Congrès du PS : Olivier Faure "a un énorme handicap, il n'existe pas dans l'opinion" d'après le politologue Gérard Grunberg

Le nouveau patron du PS Olivier Faure réunit ses troupes ce week-end à Aubervilliers pour relancer le parti. Une tâche difficile car "il n'existe pas" dans l'opinion, a estimé samedi sur franceinfo le politologue Gérard Grunberg.

Le nouveau secrétaire général du Parti socialiste Olivier Faure, lors d\'une séance photo à Solferino, le 5 avril 2018.
Le nouveau secrétaire général du Parti socialiste Olivier Faure, lors d'une séance photo à Solferino, le 5 avril 2018. (JOEL SAGET / AFP)

Un millier de militants du Parti socialiste se réunissent, samedi 7 et dimanche 8 avril à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, pour le 78e congrès du parti, au cours duquel Olivier Faure sera officiellement investi comme le nouveau patron du parti.

Assommé par les défaites électorales en 2017, obligé de vendre son siège historique de la rue Solferino pour sauver sa trésorerie, le PS va essayer de renaître de ses cendres sous l'impulsion d'Olivier Faure. Le politologue Gérard Grunberg estime samedi sur franceinfo que le nouveau secrétaire national à un "énorme handicap par rapport à Benoît Hamon, son concurrent direct", c'est qu'il "n'existe pas dans l'opinion". Les élections européennes sont "véritablement le moment de vérité" car avec un résultat en dessous de 5%, le PS, selon lui, "peut très bien disparaître".

franceinfo : Remettre le PS au milieu du jeu politique avant 2020, est-ce que cela passe par un droit d'inventaire vis-à-vis de François Hollande ?

Gérard Grunberg : Ça serait une bonne idée. Le Parti socialiste hésite beaucoup à se lancer dans cette opération qui est un peu difficile parce qu'une partie du PS, dont Stéphane Le Foll, défend ce qu'a été le quinquennat de François Hollande, mais il y a aussi une bonne partie qui le condamne. Il faudrait accepter de diviser ce parti pour faire véritablement un bilan de ce quinquennat et je ne suis pas sûr que le PS puisse ou veuille le faire.

Olivier Faure peut-il faire cet inventaire ?

Il dit "nous voulons l'union de la gauche, le rassemblement de la gauche, nous voulons faire vivre le clivage gauche-droite". Le problème c'est que les deux partis qui existent à gauche, puisque les Verts n'existent plus et le PCF pratiquement plus non plus, c'est Mélenchon et Hamon. L'un et l'autre veulent pour des raisons différentes la mort du PS. Ce Parti socialiste passe sa vie à tendre la main à des gens qui ne veulent pas la prendre sauf pour la tordre. Ou alors ça serait une stratégie à l'allemande, c'est-à-dire une stratégie qui consiste à chercher un compromis avec le parti au pouvoir, c'est-à-dire avec Macron. Pour l'instant, ils ne veulent pas en entendre parler. Il y a un problème stratégique qui n'est pas du tout réglé. Surtout qu'il y a toujours cette attirance vers la synthèse qui fait que je ne sais pas exactement où ils vont se situer par rapport à l'aile gauche d'Emmanuel Maurel qui lorgne vers l'extrême gauche.

Sur qui peut-il s'appuyer pour relancer le PS ?

L'ancienne génération ne reviendra pas. C'est plutôt de voir s'il peut s'appuyer sur de nouvelles têtes. Il y a sûrement des gens de qualité au PS qui pourraient s'engager mais plutôt des jeunes. La génération Hollande-Aubry, c'est terminé pour le PS. Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas gardé une image dans l'opinion de gauche. Martine Aubry a toujours prouvé depuis longtemps qu'elle n'a pas envie d'être au premier rang, de prendre les premiers rôles depuis l'élection de François Hollande en 2012.

Olivier Faure peut-il séduire plus de militants ?

Le gros problème c'est la stratégie, mais il y en a un autre, c'est le leadership. Dans notre régime politique, et pas seulement en France, la question de la personnalisation du pouvoir est de plus ne plus au centre du jeu. Il (Olivier Faure) a un énorme handicap par rapport à Benoît Hamon, qui est son concurrent direct, il n'existe pas pour l'opinion. Il faut qu'il se fasse connaître. Pour l'instant, il n'existe pas. Un parti dont le leader n'est pas connu aura beaucoup de mal à se redresser.

Le PS peut-il disparaître ?

Les élections européennes sont véritablement le moment de vérité pour le PS. S'il n'arrive pas à faire plus de 5%, il est mort. II y a une somme de défis qui sont tellement élevés que l'avenir n'est pas du tout écrit pour le PS et il peut très bien disparaître, on ne peut pas l'exclure.