"Sécurité globale" : pourquoi cette photo ne montre pas un policier en flammes lors de la manifestation à Paris

Le cliché, partagé par l'AFP sur Twitter, a été largement repris par des internautes qui ont pensé y voir un policier dont l'uniforme aurait pris feu. Des vidéos prises sous d'autres angles montrent que les flammes n'ont pas atteint les membres des forces de l'ordre.

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France Télévisions
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Un engin incendiaire explose devant des policiers lors de la manifestation contre la proposition de loi sur la "sécurité globale", à Paris, le 5 décembre 2020. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Les manifestations contre la proposition de loi sur la "sécurité globale" ont été le théâtre de violences, notamment à Paris, samedi 5 décembre. Des membres du cortège qui a défilé dans la capitale ont endommagé des véhicules et des vitrines et allumé des feux. Ces heurts ont fait des blessés parmi les manifestants, ainsi que du côté des forces de l'ordre (48, selon le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin).

Sur Twitter, une image est venue illustrer, pour de nombreux internautes, la gravité des violences contre les policiers et gendarmes. Publiée par le compte de l'Agence France-Presse (AFP) peu après 16 heures samedi, elle montre une quinzaine d'agents, manifestement retranchés devant l'entrée d'un garage, et des flammes à la hauteur du corps de l'un d'entre eux.

Un engin incendiaire qui n'a pas touché les policiers

Dimanche matin, le tweet avait été partagé plus de 1 900 fois au total, par des anonymes mais aussi plusieurs élus du Rassemblement national et des Républicains, et un syndicat de policiers. Comme beaucoup d'internautes, le syndicat voit sur cette image "un policier en feu"

Mais est-ce vraiment ce que montre la photo de l'AFP ? Deux vidéos de la scène, prises sous d'autres angles, ont été mises en ligne par le journaliste indépendant Clément Lanot et un journaliste du site MédiavenirElles montrent qu'un engin incendiaire a atterri à quelques dizaines de centimètres des policiers, et que les flammes n'ont duré qu'un instant. Surtout, elles n'ont pas brûlé les membres des forces de l'ordre.

"Il n'est pas en feu, il a reçu un projectile qui s'est enflammé, dont il s'est protégé", a précisé l'autrice du cliché, Anne-Christine Poujoulat, dans une dépêche AFP dimanche. Les vidéos de la scène le confirment, sans permettre de déterminer si, sans son bouclier, il aurait été touché par les flammes.

"Cela a été extrêmement furtif. J'ai eu l'impression qu'il y avait quelque-chose qui arrivait des airs au niveau de leurs jambes, c'est pour cela que j'ai pris la photo. J'ai vu des flammes très furtivement, je ne pensais même pas les avoir à l'image", ajoute la photographe.

Jointe par France Télévisions, la préfecture de police de Paris confirme que le policier qui semble en feu sur la photo de l'AFP n'a pas été touché par les flammes ni blessé. A Nantes, un membre des forces de l'ordre a été blessé samedi par un engin similaire, selon la préfecture de Loire-Atlantique.

L'AFP critiquée

Gérald Darmanin a réagi dimanche à la suite de ces clarifications. Le ministre de l'Intérieur a dénoncé sur Twitter une "tentative funeste de relativiser les attaques contre les policiers", signe selon lui d'une "insupportable inversion des valeurs".

D'autres internautes et journalistes ont en revanche, à la vue des vidéos de la scène, critiqué la publication de cette image potentiellement trompeuse par l'AFP.

Sur Twitter, l'agence présentait cette photo comme illustrant de "sérieux incidents" lors de la manifestation à Paris, sans apporter aucun autre élément de contexte. Sur AFP Forum, le site où elle met en vente ses photos à destination des médias, l'image en question est accompagnée d'une légende qui n'évoque pas de policier touché par des flammes, mais décrit des agents "entourés par un feu", une description qui ne correspond pas non plus à ce que montrent les vidéos.

Dimanche après-midi, l'AFP a publié une dépêche pour expliquer la publication du cliché. Celui-ci "peut donner l'impression que le policier est la proie de flammes", reconnaît l'agence.

"On n'aurait pas dû diffuser sur Twitter cette photo sans sa légende", sans "la contextualiser davantage", a estimé le rédacteur en chef investigation numérique de l'AFP, Grégoire Lemarchand, récusant toute volonté de "manipulation""Quand on fait une erreur [factuelle], on fait une correction, mais là il n'y en avait pas", a-t-il cependant jugé, l'AFP n'ayant pas écrit que ce policier était la proie de flammes.

L'image était toujours en ligne, dimanche, sur le compte Twitter de l'AFP et le site AFP Forum, où elle a même reçu le label "topshots", qui met en avant les clichés les plus réussis.

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