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C'est dans ma tête. Les mobilisations étudiantes

Des mouvements se développent dans de nombreuses facultés et les étudiants ont appelé, aujourd’hui samedi 14 avril, à des manifestations.

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Des étudiants bloquent l\'accès à l\'université Paris 1 Tolbiac, le 29 mars 2018, pour s\'opposer à loi Vidal votée le 15 février 2018. 
Des étudiants bloquent l'accès à l'université Paris 1 Tolbiac, le 29 mars 2018, pour s'opposer à loi Vidal votée le 15 février 2018.  (ALPHACIT NEWIM / CROWDSPARK)

La capacité des étudiants à se mobiliser étonne souvent les politiques et parfois même les inquiète. Car ils ont l’impression que ces mouvements, une fois lancés, pourraient devenir incontrôlables. Des manifestations étudiantes sont prévues ce samedi 14 avril. Comment expliquer ces mobilisations ? C'est le sujet de réflexion de la psychanalyste Claude Halmos. 

Peut-on expliquer, d’un point de vue psychologique, ces mobilisations ? 

Je ne pense pas que la psychanalyse puisse suffire à expliquer ces mobilisations. Mais on peut avancer quelques éléments de réflexion. Lesquels ? Je crois que l’on peut, pour comprendre ce qui se passe, se référer à ce qu’est l’adolescence. Parce que, bien qu’ils ne soient plus des adolescents, les étudiants restent, à certains égards, très proches du fonctionnement de cet âge.

Or, l’adolescence est une période dont les adultes méconnaissent souvent l’importance et la complexité. Notamment parce qu’ils sont persuadés - de façon parfois assez méprisante, d’ailleurs -  qu’il ne s’agit que d’une crise passagère et qu’elle finira bien par passer. Ce qui peut les conduire, sur le plan politique, à des erreurs d’appréciation.      

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ce fonctionnement de l’adolescence ?

L’adolescence est le moment où l’adolescent, qui a vu jusque-là le monde à travers les yeux de ses parents, doit rejeter leur influence et réussir à trouver lui-même ce qu’il veut : ce qu’il veut être, ce qu’il veut penser… C’est un travail intérieur très long, très difficile, très douloureux et très lourd de conséquences. Parce que l’adolescent, qui est à la recherche de sa propre vérité a, par rapport aux autres et par rapport à la société, la même exigence de vérité. Il ne supporte pas la "triche" ou les fausses promesses ; il refuse les compromissions. Et il fait preuve en général d’une très grande intransigeance.    

Une intransigeance par rapport à quoi ?  

Par rapport à tout, mais surtout par rapport à tout ce qu’il peut - à tort ou à raison - considérer comme une  injustice. Et notamment quand ce qu’il ressent comme injuste concerne sa vie, sa liberté, et surtout son avenir (ses études, son futur métier..). Parce que l’adolescence est, pour l’adolescent, le début de son envol vers la vie adulte ; un envol qui, à la fois, l’attire et l’effraie. Et il ne peut pas supporter l’idée que l’on empêche cet envol.    

Pourquoi les mobilisations étudiantes semblent-elles aussi incontrôlables ?  

Parce que les étudiants, comme tous les adolescents et les jeunes adultes, ont toujours une grande soif d’absolu et une volonté d’aller jusqu’au bout. Cela fait partie de leurs exigences. Ils ont l’impression qu’ils n’ont rien à perdre et ils ne sont pas prêts aux concessions. D’autant que leur intransigeance est souvent renforcée par la façon dont on les traite.

Les adolescents, les jeunes adultes, ont besoin de se sentir reconnus comme des personnes à part entière, d’être respectés comme tels, et pris au sérieux. S’ils ont l’impression que les politiques s’adressent à eux comme à des enfants ou, pire encore, leur font la morale, cela peut leur être insupportable et les pousser à la surenchère.  

Des étudiants bloquent l\'accès à l\'université Paris 1 Tolbiac, le 29 mars 2018, pour s\'opposer à loi Vidal votée le 15 février 2018. 
Des étudiants bloquent l'accès à l'université Paris 1 Tolbiac, le 29 mars 2018, pour s'opposer à loi Vidal votée le 15 février 2018.  (ALPHACIT NEWIM / CROWDSPARK)