Avion, bateau... Ces déclarations "pas très écolos" d'Elisabeth Borne

Dans ses fonctions passées, la toute nouvelle ministre de la Transition écologique n'a pas toujours placé l'environnement parmi ses priorités. Franceinfo vous rafraîchit la mémoire.

Elisabeth Borne, alors ministre des Transports, le 28 mai 2019, à l\'Assemblée nationale.
Elisabeth Borne, alors ministre des Transports, le 28 mai 2019, à l'Assemblée nationale. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

"N'en déplaise aux détracteurs de l'avion, je préfère une petite ligne aérienne qui désenclave rapidement et efficacement, à la construction de très grandes infrastructures de lignes à grande vitesse." C'était il y a tout juste un mois, à l'occasion du Paris Air Forum. Sur la scène, Elisabeth Borne prend le temps de caresser dans le sens du poil les dirigeants du secteur aérien. Et pour finir de les rassurer, la ministre des Transports déclare ceci : "Le gouvernement n'est pas de ceux qui pensent que l'avenir s'écrira sans avion." C'est dit. Applaudissements et soulagement.

Mais dans les couloirs des associations environnementales, la séquence fait grincer des dents. "C'est clair que ce n'est pas la plus écolo", souffle l'une d'elles auprès de franceinfo, "un peu perplexe" de voir qu'Elisabeth Borne a succédé à François de Rugy au ministère de la Transition écologique. En marge de la passation de pouvoir, mercredi 16 juillet, elle est revenue sur ces propos de l'époque. "On ne peut pas remplacer chaque ligne aérienne par un TGV" sans que ça ne se fasse "au détriment des trains du quotidien", a-t-elle rectifié sur BFMTV.

Reste que cette sortie sur l'avion, dont le poids dans les émissions de gaz à effet de serre ne fait plus débat, n'est pas la seule déclaration de la toute nouvelle ministre de la Transition écologique à faire tache. Dans ses fonctions passées, l'ingénieure de 58 ans n'a pas toujours placé l'environnement parmi ses priorités. En mars dernier, c'est la taxe sur les carburants maritimes qui fait sauter de sa chaise la ministre des Transports. Invitée sur BFMTV, elle prévient : "Si on met une taxe sur les carburants maritimes, les bateaux iront ailleurs."

"Ce n'est pas la plus écolo mais..."

En septembre 2018, une autre sortie, à l'occasion du Congrès des maires ruraux de France à Saint-Léger-les-Mélèzes (Hautes Alpes), a fait tiquer plusieurs élus locaux vivant en montagne. Elisabeth Borne était allée leur expliquer que le vélo était... la meilleure solution pour se déplacer. L'assistance avait pris ces propos comme une provocation. Quelques sifflets avaient alors été entendus par les journalistes présents dans la salle.

Contactée par franceinfo, Jean-David Abel n'a pas oublié les déclarations "pas très écologiques" de la ministre qui va désormais cumuler le portefeuille des transports et celui de l'écologie. "Ce n'est pas la plus verte des personnalités politiques mais attendons de voir, reprend dans la foulée le vice-président de France Nature Environnement. Ce n'est pas sa plus grande sensibilité, mais après, ca ne veut rien dire." 

"Quelqu'un d'expérimenté"

Le militant veut laisser "sa chance" à celle qui est (déjà) la troisième ministre à mener la transition écologique sous le quinquennat d'Emmanuel Macron, après les mandats écourtés de Nicolas Hulot puis de François de Rugy. 

Tout dépendra de l'espace que va lui donner le gouvernement et le président. Ce sont eux qui vont définir ce qu'elle va faire ou pas. Jean-David Abel, de France Nature Environnementà franceinfo

Jean-David Abel a déjà eu affaire à Elisabeth Borne par le passé. C'était en 2014, lorsqu'elle était directrice de cabinet... de la ministre de l'Environnement de l'époque. Une certaine Ségolène Royal. "Je me souviens de quelqu'un de rigoureux, de précis, de bosseur et de disponible. Mine de rien, ce n'est pas négligeable, d'avoir quelqu'un d'expérimenté, ça peut compenser son manque de sensibilité", dit-il.

Chez Greenpeace France, on attache peu d'importance au pedigree de la nouvelle locataire de l'hôtel de Roquelaure. "Peu importe qui va endosser le rôle de ministre de la Transition écologique si le président de la République et le Premier ministre n'en font pas leur première priorité, explique Jean-François Julliard, directeur général de l'ONG. Au cours des dernières années, nous avons vu défiler de nombreux ministres en charge de l’environnement et peu importait leurs convictions personnelles ou leurs connaissances des dossiers." Jean-David Abel ose d'ailleurs imaginer qu'Elisabeth Borne a "gardé dans un coin de sa tête les réflexes qu'elle avait lorsqu'elle pilotait les dossiers écologiques sous Ségolène Royal."