Regroupement familial : la polémique Valls en cinq actes

Critiqué au sein même du gouvernement, recadré par le chef de l'Etat, le ministre de l'Intérieur réfute avoir l'intention "de remettre en cause le regroupement familial".

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, lors du séminaire de prospective à l\'Elysée, à Paris, le 19 août 2013.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, lors du séminaire de prospective à l'Elysée, à Paris, le 19 août 2013. (REMY DE LA MAUVINIERE / AFP)

Manuel Valls assume ses propos sur l'islam, prononcés lors du séminaire de rentrée des ministres à l'Elysée. Ses déclarations ont divisé les membres du gouvernement présents autour de la table lundi, obligeant le ministre de l'Intérieur à se justifier, mercredi 21 août. Retour sur la controverse.

Acte I : Manuel Valls choque

Le ministre de l'Intérieur était le dernier à prendre la parole lors de cette rentrée gouvernementale à l'Elysée, lundi 19 août. Chaque ministre était appelé à donner ses grandes orientations pour la France et au moment de s'exprimer. Manuel Valls n'a pas manqué de déranger certains de ses collègues, qui se sont confiés à Libération. D'après Manuel Valls, la poussée de l'immigration, notamment africaine, va "obliger d’ici à dix ans à repenser notre politique migratoire", ajoutant que la "question du regroupement familial pourrait être revue". Autre objectif du ministre de l'Intérieur, selon le quotidien, prouver que "l'islam est compatible avec la démocratie"

De son côté, Manuel Valls assume. Il a déclaré à Libération s'être "appuyé" sur les déclarations de François Hollande à Tunis pour affirmer que la France "allait faire la démonstration que l'islam est compatible avec la démocratie". Selon lui, c'est faire preuve de "mauvaise foi que de comprendre autre chose".

Acte II : Manuel Valls divise

Certains de ses collègues ont quitté le séminaire de l'Elysée sans s'émouvoir des paroles de Manuel Valls, n'y voyant rien de "neuf, ni de choquant". Mais Libération cite d'autres ministres visiblement dérangés : "Certains (...) y ont vu 'un moment de consternation outrée'", relate le journal. "Il a franchi un cap hallucinant", a confié anonymement un ministre. "Ça pose un vrai problème politique", a ajouté un autre.

Mardi matin, Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, s'est désolidarisée du ministre de l'Intérieur dans les "4 Vérités" sur France 2 : "Pour ma part, je ne crois pas que la mise en cause du regroupement familial soit une manière de faire vivre notre cadre républicain." Les ministres écologistes Pascal Canfin et Cécile Duflot se sont également joint au camp des anti-Valls, dénonçant mercredi un ministre qui met "le désordre" et qui "ne rend pas service à la gauche".

Front commun, en revanche, pour Stéphane Le Foll, Pierre Moscovici et Michel Sapin. Les trois ministres ont pris la défense de leur collègue dans les matinales des radios mardi. Sur France Inter, Pierre Moscovici a souligné que "dans un séminaire, chacun s'exprime librement et chacun donne sa vérité, ses idées". "Mais quand je lis que Manuel Valls aurait laissé planer un doute sur le fait que l'islam soit compatible avec la démocratie, pas du tout. Il a dit exactement le contraire", a précisé le ministre de l'Economie et des Finances. "Il n'y a pas de problème Valls", conclut sur Europe 1 Stéphanie Le Foll, ministre de l'Agriculture.

Acte III : Manuel Valls s'explique

Rien de plus normal que de s'interroger sur la politique migratoire en France, s'est justifié Manuel Valls. Sur BFMTV mardi matin, il a renchéri : "J'ai dit, ce n'est pas la première fois et je ne suis pas le seul à le dire, qu'il faut rebâtir un partenariat avec l'Afrique, notamment sur la question migratoire."

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"C'est l'ensemble de nos politiques migratoires qui devront être questionnées pour la France et pour l'Europe, et notamment sur le bassin méditerranéen. Toutes les questions seront posées et (...) parmi d'autres la question du regroupement familial peut être posée", a poursuivi le ministre de l'Intérieur. Il a dénoncé des "propos déformés", des "rumeurs", des "fausses informations".

Acte IV : Manuel Valls est recadré 

Après deux jours de polémique sur les propos de son ministre, le président François Hollande a assuré, mercredi, qu'il n'y avait "pas de débat" sur le regroupement familial. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, poussée dans ses retranchements par les questions des journalistes, a fini par s'exprimer à ce sujet après le Conseil des ministres : "Je vous confirme que le président de la République a estimé que la politique migratoire et le regroupement familial ne faisaient pas partie des débats de cette rentrée."

Acte V : Manuel Valls réfute les accusations

"Le débat doit être apaisé, il ne s'agit pas de remettre en cause le regroupement familial, on déforme mes propos", a tenu à préciser Manuel Valls, mercredi lors d'un déplacement à Aurillac, avant d'ironiser : "Je n'agace personne, j'espère bien." "Attention aux rumeurs distillées par les uns et les autres. Je n'ai pas envie de perdre mon temps dans des querelles qui n'intéressent pas les Français", a prévenu le ministre.

"Je sais que je gêne à droite et parfois à gauche. Je veux faire la démonstration que la gauche peut réussir" dans les domaines du ressort du ministère de l'Intérieur. "Le voilà, le message qui est le mien, celui d'un homme de gauche", a ajouté Manuel Valls. "Je ne polémique pas", a-t-il insisté, avant de se féliciter que "les Verts soient des tenants de l'ordre". Et de conclure : "C'est bien, l'ordre républicain et l'autorité sont des valeurs de gauche."