Cet article date de plus de deux ans.

"Un visage réducteur par rapport à ce qu'était la droite" : six mois après son élection, Laurent Wauquiez très critiqué chez les Républicains

Six mois après son élection à la tête du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez est déjà contesté. Le week-end prochain, il organise "le Printemps des Républicains", une opération de mobilisation des militants.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Laurent Wauquiez, lors d'un discours le 18 avril 2018. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Voilà six mois que Laurent Wauquiez est devenu le chef du parti Les Républicains, et il est déjà contesté, au sein de la famille LR, à la fois sur la gestion du parti et sur sa ligne politique. Les 9 et 10 juin prochains, il organise "le Printemps des Républicains" pour mobiliser des militants.

Laurent Wauquiez est d'abord critiqué pour sa manière de gérer le parti, et même de le "cadenasser" comme disent ses détracteurs. "Il est comme Sarkozy mais n'a pas son empathie" tranche un membre du bureau politique. On lui reproche d'être autoritaire, mais à distance car il est peu présent, lui qui est président de la région Auvergne-Rhône Alpes. Un président également peu présent sur le terrain : aucune réunion militante en deux mois et demi entre Montargis le 14 mars et Londres mercredi 30 mai.

Laisser la place aux jeunes

Certains regrettent aussi qu'il ne s'appuie pas assez sur les jeunes députés. "Je ne vais pas faire le cow-boy en disant qu'il faut éradiquer de la planète politique tous ceux qui ont plus de 50 ans, ce n'est pas le sujet", explique Aurélien Pradié. Cet élu du Lot a demandé à être reçu par Laurent Wauquiez avec trois de ses collègues à la fin du mois de mai. "Nous lui avons dit que c'était sûrement le moment de laisser une place à une jeune génération, en complément de tous ceux qui ont construit notre famille politique, et que l'on puisse ouvrir cette page-là et se mettre au travail, indique l'élu de 32 ans. Laurent Wauquiez est déjà au travail mais il faut que nous les députés, puissions aussi aussi y contribuer. Nous avons une certaine impatience à être utile."

Aurélien Pradié aspire à faire partie du fameux "shadow cabinet", une sorte de contre-gouvernement promis par Laurent Wauquiez et qui n'a toujours pas vu le jour. La jeune génération est impatiente d'autant plus que l'ancienne génération est, elle, toujours très présente. Les grognards de la Sarkozie (Brice Hortefeux, Rachida Dati, Nadine Morano...) ont par exemple fait leur retour dans la réunion de direction qui a lieu tous les mardis.

Trop proche de Marine Le Pen ?

La ligne politique de Laurent Wauquiez est aussi contestée chez les modérés, notamment sa propension à taper comme un sourd sur le chef de l'Etat. "On donne à notre famille politique un visage très réducteur par rapport à ce qu'était la droite française", estime Vincent Jeanbrun, le maire de l'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne). "Récemment, un tract a été diffusé qui consiste à avoir comme seul slogan 'Pour que la France reste la France'. Moi, je souhaite que la France rayonne, mais en aucun cas qu'elle se replie sur un conservatisme dans une logique de Tea-Party à l'américaine. Si Laurent Wauquiez veut réduire notre politique à ça, je pense qu'il va se retrouver bien seul à terme, car ceux qui ont des valeurs de droite comme moi ne se sentiront pas très bien dans cette chapelle."

Une chapelle trop proche de Marine Le Pen pour les détracteurs de Laurent Wauquiez qui n'a pas souhaité nous répondre, laissant faire ses porte-parole. "Nous pensons qu'Emmanuel Macron vit dans un autre monde", assume l'un d'eux, Gilles Platret. "Il a un comportement de nouveau riche. Et à côté de ce discours, il y a des gens qui souffrent. Quand vous n'êtes pas le créateur d'une start-up, vous avez quand même le droit d'être Français. Quand vous n'avez pas de réussite sociale, nous ne considérons pas que vous n'êtes rien, déclare ce porte-parole des Républicains. Donc oui, nous retrouvons le contact avec un certain nombre de classes populaires et de classes moyennes que nous avons sans doute trop négligées dans le passé."

Des rivaux très actifs

En petit comité, Laurent Wauquiez explique avoir fait son deuil du centre-droit séduit par Emmanuel Macron, se concentrant sur l'électorat qui navigue entre droite et extrême-droite. Mais pendant ce temps, ses rivaux tracent leur sillon avec chacun un micro-parti : La Manufacture de Xavier Bertrand, La France Audacieuse de Christian Estrosi, Force Républicaine de Bruno Retailleau et Libres de Valérie Pécresse. La présidente de la région Ile-de-France a théorisé deux droites en janvier dernier, lors du conseil national. Valarie Pécresse, comme Bruno Retailleau multiplie les propositions : immigration, questions européennes, souvent avant Laurent Wauquiez pour lui couper l'herbe sous le pied.

En coulisses, des élus parlent d'une possible alliance Pécresse-Retailleau pour contrer le président du parti. Laurent Wauquiez est d'ailleurs qualifié par certains de "pape de transition". Il ne serait donc pas question de le laisser s'imposer comme candidat à la présidentielle de 2022.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.