Martine Aubry deviendrait-elle la première des frondeuses ?

Discrète en début de quinquennat, la maire de Lille critique de plus en plus, depuis près d'un an maintenant, la politique menée par Hollande et Valls.

Martine Aubry et le Premier ministre, Manuel Valls, à Lille (Nord), le 9 octobre 2014.
Martine Aubry et le Premier ministre, Manuel Valls, à Lille (Nord), le 9 octobre 2014. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Elle réfute le terme : non, Martine Aubry n'est pas une "frondeuse", elle veut juste "débattre" avec le gouvernement, assure-t-elle sur France Inter, lundi 20 octobre. Pourtant, la maire de Lille (Nord) est passée à l'offensive, dimanche, en éreintant la politique économique de François Hollande et de Manuel Valls, à l'occasion d'un entretien accordé au JDD.

Depuis plus d'un an maintenant, Martine Aubry prend ses distances avec l'exécutif. Francetv info revient sur les principales étapes du combat entre la socialiste et le gouvernement.

Août 2013 : "L'heure n'est plus au rafistolage"

Discrète pendant les premiers mois du quinquennat de François Hollande, Martine Aubry dégoupille sa première grenade en août 2013. "La France a la possibilité d'inventer un autre monde", juge l'ancienne première secrétaire du PS dans une tribune publiée par Le Monde.

A l'époque, le ton reste mesuré, les critiques à fleurets mouchetés. La maire de Lille se dit ainsi "pleinement solidiaire du gouvernement qui, avec courage, s'attelle au redressement du pays". Mais pour elle, "l'heure n'est plus au rafistolage" : "Si justes et efficaces qu'elles soient, aucune des lois votées, aucune des mesures prises ne sera suffisante si l'avenir n'est pas rendu plus visible et surtout plus désirable."

Juillet 2014 : "Il n'est pas trop tard pour réussir le quinquennat"

Pendant plusieurs mois encore, Martine Aubry reste en retrait de la scène politique nationale, attendant une décision judiciaire dans l'affaire de l'amiante, explique Le Monde. Avec l'annulation de sa mise en examen fin juin, elle sort de son silence à l'occasion des débats sur la réforme territoriale.

Pas question d'accepter la fusion de sa région, le Nord-Pas-de-Calais, avec la Picardie voisine. "On n'est pas en train de faire du Monopoly ou de jouer à SimCity. On touche aux origines de chacun", dénonce-t-elle lors d'une conférence de presse à Paris, le 18 juillet. "Nous voulons avoir le temps de porter une grande réforme qui ait un sens."

THIERRY CURTET / FRANCE 2

Sauf que ce jour-là, ses critiques ne se limitent pas à la seule carte de France. La socialiste ne résiste pas à quelques piques sur la politique générale du gouvernement. "Si depuis deux ans, dans tous les domaines, on avait eu une grande vision et une méthode, on aurait eu un peu moins de problèmes", juge-t-elle.
Mais pour Martine Aubry, "il n'est pas trop tard pour réussir le quinquennat".

Août 2014 : "Paris n'est pas la seule ville de France a avoir besoin d'une régulation des loyers"

Le timing est choisi : au moment même où Manuel Valls arrive à l'université d'été du PS à La Rochelle (Charente-Maritime), samedi 30 août, Martine Aubry publie un communiqué pour demander que des villes, dont Lille, bénéficient de l'encadrement des loyers. La veille, le Premier ministre était revenu sur ce dispositif, le limitant à la capitale.

"Paris n'est pas la seule ville de France à avoir besoin d'une régulation de ses loyers", estime maire de Lille. Qui rappelle, au passage, que cette mesure constituait "l'engagement 22 de François Hollande" pendant la campagne. Avec cette sortie, Martine Aubry obtient le feu vert du gouvernement : le dispositif pourra être expérimenté à Lille.

Septembre 2014 : "Manuel, faut pas se crisper"

Martine Aubry profite de la braderie de Lille pour débuter un nouvel affrontement avec l'exécutif. Invitée pour l'occasion sur Europe 1, dimanche 7 septembre, elle juge qu'il y a "des inflexions à faire dans la politique économique pour que la croissance revienne". "Réduire les déficits, il faut le faire (...) sans casser la croissance", réclame-t-elle.

FRANCE 2 LILLE

Manuel Valls lui répond à distance, en marge d'un déplacement en Italie. "Il faut faire des réformes mais nous ne faisons pas d'austérité", réplique le Premier ministre. Pas suffisant pour faire taire Martine Aubry, qui persiste et signe le lendemain en conférence de presse. "Je dis à Manuel, très simplement : faut pas se crisper", lâche-t-elle à l'adresse du chef du gouvernement, auquel elle réclame à nouveau un "rééquilibrage" de la politique économique.

Octobre 2014 : "On n'a pas fixé le cap"

"Réorienter la politique économique", Martine Aubry le réclame, encore une fois, dans une interview coup de poing accordée au JDD, dimanche 19 octobre. Promis juré, elle n'est "candidate" à rien d'autre qu'au "débat d'idées", ce qui ne l'empêche pas de proposer une alternative à la politique gouvernementale.

Certes, l'exécutif a accompli quelques "bonnes choses", comme "le retour de la France sur la scène internationale", concède-t-elle. Mais la crise n'est pas finie : il faut "refaire de la politique", "donner la destination du voyage", "on n'a pas fixé le cap", déplore la socialiste. Pas de quoi bousculer François Hollande : "Les réformes se poursuivront", quoi qu'en pense Martine Aubry, répond le président. Le bras de fer se poursuit.