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Philippe Martin (CAE) : "Ces derniers mois, les plus aisés ont fortement épargné, tandis que les 10 % les plus modestes se sont endettés"

a revoir

Présenté parJean-Paul Chapel

Diffusé le 13/10/2020Durée : 00h6

Quels sont les Français qui épargnent ? Si le montant de l’épargne accumulée par les français depuis le confinement est élevé, la question des détenteurs de cette épargne restait jusqu’à présent en suspens. La dernière note du Conseil d’analyse économique, parue hier (http://www.cae-eco.fr/dynamiques-de-consommation-dans-la-crise-les-enseignements-en-temps-reel-des-donnees-bancaires), apporte des éléments de réponse. Effectuée par huit économistes, parmi lesquels John Galbraith et Camille Landais, l’étude note une forte concentration de l’épargne chez les personnes les plus aisées, à la suite d’une étude de 300 000 données bancaires.

Les auteurs de l'étudent estiment à 50 milliards d’euros le montant d'épargne supplémentaire accumulé par les Français par rapport à ce qu’ils auraient épargné en absence de crise. Cette somme est inégalement répartie entre les différents niveaux de revenus : "Sur ces 50 milliards, il y en a 32 épargné par les 20 % les plus riches, tandis que chez les plus modestes, on a assisté soit de la désépargne, soit à une absence totale d’épargne. Concernant les 10 % les plus aisés, l’épargne est très importante, autour de 6000 ou 7000 euros. Pendant le confinement, ces ménages n’ont pas pu consommer (et aller au restaurant, au cinéma ou en voyage). Ces dépenses non-effectuées ont donc été épargnées."

"Lorsqu’un transfert social aux ménages modestes est effectué, ils le consomment très rapidement. Cela a donc un effet très positif sur l’économie"

Philippe Martin pointe en comparaison les conclusions très différentes observées sur les ménages les plus pauvres. "Les 10 % les plus modestes, non seulement n’ont pas pu épargner, mais se sont même endettés. Ils ont tiré sur leur compte d’épargne environ 300 euros sur la période étudiée. Les plus précaires ont eu moins de mesures d’accompagnement, et le gouvernement regarde donc s’il y a eu un trou dans la raquette." L'économiste note qu'il serait utile pour l'économie de relancer la consommation de ces ménages : "Nos données montrent que l'allocation de rentrée scolaire d’environ 100 euros fin août a été dépensée très rapidement. Lorsque vous faites un transfert social vers les ménages modestes, ils ne l’épargnent pas. Cela a donc un impact très positif sur l’économie." Il estime toutefois qu'une taxation des plus riches n'est "pas une priorité" : "La priorité n'est pas d'augmenter les impôts. Aujourd'hui, il faut surtout aider les plus modestes. Le gouvernement va annoncer dans les prochains jours un certain nombre d’aides. Plusieurs pourraient être intéressantes, comme une prime pour augmenter le RSA, pour les étudiants boursiers, ou une revalorisation de l'APL (aide personnalisée au logement). Cela peut également être un chèque COVID ciblé vers les ménages les plus modestes. Il y a beaucoup de moyens, d’instruments et de canaux vers lesquels on peut se tourner. Une des difficultés est toutefois de cibler les bonnes personnes : il y a des salariés modestes qui n’ont pas vu leur revenu baisser, tandis que d'autres travailleurs précaires comme les indépendants ont vu leur revenu diminuer fortement."

Philippe Martin note une piste pour consommer autrement : la distribution d’un chèque vert aux ménages : "Cela servirait à acheter des biens et services jugés respectueux de l'environnement. Cela permettrait de relancer la consommation, notamment des ménages modestes, et de montrer aux gens qu'ils peuvent être acteurs de la transition environnementale."

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