Macron, Sarkozy, Darmanin... On a retranscrit tout ce que Wauquiez a lâché aux étudiants de l'EM Lyon

Franceinfo a retranscrit l'ensemble des propos tenus par le président des Républicains dans les documents sonores publiés par l'émission "Quotidien" diffusée sur TMC.

Laurent Wauquiez sur le plateau de \"L\'Emission politique\", sur France 2, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le 25 janvier 2018.
Laurent Wauquiez sur le plateau de "L'Emission politique", sur France 2, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), le 25 janvier 2018. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Laurent Wauquiez est en pleine tourmente. Le président des Républicains est mis à mal après des enregistrements dévoilés par l'émission "Quotidien" sur TMC. Ils ont été réalisés jeudi 15 et vendredi 16 février dans le cadre d'un cours de l'EM Lyon Business School. Les déclarations du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes continuent de faire réagir la classe politique. Franceinfo a retranscrit, par écrit, l'ensemble des propos tenus par Laurent Wauquiez qui ont été publiés par l'émission présentée par Yann Barthès.

Sur Gérald Darmanin : "Je ne lui promets pas un grand destin"

"Maintenant, quand on voit Gérald Darmanin, on n'écoute plus du tout ce qu'il dit. C'est plus le budget, c'est plus quoi que ce soit. C'est juste : 'Tiens, c'est le type qui était avec une call-girl, qui s'est fait ceci cela, c'est vrai, ce n'est pas vrai, etc.' Donc, le truc est totalement altéré.

Et puis, il y a quelque chose qui me trouble beaucoup : c'est quand même l'idée que si on pioche dans la caisse, c'est un problème. Et par contre, la relation aux femmes, ce n'est pas un problème. 

Mais hier, s'est passée la deuxième étape. Quand moi, j'ai sorti ça, j'ai été en minorité à l'intérieur de mon parti. Moment très dur pour moi à gérer parce que je viens de prendre la tête de mon parti. Boum, normalement, je dois être le patron, je leur dis : 'OK les amis, maintenant, c'est ça la ligne à suivre.' Je me retourne : il n'y a personne !

Et donc, j'ai eu toute une série de voix dissonantes qui ont dit : 'Non, mais nous, on trouve que c'est bien, il faut qu'il reste. Présomption d'innocence.' En ayant eu une séance de débat autour de la table avec un certain nombre de responsables de ma famille politique, en les regardant dans les yeux, je me demandais : 'Il y en a combien qui se disent 'pourvu que ça ne m'arrive pas !'

A l'arrivée, deux semaines après, hier, on a la deuxième révélation, qui est une deuxième affaire. Parce que maintenant, il y a une règle, c'est que tout sort. Et donc, le type, là où il est complètement dingue, c'est qu'il se raconte à lui une belle histoire, il croit qu'il va passer à travers les gouttes. Il pense qu'il est inatteignable. Tout le monde a expliqué que c'était le meilleur, le plus beau, que les députés En marche ! l'idolâtraient, et que c'était le nouveau génie, incarnation du macronisme. Donc, il pense qu'il est intouchable, et qu'il peut faire ce qu'il veut. Sauf qu'il ne peut pas faire ce qu'il veut. Et il y a une deuxième affaire qui vient de sortir dans laquelle, à nouveau, il a abusé de faiblesse. Et ça n'est que le début. Et donc, il va tomber. Mais en tombant, le problème, c'est qu'il va éclabousser tout le monde."

Il évoque également le cas de Gérald Darmanin dans un autre extrait (à partir de 57 secondes). "Vous regardez Darmanin, vous avez une interview sur franceinfo avec Aphatie, qui est absolument extraordinaire. Mais c'est un monument à regarder, ce truc. C'est du Cahuzac puissance 10."

"Le type sait très bien ce qu'il a fait, il sait très bien ce qui va arriver. Juste, celui-là, je le commenterai deux secondes, parce que quand même, il est tellement drôle. Ah, non mais c'est génial. Il sait très bien ce qu'il a fait. Vous penserez à moi dans les semaines qui viennent. Mais lui, je ne lui promets pas un grand destin. Parce que ça va faire très mal et ça va devenir l'incarnation de ce qu'a été Cahuzac."

Sur Emmanuel Macron : "Pour faire cool, il fait comme moi"

D'après Laurent Wauquiez, le chef de l'Etat s'est inspiré de sa stratégie de communication (à partir de 30 secondes dans l'enregistrement ci-dessus). "Le président de la République actuel, Macron, lui pour faire cool, il fait comme moi. Il se met en chemise, bras de chemise. Jamais un président ne s'était mis en bras de chemise."

Sur les députés En marche ! : des "guignols"

Le président des Républicains a sévèrement critiqué les députés de la majorité. "L'équilibre des pouvoirs. Ça, ça fait vraiment partie d'une illusion. Vous croyez qu'un parlementaire a le moindre pouvoir aujourd'hui ? Vous avez vu les guignols d'En marche !, là ? Ils sont tous avec le petit doigt sur la couture et ils doivent tous voter la même chose. Quand ils osent apporter la moindre dissonance, ils se font taper dessus avec une matraque. Il n'y a aucun équilibre des pouvoirs en France. Donc, il y a une dictature totale en France. L'alignement entre l'exécutif et le législatif, c'est une vaste foutaise !"

Sur Nicolas Sarkozy : "Il mettait sur écoute" le gouvernement

Laurent Wauquiez a été ministre chargé des Affaires européennes de François Fillon lorsque Nicolas Sarkozy était président de la République. "Nicolas Sarkozy en était arrivé au point où il contrôlait les téléphones portables de ceux qui rentraient en Conseil des ministres. Il les mettait sur écoute pour pomper tous les mails, tous les textos et vérifiait ce que chacun de ses ministres disait au moment où on entrait en Conseil des ministres."

Sur la défaite de François Fillon : "Je n'ai aucun doute que le machin a été totalement téléguidé"

Le président des Républicains estime que le candidat de son parti à l'élection présidentielle de 2017 a été victime d'un cabinet noir mis en place par Emmanuel Macron. "Objectivement, il [Macron] a quand même eu un alignement de planètes assez inespéré. Que Fillon gagne la primaire et que derrière, il le démolisse, ça, je suis sûr et certain qu'il l'a organisé. Je pense qu'ils ont largement contribué à mettre en place la cellule de démolition, oui bien sûr. Je n'ai aucun doute que le machin a été totalement téléguidé."

Sur Angela Merkel : "Vous avez déjà regardé son compte Instagram ?" 

"Par exemple, est-ce que vous considérez qu'Angela Merkel incarne le pouvoir ? Un peu moins ces temps-ci, mais oui. Vous avez déjà regardé son compte Instagram ? Croyez-moi, pour y trouver du charisme, il faut vraiment se lever de bonne heure !"

Sur les syndicats d'Auvergne-Rhône-Alpes : "les plus catastrophiques, c'est le Medef et c'est la CGPME"

"Par exemple, les associations syndicales recevaient à-peu-près 5 millions d'euros chaque année de la région. La CGT se fait un joli chèque de 3 millions d'euros sur le budget de la région, chaque année. Moi, je les ai reçues et je leur ai dit : 'Je suis extrêmement attaché à l'indépendance des syndicats. Et donc, comme je ne veux surtout pas que vous dépendiez de moi, et bah, c'est zéro.' Et le pire, si on est très honnêtes entre nous, c'est que les plus catastrophiques, c'est le Medef et c'est la CGPME [organisations patronales]. Eux, c'est pire que tout. C'est-à-dire, eux, ils n'en ont rien à foutre de savoir si on augmente les cotisations sur les entreprises, si on augmente le truc. La seule chose qu'ils veulent, c'est encaisser l'argent."

Sur Justin Trudeau : "Tout ce qui est bonne pensée, je prends tout"

Laurent Wauquiez n'a pas épargné le Premier ministre canadien. "Deuxième système : c'est Justin Trudeau. Regardez comme c'est sympa. Il n'a pas l'air gentil, le Justin ? (Rires) Hop là ! Qu'est-ce qu'on a derrière ? Regardez-moi ça. Donc lui, en gros, c'est simple : tout ce qui est 'mainstream' [littéralement courant dominant en anglais], tout ce qui est bonne pensée, je prends tout. Et donc l'objectif, c'est : 'Je suis à fond dans tout, tout est nickel, tout ripoliné, il n'y a pas un cheveu qui dépasse, je suis le mec cool, gentil, complètement dans le mainstream du média.'"

Sur Valérie Pécresse : "Ah, le nombre de conneries qu'elle peut faire !"

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a été étonné en apprenant qu'une étudiante avait passé les concours des écoles de commerce après des prépas littéraires. "C'est vrai ? C'est Valérie [Pécresse] qui avait mis ça en place ? Ah, le nombre de conneries qu'elle peut faire !"

Sur Alain Juppé : "Il a totalement cramé la caisse"

Le maire de Bordeaux n'a pas été épargné non plus. Sa gestion de la ville a été épinglée. "Alain Juppé, qui est une personnalité éminemment respectable, il a totalement cramé la caisse. A Bordeaux, il a fait des miracles. Bordeaux est géniale, c'est très bien gérée, mais il a fait exploser les impôts et il a fait exploser la dépense publique et il a fait exploser l'endettement.

Moi, ma conviction, c'est que quand vous faites ça, vous n'avez, à l'arrivée, plus aucune forme de crédit. Parce que si vous êtes de droite, et que vous voulez dire aux gens : 'Si vous me faites confiance, moi, je n'augmente pas les impôts, je lutte contre le gaspillage de l'argent public et je remets de l'ordre dans mes finances', bah commencez par le faire dans vos responsabilités. Et qu'on puisse commencer à vous faire confiance."

Sur la situation de la France : "Ça va péter très très mal et très très dur"

Laurent Wauquiez prédit un avenir sombre et violent dans les années à venir. "On parlera beaucoup d'enjeux de sécurité. Je ne suis pas un adepte de la thèse du complot, mais je pense qu'il est assez vraisemblable que dans les trois à quatre ans, ça va péter très très mal et très très dur."

Sur la relation avec les médias : "Il faut toujours que je me dise que tout ce je dis va sortir"

Laurent Wauquiez a fait une remarque qui laisse entendre qu'il savait que ses propos allaient, éventuellement, être rendus public. "Si j'ai la moindre interface qui sort par le moindre élève, là, pour le coup, ça se passera très mal. Si on veut que ce lieu soit un lieu de liberté, il faut que tout ce que je dise reste entre nous. Donc pas de tweets, pas de posts sur les réseaux sociaux, pas de transcription de ce que je dis. Parce que sinon, ça ne peut tout simplement pas être un espace de liberté. Et ce que je vais vous sortir, ce sera juste le 'bullshit' que je peux sortir sur un plateau médiatique", prévient-il.

Et de poursuivre : "La caractéristique quand on est un élu, surtout dans le monde actuel, c'est que tout ce que vous dites, à tout moment, peut être utilisé, repris, et déformé contre vous. En gros, dans ma vie politique, dès que j'ai plus de deux personnes autour de moi, il faut toujours que je me dise que tout ce je dis va sortir."