%.

Une dérogation qui devient une norme

Les associations féministes et de défenses des droits de l’Homme veulent en finir avec cette dérogation. Elles demandent une révision du texte de la Moudawana pour le mettre en phase avec les nouvelles lois, notamment celle contre les violences faites aux femmes. Une campagne a été lancée début mars 2019 pour demander une fois encore l’"abolition de l’exception" et "le rétablissement de la norme".

Avec l’augmentation du nombre de mariages de mineurs "de façon alarmante", comme il le dit, le ministre de la Justice Mohamed Aujar reconnaît l’importance de la suppression des dérogations accordées aux familles, tout en rappelant qu’il s’agit d’un sujet compliqué.

La société politique est traversée par un courant très conservateur, c'est un fait à prendre en considération

Mohamed Aujar, ministre marocain de la Justice

Lors d'une conférence à Rabat

Le mariage coutumier

La dérogation concernant l’âge légal du mariage n’est pas le seul problème. Dans les régions rurales et reculées, beaucoup de Marocains, en situation précaire pour la plupart, ont recours au mariage coutumier. Par choix ou par ignorance, car ils ne connaissent pas bien les règles du Code de la famille. Le mariage qui n’a aucun cadre légal est un contrat verbal. La simple lecture de la Fatiha (sourate d’ouverture du coran) en présence de deux témoins suffit à unir deux personnes. Ces coutumes perpétuent le mariage des mineurs, dont des filles à peine pubères.

Le Code de la famille prévoit la possibilité de faire reconnaître un mariage coutumier. Il s’agit de donner un cadre légal à ce mariage pour préserver le droit de la femme, mais de nombreuses associations y voient un moyen supplémentaire de cautionner un mariage précoce. Le délai de la régularisation des mariages coutumiers par "la Fatiha" devait expirer en février 2019. 

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