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C'est dans ma tête. Mai 1968 : la construction d'une liberté

C'est indéniable, Mai 68 a changé la vie des hommes et des femmes du XXe siècle, et nous vivons aujourd'hui au XXIe siècle avec le bénéfice de ce mouvement qui a construit les "fondations d'une liberté, révolutionnaire et indispensable", explique Claude Halmos. 

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Des voitures en feu rue Gay-Lussac à Paris, dans la nuit du 10 au 11 mai 1968.
Des voitures en feu rue Gay-Lussac à Paris, dans la nuit du 10 au 11 mai 1968. (SIPAHIOGLU / SIPA)

Nous serons demain le 13 Mai et c’était, il y a 50 ans, le début de la grève générale. On a dit beaucoup de choses sur l’héritage de Mai 68, mais ce mouvement a-t-il vraiment changé, sur le plan psychologique, la vie des hommes et des femmes ? Et de quelle façon ? Pour la psychanalyste Claude Halmos, Mai 68 a changé beaucoup de choses.

Je crois que le mouvement de Mai 68 a changé non seulement la vie des hommes et des femmes, mais les conditions dans lesquelles leurs enfants se construisent. Parce qu’il a permis de se défaire d’un carcan, dans lequel tous ne pouvaient qu’étouffer.    

De quel "carcan" voulez-vous parler ?  

D’un carcan qui en fait était double. Il y avait d’une part un carcan familial et, d’autre part, un carcan social qui cautionnait et redoublait ce carcan familial. À l’époque, par exemple, les enfants et les adolescents n’étaient pas considérés, dans leurs familles, comme des personnes à part entière. On les pensait incapables d’avoir une opinion valable, ils n’avaient aucun droit à la parole, on décidait de tout à leur place, au nom de leur "bien". Et ils devaient obéir, sans que l’on ait pris la peine de leur expliquer pourquoi. Toutes les familles ne fonctionnaient pas de cette façon, bien sûr, mais celles qui le faisaient, bénéficiaient d’un très large consensus social.  

Pourquoi ce consensus social très large à l'époque ?

Parce que cette vision de la vie familiale était en accord avec ce que les adultes, eux-mêmes, vivaient dans leur vie sociale, du fait de la conception qu’avait l’état de son rapport aux citoyens. Et cette similitude était perceptible, par exemple, au niveau de l’information : on trouvait normal, dans les familles, de cacher, dans de très nombreux domaines, la vérité aux enfants. Et, de la même façon, on trouvait normal que l’état contrôle l’information et décide de ce que les citoyens avaient – ou non – le droit de savoir. Le mouvement de Mai 68 s’est battu contre cette conception autoritariste de l’autorité. Et ce combat a changé beaucoup de choses.   

Dans quels domaines ce combat a-t-il changé les choses ?

Dans l’éducation, d’abord. On a rejeté l’autoritarisme parental et c’était une bonne chose. Même si on a eu, trop souvent, le tort de rejeter en même temps l’autorité (dont les enfants ont besoin), au lieu de réfléchir à une autorité nouvelle, qui s’adresserait à des enfants que l’on prend au sérieux et que l’on respecte.

Et puis beaucoup de choses ont changé aussi dans le domaine de la sexualité. Parce que, là encore, les familles qui, pour interdire la sexualité, brandissaient le risque d’une grossesse, trouvaient un allié de poids dans la société, qui en interdisant la contraception et l’avortement, permettait que la punition, promise dans la famille, devienne réalité. Le mouvement de Mai 68, en refusant que le désir et le plaisir soient considérés comme des fautes, a ouvert la voie aux combats qui ont suivi, et qui ont permis la légalisation de la contraception et de l’avortement.

En fait Mai 68 a construit les fondations d’une liberté. D’une liberté de vivre, qui était aussi révolutionnaire qu’indispensable.  

Des voitures en feu rue Gay-Lussac à Paris, dans la nuit du 10 au 11 mai 1968.
Des voitures en feu rue Gay-Lussac à Paris, dans la nuit du 10 au 11 mai 1968. (SIPAHIOGLU / SIPA)