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Les élections cantonales des 20 et 27 mars verront le renouvellement de la moitié des conseillers généraux

Dernier scrutin au suffrage universel direct avant la présidentielle de 2012, les résultats des cantonales seront disséquées à la loupe.Les électeurs voteront-ils en fonction d"enjeux locaux ou pour ou contre Nicolas Sarkozy? Quel sera le taux d"abstention? Quelles conséquences auront ces résultats sur la composition du Sénat et du gouvernement?
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2.023 cantons renouvelés en 2004 et 3 autres (élection partielle), sont concernés par le scrutin des 20 et 27 mars. (AFP - Gérard Julien)

Dernier scrutin au suffrage universel direct avant la présidentielle de 2012, les résultats des cantonales seront disséquées à la loupe.

Les électeurs voteront-ils en fonction d"enjeux locaux ou pour ou contre Nicolas Sarkozy? Quel sera le taux d"abstention? Quelles conséquences auront ces résultats sur la composition du Sénat et du gouvernement?

Les forces en présence

Les socialistes partent avec un net avantage dans ces cantonales. , ils espèrent en grappiller deux ou trois de plus notamment l"Aveyron, les Hautes-Alpes, la Côte-d'Or. Sept à huit murmurent les plus optimistes.

Et s"ils devaient en céder à la droite, comme le pronostiquent certains experts citant entre autres les Pyrénées-Orientales, le Vaucluse, les Deux-Sèvres, la Corrèze, les socialistes ne perdraient pas pour autant la majorité des départements.

La récolte s"annonce au pire comme un bon cru, au mieux comme un excellent millésime sur l"aile gauche.

D"où la volonté de nationaliser l"enjeu. "Si la gauche l"emporte, ce sera une première pierre dans la perspective de l"élection présidentielle", reconnaît le secrétaire national du PS chargé des élections, Christophe Borgel.

Côté UMP au contraire, on évite de trop politiser le débat, manière de limiter les dégâts en cas de lourde défaite.

Certes la dimension de personnalisation joue lors des cantonales - on vote pour une personne et non sur une liste comme aux élections régionales - mais les scrutins intermédiaires passés ont montré qu"ils servaient aussi aux électeurs à exprimer leur mécontentement. Et les dernières élections municipales, européennes puis régionales ont conduit à une sanction sévère pour le pouvoir en place.

De là à penser que l"UMP redoute la bérézina.

Les leaders arpentent le terrain

Du NPA au Front national, tous les partis prennent très au sérieux les élections de mars.
Preuve en est, la majorité des grands leaders politiques sont sur le terrain. Les uns pour soutenir les candidats dans leurs circonscriptions. Les autres pour mener leur propre campagne.

A commencer par François Hollande. Le Président du conseil général de Corrèze a indiqué qu"il ne se présenterait pas à la primaire socialiste, s"il perdait son siège. En progression dans les sondages, l"ancien premier secrétaire du PS n"est pas le plus menacé des présidents sortants, d"autant qu"il peut compter sur le soutien d"une élue de poids dans le département: Bernadette Chirac. Mais cette "théâtralisation" offre une belle rampe de lancement à celui qui se voit déjà en haut de l"affiche.

A la gauche du PS, pas de complexe non plus. Le co-président du Parti de gauche Jean-luc Mélenchon, qui entend "politiser les élections cantonales", vise un score à deux chiffres et présente au côté du parti communiste des candidatures communes dans 1.600 cantons.

Du côté d"Europe Ecologie-LesVerts, on mise sur la vague rose-verte des derniers scrutins locaux pour passer d"une vingtaine à une petite centaine de conseillers généraux.

Les ambitions sont plus modestes côté majorité. Le secrétaire national chargé des élections à l"UMP, Alain Marleix, considère qu"il ne devrait pas y avoir de grands changements mais souffle "on pourrait même assister à de bonnes surprises" espérant des victoires dans le Val-d"Oise et en Seine-et-Marne.

Thèmes de campagne

Sur le terrain, les candidats de la gauche ne se privent pas de rappeler aux électeurs concernés qu"ils éliront leurs conseillers généraux pour la dernière fois (seuls 2 .023 des 4.039 cantons français sont renouvelés).

La réforme territoriale voulue par Nicolas Sarkozy créera en effet un nouveau type d"élus locaux dès 2014, les conseillers territoriaux qui siègeront à la fois dans les conseils généraux et les conseils régionaux. Décriée par la gauche, et par certains membres de la majorité bien que moins loquaces sur le sujet, cette thématique est porteuse pour l"opposition, les Français étant particulièrement sensibles à la question des services de proximité. Autre avantage, ce thème mixe habilement enjeux local et national.

A droite, c"est plutôt la question de la dépendance qui est mise en avant. Outre qu"elle fait écho à la réforme lancée par le chef de l"Etat, la thématique parle aux personnes âgées, l"électorat majoritaire de l"UMP, et peut aussi capter ceux qui ont en charge leurs aînés.

D"autres idées sont lancées, histoire de "tâter le terrain". Les partis veulent profiter des cantonales pour tester des thèmes de campagne. Perspective 2012. Toujours.

La grande inconnue : le taux de participation

Les électeurs vont-ils se déplacer en masse pour voter? Plusieurs paramètres plaident en faveur de la mobilisation : le rôle du conseil général et les élus de proximité relativement connus ainsi que les bon taux de participation des scrutins de 1994 et 2004.

Mais d"autres critères interfèrent. D"une part, ces cantonales ne sont pas couplées à des municipales ou des régionales, une première depuis vingt ans.

D"autre part, le risque de saturation des électeurs est réel. "On est dans une série d"élections intermédiaires de plus en plus abstentionnistes", explique Brice Teinturier, directeur général délégué d"Ipsos. "Il y aura donc probablement une abstention plus élevée qu"en 1994 ou 2004 mais pas un record", pronostique-t-il.

Enfin dernier élément à prendre en considération, la modification non négligeable du mode de scrutin qui fixe à 12,5% des inscrits contre 10% auparavant, le seuil pour pouvoir se maintenir au second tour.

Cela devrait réduire le nombre de triangulaires, écarter le FN d"un certain nombre de circonscriptions et redonner un peu d"air à l"UMP et ses alliés.

La conquête du Sénat

Autre grand enjeu des cantonales de mars : le Sénat.

Pour la première fois dans l"histoire de la V République, la Haute Assemblée qui paraissait une citadelle inexpugnable de la droite et du centre, pourrait basculer à gauche.

Lors des sénatoriales de septembre prochain, la moitié des sénateurs, et non un tiers comme auparavant, vont être renouvelés au suffrage indirect c"est-à-dire via le vote des grands électeurs que sont les délégués et élus des conseils municipaux à plus de 90%, les conseillers généraux et régionaux.

Logiquement, les très bons résultats de la gauche aux municipales de 2008 devraient peser. Et si quelques voix supplémentaires issues des cantonales de mars s"y ajoutent, les propos de certains élus prennent sens : "Il est tout à fait possible que la gauche gagne le Sénat en septembre", explique ainsi Catherine Tasca (Yvelines), vice-présidente de la Haute Assemblée.

Un scénario que Gérard Larcher n'envisage pas prédisant "une majorité de sept à quatorze voix" pour la droite et le centre.

Il n"empêche, le président du Sénat sillonne les départements à la rencontre des élus locaux. Et multiplie les civilités. Au cas où…. dans les coursives du Palais du Luxembourg et le secret de l"isoloir qui peut dire comment s"écrira l"histoire.

La suite de l"histoire ou le rêve secret de la gauche et le cauchemar de la droite

Outre les stricts résultats électoraux, le climat politique et psychologique qui résultera des cantonales de mars sera déterminant dans les prochains mois.

Si la majorité parvient à ravir quelques bastions à la gauche, elle entonnera immédiatement l"antienne de la réussite du gouvernement, de la reconquête, d"une nouvelle séquence… manière de capitaliser.

Dans le cas contraire, c"est un boulevard qui s"ouvre à la gauche.

Après les victoires engrangées aux municipales, aux européennes et aux régionales, un net succès aux cantonales suivi d"une prise du Sénat mettrait la gauche, PS en tête, dans une configuration idéale et inédite à huit mois de la présidentielle. Et lesterait d"autant, le cas échéant, la candidature de Nicolas Sarkozy.

Si on y ajoute le spectre d"une défaite aux législatives du printemps 2012, on imagine la nature des pensées qui hantent les nuits d"un certain nombre d"élus de la majorité.

Les conseils généraux interviennent principalement dans les domaines de l'action sociale, des collèges et des routes

Les missions des conseils généraux sont apparues avec la décentralisation.

Action sociale

- Gestion de l'allocation universelle de solidarité, l'APA (Allocation personnalisée d'autonomie), la PCH (Prestation de compensation du handicap), du RSA (Revenu de solidarité active)

Action en faveur des personnes âgées, des personnes handicapées, de l'enfance, prévention et insertion des personnes en difficulté

60% des investissements des budgets et 80% des personnels

Entretien des routes départementales

- Gestion des348.000 kilomètres (50% des routes françaises)

- Développement du réseau routier et autoroutier par le biais de contrats de plan avec l'Etat et la région

Et aussi

- Organisation des transports collectifs, aménagement et exploitation des ports de commerce et de pêche

- Soutien des communes et des intercommunalités dans les domaines notamment de l'alimentation d'eau potable, de l'électrification, de l'aménagement foncier

Construction et entretien des collèges

Et aussi

- Subventions à des manifestations culturelles

- Soutien à l'accueil et la croissance des grands équipements de recherche

- Aide au maintien des petits commerces, des écoles, les services publics de proximité

- Soutien la modernisation de l'agriculture et à l'installation des jeunes agriculteurs

- Action en faveur de la protection de l'environnement

- Participation à 86% du budget des comités départementaux du tourisme



Quelques chiffres

- 6 68,4 milliards d'euros: dépenses des départements en 2009(fonctionnement et investissements)

- 19 à 79 : nombre d'élus selon les départements avec une représentation démographique très inégalitaire

Alpes-de-Haute-Provence : 30 conseillers pour 160.00 habitants, soit un élu pour 5.330 habitants

Nord : 79 conseillers pour 2,6 millions, soit un élu pour 33.000 personnes

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