"Pas d'amalgame" : comment les cadres du Rassemblement national prennent leurs distances avec le tireur de Bayonne

Agé de 84 ans, Claude Sinké a porté les couleurs du Front national aux élections départementales de 2015, avant d'être écarté du parti. Le fait qu'il ait été un ancien candidat du FN embarrasse aujourd'hui le parti de Marine Le Pen.

La cheffe du Rassemblement national, Marine Le Pen, le 7 octobre 2019 à Paris.
La cheffe du Rassemblement national, Marine Le Pen, le 7 octobre 2019 à Paris. (ALAIN JOCARD / AFP)

Avant de tirer sur des fidèles devant une mosquée, faisant deux blessés graves, Claude Sinké a fait de la politique. Le principal suspect de l'attaque de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) a été candidat pour le Front national en 2015, lors des élections départementales.

L'un de ses adversaires, le député LREM Lionel Causse, décrit aujourd'hui un homme "colérique", qui "n'aimait pas les étrangers". Dès que sa proximité avec le FN a été connue, plusieurs responsables politiques, comme le communiste Ian Brossat, s'en sont pris au parti de Marine Le Pen.

Manifestement embarrassé, le Rassemblement national a rapidement pris ses distances avec Claude Sinké. Une heure après la nouvelle de l'attaque, Marine Le Pen prend la parole sur Twitter pour dénoncer un acte "absolument contraire à toutes les valeurs portées par [son] mouvement"

Peu avant 19 heures, dans un communiqué, le parti reconnaît que l'homme a porté ses couleurs, mais précise l'avoir rapidement écarté. "A l'issue du scrutin, ce dernier a été écarté de sa fédération départementale pour avoir tenu des propos jugés contraires à l'esprit et à la ligne politique du Rassemblement national. Il n'a, depuis, plus participé à la moindre action du mouvement et n'est plus adhérent", écrit le parti, en qualifiant l'attaque de Bayonne d'"acte barbare", qui doit être traité "avec la sévérité la plus totale". "Nous n'avions plus de contact avec lui depuis des mois. Et avant, dans les réunions, il était mis dehors par nos DPS", les membres du service d'ordre du parti, a par ailleurs affirmé un responsable du RN, qui a préféré rester anonyme, auprès de l'AFP.

"Rien ne laissait présager qu'il s'agissait d'un dingue"

Mardi matin, dans les matinales radio ou télé, le mot d'ordre est le même : "Pas d'amalgame." Selon Jordan Bardella, député européen RN, le suspect a effectivement fait partie "des 8 000 candidats" de l'ex-FN aux départementales. Mais "rien dans son parcours ne pouvait, en l'occurrence, laisser présager qu'il s'agissait d'un dingue", a-t-il déclaré sur BFMTV. Jordan Bardella a rejeté toute mise en cause du FN, en répondant à ses détracteurs : "Je leur dis qu'ils ont tort, bien souvent ces responsables politiques [comme par exemple Ian Brossat] sont les premiers à brandir le 'pas d'amalgame' [lors d'un attentat islamiste], alors là, en l'occurrence, effectivement, pas d'amalgame et ne mélangeons pas tout."

Pas sûr cependant que ce discours soit très apprécié par certains militants et sympathisants du parti. Sur Facebook, le communiqué du RN a été très commenté, parfois de manière très critique. "Je ne condamne pas", cingle par exemple l'un d'entre eux, quand une autre a fait ses adieux au parti : "Merci Marine, une voix de moins pour vous si vous pensez comme ça, franchement on va voter pour qui ?"

Capture d\'écran de commentaires sur le post Facebook du RN condamnant l\'attaque contre la mosquée de Bayonne.
Capture d'écran de commentaires sur le post Facebook du RN condamnant l'attaque contre la mosquée de Bayonne. (FACEBOOK)

Capture d\'écran de commentaires sur le post Facebook du RN condamnant l\'attaque contre la mosquée de Bayonne.
Capture d'écran de commentaires sur le post Facebook du RN condamnant l'attaque contre la mosquée de Bayonne. (FACEBOOK)