Quatre questions sur la nouvelle tribune de militaires publiée par "Valeurs actuelles"

L'hebdomadaire conservateur a publié dimanche 9 mai un texte qui vient apporter son soutien aux militaires à la retraite à l'origine d'une lettre ouverte qui pourrait leur valoir des sanctions.

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France Télévisions
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Des soldats français de l'opération Sentinelle se préparent avant une patrouille, le 6 novembre 2020 à Paris. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Quinze jours après la publication d'un premier texte controversé, le 21 avril, qui avait suscité de vives critiques et ouvert la voie à des sanctions contre ses signataires, l'hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles publie une nouvelle tribune de militaires appelant à l'action des autorités "pour la survie de notre pays". Ce deuxième texte, publié dans la soirée du dimanche 9 mai, survient au lendemain de la cérémonie commémorant le 76e anniversaire du 8 mai 1945, lors de laquelle le chef de l'Etat s'est mis en scène en s'entretenant longuement, sous l'œil des caméras, avec les chefs d'état-major des armées.

1Quel est l'objet de cette tribune ?

Le texte, adressé au président de la République ainsi qu'aux ministres, aux parlementaires et aux officiers généraux, exprime un soutien clair et sans concession à la première tribune, dont la majorité des signataires étaient des militaires à la retraite.

"Nos aînés ont raison sur le fond de leur texte, dans sa totalité."

Les auteurs de la tribune

dans "Valeurs actuelles"

Définis comme "militaires d'actives" par Valeurs actuelles, les rédacteurs s'insurgent contre les critiques dont ont fait l'objet "les vieux soldats" ayant signé la précédente tribune, et les sanctions qui pourraient leur être infligées. "Ce sont ces milliers de serviteurs de la France, signataires d’une tribune de simple bon sens, des soldats qui ont donné leurs plus belles années pour défendre notre liberté, obéissant à vos ordres, pour faire vos guerres ou mettre en œuvre vos restrictions budgétaires, que vous avez salis alors que le peuple de France les soutenait", fustigent-ilsEt de continuer : "Vous les avez traités de factieux alors que leur seul tort est d'aimer leur pays et de pleurer sa visible déchéance". 

Ces militaires somment à leur tour les décideurs de réagir pour garantir "la survie de notre pays", menacés selon eux par une imminente guerre civile. "Presque tous, nous avons connu l'opération Sentinelle. Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance. (...) Nous voyons la violence dans nos villes et villages. Nous voyons le communautarisme s'installer dans l'espace public, dans le débat public", assurent les militaires, relayant les théories d'effondrement citées dans la précédente tribune.

2Qui sont les auteurs de ce texte ?

La première tribune avait été signée par Jean-Pierre Fabre-Bernadac et une vingtaine d'anciens généraux, mais aussi des militaires en activité. "On dénombre 18 personnes en activité – dont quatre officiers – parmi les signataires"avait précisé le général François Lecointre, chef d’état-major des armées, au Parisien (article payant) le 28 avril. Et de promettre des "sanctions disciplinaires militaires" graduelles.

En bas du nouveau texte publié le 9 mai, aucune signature n'est cette fois rendue publique. Les auteurs se présentent comme des "hommes et femmes, militaires en activité, de toutes les armées et de tous les grades, de toutes les sensibilités", étant "récemment entrés dans la carrière". Ces auteurs, dont le nombre est inconnu, défendent leur droit à prendre la parole pour livrer ce qu'ils considèrent être "un constat professionnel". Et d'expliquer : 

"Si nous ne pouvons pas, réglementairement, nous exprimer à visage découvert, il nous est tout aussi impossible de nous taire."

Les auteurs de la tribune

dans "Valeurs actuelles"

3A-t-elle reçu plus d'un million de soutiens ?

A la différence de la précédente, cette nouvelle tribune a été publiée avec la possibilité pour les lecteurs de Valeurs actuelles de manifester leur soutien. Lundi matin, le site se targuait d'avoir recueilli un million de signatures. Mais comme l'ont remarqué plusieurs journalistes et internautes, ce nombre correspondait en réalité au nombre de visites sur la page. 

Valeurs actuelles a depuis changé les termes employés, précisant que ce chiffre comptabilisait bien l'ensemble des "lecteurs" ayant consulté cette page, et non ceux ayant exprimé leur soutien.

Capture d'écran du site de "Valeurs actuelles". (VALEURS ACTUELLES)

4Quelles sont les réactions politiques ?

Cette nouvelle tribune est vivement critiquée à gauche et au sein de la majorité. "Il s'agit de gens anonymes. C'est ça le courage ? D'être anonymes ?" a raillé Gérald Darmanin sur BFMTV, accusant les auteurs de cette nouvelle tribune de "faire de la politique". Le ministre de l'Intérieur dénonce une "grossière manœuvre" à l'approche des élections régionales et présidentielle.

"Il y a maintenant des militaires d'active qui veulent signer une tribune de manière anonyme. Ils sont factieux et lâches. Moi je n'ai pas peur, je dis mon nom et ce que je ferai si je suis élu : purger l'armée de ses membres factieux", a réagi Jean-Luc Mélenchon, qui avait déjà utilisé ce terme pour désigner les auteurs du premier texte.

Une partie de la droite a au contraire apporté son soutien à cette nouvelle tribune, dont l'eurodéputé LR François-Xavier Bellamy juge le diagnostic "parfaitement exact" et "nourri par une expérience de terrain". "Cette nouvelle tribune de militaires d'active est un signal d'alarme sérieux", estime pour sa part le député LR du Vaucluse Julien Aubert, précisant qu'"au lieu de chercher à sanctionner, il faut que le gouvernement tienne un discours de lucidité sur l'état du pays".

"On peut s'en prendre aux militaires et dire que leur tribune n'est pas signée, mais on peut aussi dire que ce qu'ils racontent est vrai", a réagi le porte-parole du Rassemblement national, Laurent Jacobelli, sur LCI. Marine Le Pen avait exprimé à plusieurs reprises son soutien aux militaires auteurs de la première tribune, les invitant même à rejoindre son parti dans la perspective de la présidentielle de 2022.

Du côté de l'armée, "un rappel ferme sera fait par le commandement sur le respect du devoir de réserve" car "l'apolitisme fait notre crédibilité et la cohésion est ce qui fait notre force", a déclaré à l'AFP un haut gradé de l'état-major. "On peut avoir des convictions personnelles mais les armées sont apolitiques et d'une fidélité absolue au président élu, elles sont subordonnées au chef des armées. Si on a des états d'âme, il faut quitter l'armée en conscience."

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