8h30 Toussaint-Aphatie, France info

"L’ascenseur social est en panne aujourd'hui", affirme Muriel Pénicaud

La ministre du Travail, invitée mercredi de franceinfo, a défendu la politique sociale et les projets en la matière, portés par le gouvernement et Emmanuel Macron. 

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Muriel Pénicaud – ministre du Travail.
Muriel Pénicaud – ministre du Travail. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)

Emmanuel Macron "ne fait pas un discours formaté", a réagi la ministre du Travail, mercredi 13 juin sur franceinfo. Muriel Pénicaud était interrogée sur les propos du chef de l'État sur la pauvreté, diffusés, via le compte Twitter de la conseillère presse et communication de l'Elysée. Le président de la République, qui prépare un discours sur la politique sociale, affirme que l'on "met trop de pognon" dans les aides sociales et que les résultats ne sont pas satisfaisants.

Des éléments de langage repris par Muriel Pénicaud : "On se résigne trop à ce que la pauvreté soit une fatalité. On se résigne trop à ce que le chômage soit une fatalité." Défendant le "langage parlé, pas convenu" du président, -"c'est pour cela que je l'apprécie, parce qu'il a un langage de sincérité" -, Muriel Pénicaud estime qu'il "vaut mieux prévenir que guérir, c'est toute la philosophie de l'émancipation par le travail", au cœur du projet de loi intitulé "Pour la liberté de choisir son avenir professionnel", porté par la ministre et débattu jusqu'à vendredi à l'Assemblée nationale.

"Comme l'a dit le président, comme l'a dit le Premier ministre, le sujet n'est pas combien d'argent on met. Il faut mettre l'argent qu'il faut. La question est : est-ce efficace ? C'est ça qu'on veut améliorer", a-t-elle ajouté. "C'est quoi la promesse républicaine, si on est enfermé dans la pauvreté ? Il faut permettre l'ascenseur social, et franchement il est en panne aujourd'hui", a poursuivi la ministre du Travail.

Travail précaire : un malus si des entreprises "exagèrent"

"On considère aujourd'hui qu'on a une précarité excessive", a déclaré la ministre du Travail. Le gouvernement veut empêcher les entreprises de transformer le recours aux CDD et à l'intérim en "mode de gestion normale" et non en simple support d'un surcroît d'activité temporaire. "J'ai été dans l'industrie et je ne trouve pas normal qu'une usine fonctionne avec 50% d'intérim", a précisé la ministre. "On est l'un des pays européens où l'on a le plus d'emplois précaires, a-t-elle affirmé. On veut corriger ça." 

Selon la ministre du Travail, les entreprises "qui exagèrent" paieront leurs cotisations chômage plus chères que celles qui, dans le même secteur professionnel, privilégient les CDI. En revanche, les pénalités ne tomberont pas tout de suite. Le gouvernement laisse les partenaires sociaux négocier des accords de branche, à la demande de ces derniers. Ils ont jusqu'à la fin de l'année pour se mettre d'accord. "Si ça n'aboutit pas, je prendrais un décret en janvier prochain", prévient Muriel Pénicaud.

La formation pour "l'émancipation sociale"

Le texte de loi défendu cette semaine par la ministre propose les outils nécessaires pour "retrouver le chemin de l'emploi", a affirmé Muriel Pénicaud. "Cette loi a un fil rouge, c'est l'émancipation sociale, a-t-elle argumenté, pour avoir plus de moyens pour choisir et ne pas subir leur vie professionnelle." La ministre du Travail a détaillé la réforme du compte personnel de formation (CPF), auquel, dans les faits, "seulement 36% des salariés" ont accès. "Si vous êtes ouvriers ou salariés de PME, vous avez deux fois moins de chance que les autres" de pouvoir mener une formation, a précisé la ministre.

Chacun pourra "choisir librement" sa formation, tout en "étant aidé", a indiqué Muriel Pénicaud, notamment via une application mobile et un site internet. "Là, on va donner un droit. On va être le premier pays au monde à le faire et je pense que ce sera une grande avancée sociale", a-t-elle déclaré, à propos d'une réforme qui doit "rattraper des inégalités sociales". Selon la ministre, les salariés à temps partiel bénéficieront de la même enveloppe de formation que les salariés à temps plein, ce qui profitera aux femmes, qui occupent "80% de l'emploi partiel". 

Les travailleurs en situation de handicap bénéficieront aussi d'un "bonus" pour compenser leurs difficultés à s'insérer sur le marché du travail. "Aujourd'hui, 500 000 actifs handicapés sont inscrit à Pôle Emploi", a déploré Muriel Pénicaud, qui promet "un accompagnement".

Un aide à la formation des réfugiés "acceptés"

Dans le cadre du plan d'investissement pour les compétences, "un million de jeunes, un million d'emplois", le gouvernement va réserver une enveloppe pour "former plusieurs milliers de réfugiés qui ont été acceptés en France", a affirmé Muriel Pénicaud.

"On est tous choqués", a réagi la ministre du Travail, face au périple de L'Aquarius, le bateau humanitaire en route vers l'Espagne avec 629 migrants à bord, après avoir été interdit d'accoster dans un port italien. "Pour les réfugiés que l'on accueille", dans le cadre du programme autour des migrants, le gouvernement affirme donc mettre des outils en place pour "leur donner la chance d'aller sur des métiers en tension, d'avoir une formation, un logement et de trouver une insertion", a détaillé Muriel Pénicaud, sans préciser le montant de l'enveloppe promise.

Regardez l'intégralité de l'intervention de Muriel Pénicaud sur franceinfo le 13 juin 2018.

Muriel Pénicaud – ministre du Travail.
Muriel Pénicaud – ministre du Travail. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)