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C'est dans ma tête. Les bébés volés du franquisme

Mardi dernier, 4 septembre, un procès a repris à Madrid : celui d’un médecin accusé d’être responsable d’un trafic d’enfants, commencé sous le franquisme, et qui aurait duré jusque dans les années 80. 

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Affaire des enfants volés du franquisme. Manifestation à Vitoria en Espagne, le 27 janvier 2012, des familles de bébés disparus.
Affaire des enfants volés du franquisme. Manifestation à Vitoria en Espagne, le 27 janvier 2012, des familles de bébés disparus. (MAXPPP)

Le procès du médecin accusé d’être responsable d’un trafic d’enfants sous le franquisme a repris mardi 4 septembre à Madrid.

Un trafic commencé sous la dictature de Franco et qui aurait duré jusque dans les années 80. Des milliers de bébés avaient été arrachés à leurs mères, à qui l’on avait dit qu’ils étaient morts, et vendus à d’autres familles. La psychanalyste Claude Halmos revient sur l'impact traumatique grave de cet arrachement, pour ces enfants et leurs familles. 

Cet arrachement à la mère pour des milliers de nouveaux-nés est terrifiant

Les conséquences psychologiques d'une telle situation sur des enfants peuvent être extrêmement graves, précise Claude Halmos. Pour l’enfant, pour l’adulte qu’il deviendra, et pour les enfants qu’il aura. Parce que l’une des spécificités de l’être humain est qu’il est, dès sa naissance, enraciné psychiquement dans son histoire familiale, qu’il connaît toujours inconsciemment. Et il ne peut trouver un équilibre que s’il a la possibilité de la connaître consciemment.      

Comment un enfant, qui n’est pas élevé par sa famille peut-il connaître inconsciemment son histoire ?      

Cela passe probablement par une communication inconsciente entre cet enfant et sa mère biologique (pendant le temps où ils sont en contact), et ensuite ceux qui l’élèvent, et qui connaissent la vérité. C’est un phénomène difficile à expliquer, mais que l’on constate dans la pratique.

Je me souviens, par exemple, d’un garçon de 12 ans, que l’on m’avait amené parce qu’il s’était mis à voler. Il a appris, dans mon cabinet, qu’il était adopté et qu’on le lui avait caché, notamment parce que son père biologique était en prison, dans son pays, pour vol. À la suite de cette révélation, il a cessé de voler. Sans doute parce que voler était, pour lui, une façon d’exprimer cette vérité qu’il connaissait inconsciemment.        

Cela veut-il dire que tous les enfants arrachés en Espagne à leurs familles biologiques ont eu des problèmes ?     

Ils n’ont pas eu forcément, tous, des problèmes repérables. Mais ils sont tous porteurs d’une fêlure très importante, qui est forcément génératrice d’angoisse. Leur vie a commencé par un arrachement traumatique à leur mère, et elle s’est poursuivie dans le mensonge. Ils se sont donc construits, comme sur pilotis, au-dessus d’un vide sur le début de leur histoire. Et dans un monde terrifiant puisque, dans ce monde, ils ont pu faire l’objet d’une transaction, comme s’ils étaient non pas des humains, mais des choses.

C’est forcément très lourd pour eux, et cela le sera aussi, d’une façon ou d’une autre, pour leur descendance

Claude Halmos

L’histoire familiale se transmet toujours, précise la psychanalyste. Et toujours avec ses problèmes.       

Est-ce que la révélation de la vérité est importante pour eux ?    

Elle est probablement épouvantable à entendre parce qu’on leur a, ni plus ni moins, volé leur vie. Et il va falloir qu’ils apprennent à vivre, avec et malgré cette vérité monstrueuse. Mais elle est essentielle. Parce que les non-dits et les mensonges sur l’histoire familiale, l’identité et la filiation sont, pour les humains, les poisons les plus dangereux qui soient.

Le mensonge sur ces questions tue la vie, et il faudrait vraiment que tous les parents le sachent…

Claude Halmos
Affaire des enfants volés du franquisme. Manifestation à Vitoria en Espagne, le 27 janvier 2012, des familles de bébés disparus.
Affaire des enfants volés du franquisme. Manifestation à Vitoria en Espagne, le 27 janvier 2012, des familles de bébés disparus. (MAXPPP)