Remaniement : ce qui peut sauver ou plomber les poids lourds du gouvernement

Alors que tous les ministres défendent leur place à l'approche de changements très probables au gouvernement, francetv info passe au crible les atouts et les handicaps des ministres de premier plan. 

Des membres du gouvernement lors de la conférence de presse de François Hollande à l\'Elysée, le 14 janvier 2014.
Des membres du gouvernement lors de la conférence de presse de François Hollande à l'Elysée, le 14 janvier 2014. (CHRISTOPHE ENA / AP / SIPA)

Il y a ceux qui poussent pour y entrer, et ceux qui se débattent pour ne pas en sortir. Alors que l'ombre du remaniement plane sur le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, quatre jours après les très mauvais résultats du PS au premier tour des municipales, c'est chacun pour sa peau. A l'extérieur, Ségolène Royal a choisi le silence radio pour ne pas gâcher ses chances, tandis que Martine Aubry fait mine de ne pas être intéressée. Tout en disant tout haut ce que la majorité pense tout bas. Claude Bartolone, le président de l'Assemblée nationale, et le maire sortant de Paris, Bertrand Delanoë, sont également dans les starting-blocks.

Du côté des ministres, la guerre se joue en coulisses à coups de bilan à revendiquer, de courant politique d'origine et de cote de popularité. Francetv info résume le CV des poids lourds qui jouent leur place. 

Jean-Marc Ayrault

Fusible numéro 1, le Premier ministre fait l'objet de toutes les attaques depuis la débâcle du PS aux municipales. Mais son éviction n'est pas si simple. 

Atouts : Son entourage le martèle, Jean-Marc Ayrault est "le seul compatible avec la majorité gouvernementale telle qu'elle existe depuis 2012, composée de socialistes, de radicaux et surtout d'écolos". Et il est plutôt accommodant, rappelle Le Parisien, qui cite François Hollande : "Il ne s'est jamais mis en travers pendant deux ans, c'est quand même très appréciable." De plus, il a piloté la remise à plat de la fiscalité, prochaine étape clef pour l'exécutif, rappelle Libération.

Le timing joue aussi pour le locataire de Matignon : nommer un chef de gouvernement à quelques semaines des européennes est périlleux : "Le nouveau Premier ministre subirait, à peine nommé, un désaveu le plaçant en difficulté", explique le politologue Thomas Guénolé au Figaro, qui entrevoit une autre claque pour les socialistes aux prochaines élections. 

Handicaps : Pas charismatique, détesté par les conseillers de l'Elysée, selon Le Monde (abonnés), il est pointé du doigt par de nombreux élus PS. Et les multiples épisodes cacophoniques de son gouvernement ne plaident pas en sa faveur. Difficile, de toute façon, de revendiquer un changement sans renouveler la tête d'affiche. D'ailleurs, 69% des Français souhaitent son départ.

Manuel Valls 

Il trépigne à chaque rumeur de remaniement. Manuels Valls veut être calife à la place du calife, et n'en fait pas mystère. Le titulaire place Beauvau rêve de passer rive gauche, à Matignon.   

Atouts : Hyperactif, le ministre de l'Intérieur vante son bilan en matière de sécurité, thème sur lequel la gauche est régulièrement accusée de faiblesse. Plus de cambriolages mais moins d'homicides, Manuel Valls est satisfait des chiffres 2013, et vante les "bons résultats" des 80 zones de sécurité prioritaires (ZSP) qu'il a lancées. Mais il est surtout très populaire, avec une cote d'influence qui s'effrite mais reste haute, et 31% des Français qui souhaiteraient le voir prendre du grade.  

Handicaps : Son positionnement dans la droite du PS. Manuel Valls dérange ses camarades ministres, et Cécile Duflot notamment, mais aussi Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, qui refuseraient de faire partie d'un gouvernement qu'il dirigerait. Autre boulet, ses ambitions présidentielles affichées. Hollande "ne peut pas mettre un Premier ministre qui puisse lui faire de l'ombre avant la présidentielle", confirme une ministre au Monde (lien abonnés). 

La ministre du Logement, Cécile Duflot (G), et celle de la Justice, Christiane Taubira, à l\'Elysée, le 13 novembre 2013.
La ministre du Logement, Cécile Duflot (G), et celle de la Justice, Christiane Taubira, à l'Elysée, le 13 novembre 2013. (BERNARD BISSON / JDD / SIPA)

Christiane Taubira

Icône de la gauche durant les deux premières années du quinquennat, Christiane Taubira a vu son aura se ternir petit à petit. La garde des Sceaux est sur un siège éjectable. 

Atouts : "Christiane Taubira est l’une des rares figures de ce gouvernement à porter, courageusement, les valeurs de la gauche contre les vents et marées des polémiques éphémères", note un chroniqueur du Plus. Elle reste également la seule ministre à avoir porté une grande réforme forte en symbole pour la gauche - le mariage pour tous - en presque deux ans d'exercice du pouvoir. 

Handicaps : Son dossier suivant, la réforme pénale, a déjà donné lieu à une passe d'armes avec Manuel Valls. Et son cafouillage autour des écoutes de Nicolas Sarkozy la fragilise, en plus d'avoir discrédité son cabinet, parmi les plus instables du gouvernement, rappelle Le Monde.

Arnaud Montebourg 

Le tonitruant ministre du Redressement productif ne se voit pas partir et pose même ses conditions.

Atouts : Arnaud Montebourg pèse 17% des voix de la primaire socialiste et l'appui symbolique de la gauche du Parti socialiste. Une frange non négligeable au lendemain d'élections municipales marquées par la forte abstention des électeurs de gauche, déçus par le manque de résultats du gouvernement en matière sociale. "Dans une équation de gauche, il y a forcément moi ou Arnaud dans le gouvernement, pour que celui-ci conserve un peu d'équilibre", abonde Benoît Hamon, son collègue à la Consommation dans Le Monde

Handicaps : Plusieurs fois désavoué, comme sur l'emblématique dossier Florange, souvent intenable, Arnaud Montebourg mise sur son récent retour en grâce auprès des patrons, souligné par Le Monde, pour effacer son bilan au Redressement productif. Un bilan pour l'instant plus marqué par les déclarations fracassantes et les clashs que par le nombre d'entreprises réellement sauvées. 

Cécile Duflot

La ministre du Logement n'a pas sa langue dans sa poche, mais elle fait le pari que François Hollande préférera la garder à ses côtés que l'affronter, bien remontée, en 2017. 

Atouts : Son poids politique. L'ancienne patronne d'EELV le sait, les écologistes sont les seuls dans la majorité à voir leurs scores progresser aux municipales, avec 11,8 % des voix au niveau national. Elle réclame même un troisième ministre vert au sein du futur gouvernement, selon Les Echos. Elle peut aussi revendiquer l'adoption de la loi sur le logement, symbolique pour la gauche. De surcroît, Cécile Duflot a laissé son siège à l'Assemblée nationale à la socialiste Danièle Hoffman-Rispal : évincée du gouvernement, elle retournerait dans l'hémicycle et y affaiblirait la courte majorité absolue du PS.

Handicaps : Grande gueule, la ministre s'élève régulièrement contre les prises de position de certains de ses collègues, dont Manuel Valls, qu'elle n'hésite pas à critiquer ouvertement comme à l'occasion de l'affaire Leonarda, note Le Point

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius (G), et celui de l\'Economie, Pierre Moscovici, le 4 juin 2013, à l\'Assemblée nationale. 
Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius (G), et celui de l'Economie, Pierre Moscovici, le 4 juin 2013, à l'Assemblée nationale.  (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Pierre Moscovici

Il se sent "à sa place à Bercy", mais a très peu de chances d'y rester. Le ministre de l'Economie joue son va-tout. 

Atouts : "Pierre Moscovici est en campagne, et assure qu'il est très utile à son poste dans cette période de négociation délicate avec Bruxelles, et qu'il a la confiance d'Angela Merkel", décrypte Libération. Et le ministre de mettre en avant le fait qu'il a déjà commencé à mener le dossier sensible d'avril, à savoir les 50 milliards d'économies à trouver dans le budget de l'Etat.

Handicaps : "Il n'a pas imprimé sa marque", reconnaît un collègue du gouvernement. "Il a déçu" le président, confirme Le Monde, qui souligne que Pierre Moscovici est facilement évinçable, car il dispose d'"une porte de sortie honorable" vers la Commission européenne. 

Laurent Fabius 

Plus jeune Premier ministre de France, de juillet 1984 à mars 1986, Laurent Fabius pourrait reposer ses valises rue de Varenne, trente ans plus tard. 

Atouts : A la fois proche et poids lourd. "Il y a une attente de stabilité et d'expérience chez les Français, et Laurent Fabius incarne ces valeurs", explique Jean-Daniel Lévy, directeur du département opinion de Harris Interactive à francetv info. "Il connaît la machine de l'Etat, il tiendra le choc face aux poids lourds et ne postulera pas en 2017 pour être président", liste, de son côté, une ministre interrogée par Le Monde. Et son bilan au Quai d'Orsay, unanimement salué, le tient à l'écart des ratés de la politique intérieure.  

Handicap : L'impression retour en arrière de 30 ans, qui limite l'effet "nouveau souffle" dont l'exécutif socialiste a cruellement besoin. 

Michel Sapin 

A la fois poids lourd et fidèle, Michel Sapin ne fait pas dans le coup d'éclat permanent. "Très bien" là où il est, il s'imagine élargir ses compétences aux affaires sociales, voire même prendre la tête de Bercy. 

Atouts : Très proche du président, Michel Sapin "rassure par son sens du compromis", selon Le ParisienFidèle d'entre les fidèles, le camarade de promotion de François Hollande à l'ENA aurait sa place à la tête, ou du moins au sein, d'un gouvernement resserré autour du président de la République et de sa ligne politique. 

Handicap : Mais Michel Sapin, c'est aussi le ministre du Travail et un bilan des plus médiocres en matière de chômage, épine dans le pied du gouvernement. Après l'annonce de la hausse de 0,9% du nombre de demandeurs d'emploi en février, il a d'ailleurs admis : "J'en porte une part de responsabilité."