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C'est dans ma tête. Le deuil, à l'ère du numérique

C'est un long weekend pour toutes les familles qui veulent honorer leurs morts. Notre époque numérique, avec les réseaux sociaux, modifie le travail de deuil quand on reste en lien avec les comptes créés par ceux qui nous sont chers, et qui peuvent continuer d'exister après leur disparition. 

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Une tombe dans un cimetière. Illustration. 
Une tombe dans un cimetière. Illustration.  (SOLLIER CYRIL / MAXPPP)

Nous sommes aujourd’hui le 2 novembre, qui est, dans la tradition chrétienne, le jour des morts, celui où de nombreuses familles se rendent dans les cimetières, pour honorer ceux qu’elles ont perdus.

Or, aujourd’hui, avec le développement des réseaux sociaux, on peut aussi retrouver, pour les honorer, ses disparus sur les comptes qu’ils y avaient créés, et qui peuvent continuer à exister, après leur disparition. La psychanalyste Claude Halmos nous explique en quoi cette époque numérique peut aider à faire son deuil, mais aussi peut contribuer à le ralentir. 

franceinfo : Pensez-vous que cette possibilité puisse avoir une influence sur le deuil que les proches doivent faire, de ceux qu’ils aimaient ?      

Claude Halmos : Je crois qu’il faut, pour évaluer cette influence, revenir à ce que signifie l’expression "faire son deuil". Le deuil est le travail psychique que toute personne qui perd un être cher, se trouve dans l’obligation de faire. Pourquoi ? Parce qu’elle avait investi, dans cet être cher - c’est l’explication de Freud - un capital d’amour, qu’elle ne peut plus, puisqu’il a disparu, investir là, alors même que son désir de le faire est toujours aussi fort. Elle se retrouve donc, avec ce désir, face au vide, et dans une souffrance insupportable. Et le "deuil" est le travail, long et douloureux, qu’elle va devoir faire pour sortir de cette souffrance.          

Comment se passe ce travail de deuil ?    

Il se fait en plusieurs étapes. La première est toujours celle d’un déni : on refuse d’admettre que la personne décédée n’est plus là ; et parfois jusqu’à l’hallucination : on croit la voir, par exemple. Et puis peu à peu, on finit par accepter l’idée de sa mort. Mais on se met alors - c’est la seconde étape du deuil - à idéaliser le souvenir que l’on a d’elle. Et c’est de cette personne idéalisée qu’il va falloir - troisième étape - "faire le deuil".

Et ce deuil n’est terminé qu’au moment où l’on peut, sans jamais oublier la personne morte, bien sûr, retrouver le désir et la force d’investir son amour ailleurs. 

Quelle peut être l’influence des réseaux sociaux sur ce travail de deuil ?        

Elle est variable selon les individus, et aussi bien positive, que négative. Elle est positive quand les réseaux sociaux permettent à la personne endeuillée de partager sa peine avec tous les proches du disparu, de se sentir soutenue par le groupe qu’elle forme avec eux ; et l’idée qu’elle va contribuer au souvenir que tous vont garder de lui.

Mais les réseaux sociaux peuvent aussi compliquer le deuil. D’abord parce que leur dimension publique peut perturber l’intimité dont chacun a besoin pour faire, à son rythme, et à sa façon, le chemin qu’il doit faire. Mais surtout parce que le fait que les comptes puissent survivre à ceux qui les ont créés, peut venir nourrir des illusions qui vont rallonger le travail du deuil, voire même empêcher qu’il aille à son terme.

Dans la première phase du deuil, par exemple, celle du déni, continuer à écrire à la personne décédée peut maintenir l’illusion qu’elle est toujours vivante. Et dans la seconde phase, la tendance à idéaliser le mort peut être renforcée par le fait que l’on retrouve, chez les proches, une tendance similaire. Autrement dit, sur les réseaux sociaux, dans le domaine du deuil, comme dans les autres, la prudence s’impose…          

Une tombe dans un cimetière. Illustration. 
Une tombe dans un cimetière. Illustration.  (SOLLIER CYRIL / MAXPPP)