Linguistique : pourquoi parle-t-on de "sarkozystes" et de "hollandais" ?

Les dérivations politiques de noms propres existent depuis toujours. Mais comment "Sarkozy" devient "sarkozyste", voire "sarkozien" ? Qui a pu décider que les supporters de Hollande deviendraient des "hollandais" et pas des "hollandistes" ? Examen.

Les suffixes s\'emparent de la politique...depuis toujours.
Les suffixes s'emparent de la politique...depuis toujours. (AFP)

Les dérivations politiques de noms propres existent depuis toujours. Mais comment "Sarkozy" devient "sarkozyste", voire "sarkozien" ? Qui a pu décider que les supporters de Hollande deviendraient des "hollandais" et pas des "hollandistes" ? Examen.

"-iste tu es, -ien tu deviendras...peut-être !" C'est en substance ce qu'explique Marc Arabyan, professeur de linguistique à l'université de Limoges, si on lui demande comment sont attribués ces suffixes attachés aux noms des dirigeants politiques.

La règle semble être simple : le -iste désigne le partisan au sens politique, idéologique et d'une certaine façon militant du terme. Il accompagne aussi l'ascension, la conquête. Vient ensuite le -ien, une fois le feu de l'action passé, le pouvoir - enfin - exercé et après maturation critique du système (désigné en -isme).

Ainsi, depuis le général de Gaulle, tous les président de la République, leurs mouvements et leurs militants sont passés du -iste au -ien : "Giscardien", "pompidolien", "gaullien", "mitterrandien" ou "chiraquien" sont ainsi plus usités que les dérivés en -iste.

"Sarkozien" a encore du mal à être utilisé. Ce qui fait dire à M. Arabyan que les prédecesseurs de l'actuel chef de l'Etat avaient une image plus patriarcale, que l'exercice du pouvoir depuis 2007 est moins apaisé qu'auparavant.

"Question de phonie, tout simplement"

En politique ces néologismes sont très anciens. Les guerres de religions en ont vu apparaître certains comme les calvinistes (1560) ou les luthériens (1523). A la Révolution, on trouvera aussi des dantonistes. Mais certains ne sont jamais passés par la case -iste.

Ainsi au Parti socialiste, Alain Bergounioux, historien et directeur de la revue "Socialistes", rappelle que "rocardiste", "fabiusiste" et même "hollandiste" n'ont que très peu, voire pas du tout, été utilisés. "Question de phonie, tout simplement. Les théories sur l'invention de ces nouveaux mots viennent souvent ... après coup ! ".

Pour lui l'attribution de ces suffixes peuvent même rester inconnue du grand public tant qu'elle ne concerne pas l'apparition d'un nouveau mouvement. M. Bergounioux explique ainsi que les amis de François Hollande se désignaient comme "hollandais" depuis le début des années 2000... mais en petit comité. Lorsque les primaires ont été organisées le "néologisme" hollandais tombait sous le sens.

Récemment  Jean Véronis, professeur de linguistiqueà l'université de Provence, notait l'apparition de suffixes cette fois accolés aux  prénoms des ...femmes politiques. Exclusivement. Ainsi en janvier dernier relevait-il l'apparition du  mot "mariniste" pour désigner les partisans de Marine Le Pen.

A t-on jamais entendu parler de "charlisme" ?

Cela lui fait dire que les politiques ont peut-être "un regard paternaliste et condescendant sur un sexe resté faible dans les esprits politico-machistes. A t-on jamais entendu parler de 'charlisme' pour les gaullistes ou de 'nicolism'e pour les sarkozystes?" "Mariniste " n'a pas passé l'hiver mais les ségolenistes ont existé. Jean Véronis relève même qu'en 2006 trois blogs parlaient de " ségaullisme", parmi eux celui de DSK.

L'attribution arbitraire d'un suffixe (il semble que seul le nombre de personnes - s'il est important - employant un néologisme permet à celui-ci de durer) revêt parfois des intentions particulières. Comme l'a noté un autre linguiste, Claude Gruaz, directeur de recherche au CNRS, il n'est pas anodin à propos de Montebourg de parler des "hollandien" et des "aubryiste"...en octobre dernier (Le Post, 10/10/11) ! Manière peut-être de ne pas reconnaître l'autre, le vainqueur, les finalistes ?

Les suffixes, même s'ils sont courts, peuvent être lourds de sens. Le Pen père parlait ainsi à dessein des "sidaïques" et des "sidatorium" en parrallèle à judaïques et crématorium...

Pour FTV2012, M. Gruaz a étudié les occurrences sur Internet de certains néologismes. Sarkozysme (544 000) est largement en tête devant  aubryen (460 000) plus fort que sarkozien (264 000). Les résultats pour hollandais sont évidemment diificile à chiffrer tandis que "vallsiste" reste très confidentiel, 140 pages trouvés. Sans doute à cause d'une graphie pas évidente...