Accusations de viol contre Nicolas Hulot : comment le nom de la plaignante, Pascale Mitterrand, a fini par être révélé

Restée anonyme, à sa demande, dans l'enquête d'"Ebdo", la petite-fille de François Mitterrand a finalement vu son identité révélée par "Le Parisien".

Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, quitte l\'Elysée, le 17 janvier 2018.
Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, quitte l'Elysée, le 17 janvier 2018. (PDN/SIPA)

"Je ne veux pas apparaître, ni maintenant ni jamais." Lorsqu'elle a accepté de se confier au magazine Ebdo, Pascale Mitterrand a posé ses conditions afin que son nom ne soit pas révélé publiquement. Sa demande a été acceptée : dans l'enquête publiée par l'hebdomadaire vendredi 9 février, celle qui accuse Nicolas Hulot de viol est simplement présentée comme "Marie", une femme de "grande famille française"

Pourtant, jeudi, alors que l'article commence déjà à circuler dans les rédactions, cette couverture vole en éclats. Le matin, sur BFMTV, le journaliste Jean-Jacques Bourdin évoque la "petite-fille d'un homme politique célèbre". A la mi-journée, le site du Point précise qu'il s'agit de "l'une des petites-filles de François Mitterrand". Dans la soirée, le site du Parisien finit de révéler l'identité de la plaignante : "Il s'agit en réalité de Pascale Mitterrand."

Contacté par franceinfo, le directeur de la publication du Parisien, Stéphane Albouy, assume cette décision. "A partir du moment où l'enquête d'Ebdo présente le nom de famille de la plaignante comme un élément central du dossier, notre travail est de savoir qui est cette personne et d'expliquer pourquoi ce nom peut avoir joué un rôle", explique-t-il. Une fois l'information connue, elle a été jugée suffisamment importante pour être publiée, d'autant qu'elle "avait déjà commencé à circuler sur les réseaux sociaux".

"Il était inévitable que le nom sorte"

Pourquoi le quotidien n'a-t-il pas respecté le souci d'anonymat exprimé par Pascale Mitterrand ? Stéphane Albouy avance un élément de contexte. "Cette exigence a été exprimée au moment où cette personne a discuté avec Ebdo, dit-il. Mais il y a une suite de l'histoire, qui n'appartient plus à Ebdo. Dès la publication de l'enquête, il était inévitable que le nom sorte. Penser qu'il serait préservé est illusoire."

L'un des deux auteurs de l'enquête, Laurent Valdiguié, estime que l'anonymat "aurait pu tenir", d'autant que la volonté de Pascale Mitterrand avait été clairement exprimée dans son article. "La protection de la source n'a pas seulement consisté à ne pas mettre le nom, mais aussi à se priver de tout un tas de détails d'identification", explique-t-il à franceinfo, déplorant que Le Parisien se soit "affranchi de toutes ces règles".

Pour éviter de se retrouver dans une telle situation, Pascale Mitterrand aurait-elle dû refuser de se confier à l'hebdomadaire ? Joint par franceinfo, son avocat en doute. "De toute façon, les infos d'Ebdo ne venaient pas de la famille, affirme Michel Dufranc. Si ma cliente avait opposé une fin de non-recevoir, il n'est pas du tout dit qu'Ebdo n'aurait pas révélé son nom. Là, elle a pu s'assurer qu'ils respectent son anonymat."

La famille Mitterrand désapprouve que son nom ait été rendu public.Michel Dufranc, avocat de Pascale Mitterrandà franceinfo

Selon Laurent Valdiguié, la famille Mitterrand, qui "protégeait ce secret" depuis deux décennies, était toutefois tiraillée par "une envie de parler mais de ne pas apparaître". En déposant plainte après le délai de prescription, Pascale Mitterrand "ne voulait pas de procès" et "ne voulait jamais se retrouver face à Hulot", mais "elle voulait que ce soit écrit quelque part", souligne le journaliste.

"Ce dossier a besoin de clarification"

Après la publication de l'article du Parisien, l'avocat de la plaignante a publié un communiqué, vendredi, pour rappeler que sa cliente n'était "en aucune manière à l'initiative des révélations" d'Ebdo et qu'elle avait affirmé, "dès le départ""qu'elle ne souhaitait pas cette médiatisation" – à laquelle "elle n'avait aucun pouvoir de s'opposer".

Du côté du Parisien, Stéphane Albouy estime qu'il est "bien que l'avocat prenne la parole""Il me semble intéressant et souhaitable pour tous les protagonistes que des éléments comme le nom sortent, affirme-t-il. Ce dossier a besoin de clarification."