Primaire de la gauche : les six raisons de la victoire surprise de Benoît Hamon

L'ancien ministre de l'Education a largement battu Manuel Valls au second tour.

Benoît Hamon, le 29 janvier 2017 à Paris, après sa victoire lors du second tour de la primaire de la gauche.
Benoît Hamon, le 29 janvier 2017 à Paris, après sa victoire lors du second tour de la primaire de la gauche. (FRANCOIS MORI / AP / SIPA)

Il a déjoué tous les pronostics. Considéré il y a encore quelques semaines comme un outsider, Benoît Hamon a réussi la performance de s'imposer devant les deux favoris de la primaire de la gauche, Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Arrivé en tête au premier tour avec plus de 36%, il a largement battu l'ex-Premier ministre au second tour, avec plus de 58% des voix, dimanche 29 janvier. Franceinfo vous explique comment il a réussi à créer la surprise.

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Il est parti de loin

Benoît Hamon a-t-il observé la stratégie de François Fillon ? Le député des Yvelines est parti officiellement en campagne le 16 août sur le plateau de France 2, en dénonçant "un modèle de développement à bout de souffle". Mais l'ancien ministre avait commencé son travail de réflexion depuis sa sortie du gouvernement, fin août 2014.

Dans un premier temps, le candidat n'apparaît pas comme le favori de l'opinion. "Benoît Hamon était à 7% dans les sondages en décembre et a terminé à 35% minimum", a rappelé Guillaume Balas, l'un de ses soutiens, sur France 2. "On revient de loin, on était à 10-15% il y a trois mois", confirmait à franceinfo Régis Juanico, porte-parole du candidat, au soir d'un premier tour qui sentait déjà bon la victoire. Quelques minutes plus tard, Benoît Hamon remerciait les électeurs d'avoir "démenti les pronostics".

On mesurait une dynamique dans la campagne, mais pas à ce point-là, on ne s'attendait pas à un tel écart.Régis Juanicoà franceinfo

Il a amené des idées nouvelles

Pour incarner l'opposition face à la gauche gouvernementale de Manuel Valls, Arnaud Montebourg semblait mieux placé au début de la course. Mais Benoît Hamon a marqué des points dans la campagne en misant sur des idées nouvellesque ce soit sur la transition écologique avec la fin du diesel ou sur le rapport au travail avec le revenu universel d'existence.

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"Face à la déception créée par le quinquennat Hollande, il a su porter un espoir avec des idées nouvelles et en proposant un changement de modèle", explique le député de la Loire Régis Juanico. Dans le même temps, Arnaud Montebourg peine à se renouveler, estime le lieutenant de Benoît Hamon : "Arnaud Montebourg a rejoué sa campagne de 2011, sans apporter d'idée nouvelle. Au final, il a fait le même score [il avait alors enregistré 17,2% des voix]." 

Il faut en finir avec les vieilles recettes, avec la vieille politique.Benoît Hamonlors de son discours après le premier tour

Il a imposé son tempo

Grâce à la nouveauté de ses idées, Benoît Hamon est parvenu à imposer son rythme aux autres candidats lors de cette campagne express, notamment lors des débats télévisés. "C'est celui qui a le mieux incarné la nouveauté", observe Martial Foucault, directeur du Cevipof interrogé par franceinfo. "Il a réussi lors des trois débats à se différencier, notamment d'Arnaud Montebourg, et à imposer une vraie voix de gauche", note le politologue.

Le troisième débat reste le meilleur exemple de cette capacité à décider du tempo, puisque la majorité des candidats ont passé du temps à discuter et critiquer le projet de revenu universel du candidat Hamon.

FRANCE 2

Il a réussi sa communication numérique

Le député des Yvelines est parvenu à gagner le terrain numérique pendant cette campagne. "Il a été le plus présent sur les réseaux sociaux", remarque Martial Foucault. Comme le démontre ce billet de blog sur MediapartBenoît Hamon a gagné la bataille de l'engagement de sa communauté et a fait jeu égal avec Vincent Peillon sur l'activité numérique. Il disposait pourtant d'une audience moins importante que celle de Manuel Valls au départ, avec beaucoup moins d'abonnés sur ses comptes Facebook et Twitter.

Il a séduit grâce à sa personnalité

A côté des envolées lyriques d'un Arnaud Montebourg ou des colères de Manuel Valls, Benoît Hamon apparaît plus sobre, plus serein, plus mesuré. La retenue du candidat Hamon, qui refuse par exemple de participer à l'émission "Une ambition intime" sur M6, semble séduire une partie de l'électorat de gauche. "Benoît Hamon a su être naturel en n'hésitant pas à faire de l'humour dans ses meetings", assure Régis Juanico. Il a également démontré sa cohérence, selon le député de la Loire : "Il a tenu le même discours du début à la fin, et il va continuer."

Dans le même temps, Benoît Hamon apparaît solide sur ses thèmes de campagne, comme le montre sa prestation remarquée à "L'Emission politique" sur France 2, le 9 décembre 2016. "Il s'est passé quelque chose sur l'émission politique de la 2, les gens l'ont découvert et les médias ont ensuite valorisé cette dynamique", analyse pour franceinfo le député Laurent Baumel, soutien d'Arnaud Montebourg.

Il a réussi sa campagne d'entre-deux-tours

Fort de sa position de leader à l'issue du premier tour, Benoît Hamon n'a pas eu à forcer son talent pendant l'entre-deux-tours. Serein face aux accusations d'"islamo-gauchisme" venues du camp adverse, l'ancien ministre de l'Education s'est même dit "fier" d'être appelé Bilal, en référence au surnom "Bilal Hamon" dont l'a affublé la fachosphère.

Lors de l'ultime débat, mercredi, il a une nouvelle fois réussi à imposer ses thèmes de campagne face à Manuel Valls. Une stratégie qui lui a permis de dérouler son programme, tout en empêchant Manuel Valls de développer ses propositions. Dans ce débat cordial, à fleurets mouchetés, c'est Benoît Hamon qui a porté la dernière estocade, la plus tranchante aussi : "Respecter les règles, c'est commencer par respecter les programmes sur lesquels on est élu."