"Vous ne serez jamais une candidate républicaine" : un descendant d'immigrés espagnols répond à Marine Le Pen sur la gratuité de l'école

La proposition de la présidente du Front national de mettre fin à la scolarisation des enfants en situation irrégulière a fait réagir Thomas sur la plateforme Medium. Car son histoire est liée à cette mesure.

La présidente du Front national s\'est exprimée le 8 décembre 2016 en faveur de la fin de la scolarisation des enfants en situation irrégulière.
La présidente du Front national s'est exprimée le 8 décembre 2016 en faveur de la fin de la scolarisation des enfants en situation irrégulière. (BONY/SIPA)

Lorsque Marine Le Pen a proposé, jeudi 8 décembre, la fin de la scolarisation des enfants en situation irrégulière, son sang n'a fait qu'un tour. Il faut dire que Thomas, 22 ans, étudiant en Master 2 dans une école de commerce, est descendant d'immigrés espagnols. Une semaine plus tard, dans une tribune publiée mercredi 14 décembre sur la plateforme Medium, il a tenu à répondre à la proposition de la présidente du Front national. Dans ce texte, l'étudiant s'interroge : quel aurait été le sort de ses parents immigrés si la mesure prônée par Marine Le Pen avait été vigueur ? Pour lui, la réponse est évidente. 

Ma grand-mère n’aurait sans doute pas pu apprendre à lire et à écrire. Ma mère et sa fratrie auraient peut-être appris le français au contact des autres, mais ils n’auraient pas pu faire d’études. Mes grands-parents n’en avaient pas les moyens. Et je n’en serais pas là aujourd’hui.Thomassur Medium

Contacté par franceinfo, Thomas explique sa démarche. "J’ai écrit ce papier car cette proposition, c’est la goutte de trop", rapporte le jeune homme, d'ascendance espagnole par son père et sa mère. "Du côté de mon père, ce sont mes arrière-grands-parents qui sont venus d’Espagne, rapporte-t-il dans sa tribune. Côté maternel, l’immigration est plus récente : mes grands-parents sont arrivés en France depuis leur Andalousie natale dans les années 1960."

Une mesure qui signerait "la fin du modèle français"

Grâce à l'éducation gratuite et obligatoire pour tous en France, sa grand-mère paternelle "a eu la chance de pouvoir aller à l’école. Il en est de même pour ma mère et ses frères et sœurs, qui ne parlaient pas un mot de français avant de pouvoir aller à l’école à l’âge de 6 ans." C'est d'ailleurs à l'école que son père et sa mère se sont rencontrés, précise Thomas à franceinfo. "Il est aujourd’hui ingénieur en informatique et ma mère est chargée de clientèle dans une banque", précise-il.

Grâce à leurs efforts, mais aussi grâce à ce que la France avait à leur offrir de plus beau, mes parents ont réussi à s’en sortir, à grimper l’échelle sociale.Thomasà franceinfo

Selon lui, en finir avec la scolarisation gratuite des enfants en situation irrégulière reviendrait à "mettre fin au modèle républicain". A casser un puissant levier d'intégration. "Quoi de mieux que l’école de la République pour permettre cette intégration, l’encourager ? Fermer les portails des écoles à ces personnes  –  ou une partie en tout cas en supprimant la gratuité –  c’est les empêcher de vouloir réussir dans un pays qu’ils commencent à découvrir", dénonce l'étudiant dans sa tribune. Autant de symboles qui, selon lui, viennent disqualifier la candidate du FN pour 2017. "Vous n’êtes pas et vous ne serez jamais une candidate républicaine !" appuie le jeune homme en conclusion de son billet. Auprès de franceinfo, il poursuit : 

Comment voulez-vous que l’on intègre les personnes issues de l’immigration en les rejetant ? Comment voulez-vous qu’ils se sentent bien accueillis si nous les empêchons d’aller à l’école comme tout le monde, c’est-à-dire gratuitement ?Thomasà franceinfo

A ses yeux, c'est aussi prendre la question de l'immigration à l'envers. "Pourquoi l'immigré serait un problème ? Pour arriver à faire ce genre de proposition, il ne faut pas avoir été touché par le problème, de près ou de loin. Lorsque l’on est ou se sent concerné, on comprend que ces propositions sont, a minima, absurdes et au pire, dangereuses."