Le bilan d’Arnaud Montebourg au gouvernement

Le candidat à l’élection présidentielle 2017 a géré les portefeuilles du Redressement productif, de l'Economie et du Numérique entre mai 2012 et août 2014. Quel constat dresser de ses vingt-sept mois au gouvernement ? Retour sur les avancées et les déceptions de son action ministérielle.

En deux ans d’action, Arnaud Montebourg s’est surtout démarqué par sa défense de l’industrie et du “fabriqué en France”
En deux ans d’action, Arnaud Montebourg s’est surtout démarqué par sa défense de l’industrie et du “fabriqué en France” (MICHEL GARDE / CITIZENSIDE)

Il a pris la tête d’un ministère inédit. Le 16 mai 2012, Arnaud Montebourg est nommé ministre du Redressement productif dans le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault. L’objectif est de taille : engager un mouvement de réindustrialisation en France, quatre ans après les débuts de la crise. Vingt-deux mois plus tard, le socialiste prend du galon à Bercy. Arnaud Montebourg devient ministre de l’Economie, du Redressement productif et du Numérique. Son départ pour cause de désaccord politique, fin août 2014, sonnera le glas de son expérience gouvernementale.

Crise de l’industrie : un impact limité

En deux ans d’action, Arnaud Montebourg s’est démarqué par sa défense de l’industrie et du “fabriqué en France”. Il a fait de la réindustrialisation le mantra de sa politique économique. Mais cette volonté ne suffit pas à ralentir un mouvement de désindustrialisation déjà bien engagé dans le pays. Comme le rappellent Les Echos, 263 usines ont fermé en France en 2013, soit légèrement plus qu’en 2012. L’institut Trendeo recensait encore 217 fermetures d’usines en 2014, contre seulement 163 usines créées.

L’activité industrielle continue de tourner au ralenti entre 2012 et 2014. Selon l’Insee, la production manufacturière a reculé de 2% entre l’été 2012 et l’été 2013, avant de se stabiliser entre 2013 et 2014. Mais la destruction d’emplois s’est poursuivie : l’industrie française en a perdu 34 600 entre l’été 2012 et l’été 2013, puis 30 500 sur la même période l’année suivante. Environ 4 000 entreprises industrielles se sont déclarées défaillantes chaque année entre 2012 et 2014.

En deux ans, Arnaud Montebourg connaît aussi des fermetures d’usines de taille. La raffinerie Petroplus, l’usine Goodyear d’Amiens-Nord, le site PSA d’Aulnay-sous-Bois… Et l’extinction des hauts-fourneaux d’ArcelorMittal à Florange – son “échec le plus cuisant”. Le ministre du Redressement productif a prôné la nationalisation de ces hauts-fourneaux, mais il a été désavoué par Jean-Marc Ayrault.

L’image d’un Etat plus fort

Arnaud Montebourg a pourtant connu plusieurs succès industriels. Il compte à son actif les reprises de Kem One, des usines Rio Tinto et de FagorBrandt. Présent sur ces grands dossiers, le ministre a donné l’image d’un Etat plus impliqué dans les décisions économiques. De son opposition à la vente de Dailymotion, en passant par sa prise de position (manquée) contre la reprise de SFR par Numericable, Arnaud Montebourg est le visage d’un certain volontarisme et du “patriotisme économique”.

Avec lui sonne aussi “le retour de l’Etat actionnaire”, décrypte L’Usine nouvelle en 2014. Sous Montebourg, l’Etat français acquiert 14% du capital de PSA et 20% du capital d’Alstom – deux opérations particulièrement symboliques. En juin 2014, quand le pôle énergie d’Alstom est finalement racheté par l’américain General Electric, Arnaud Montebourg affirme avoir gagné “la bataille de l’alliance” avec l’Etat dans ce dossier explique Le Monde (édition abonnés).

Le lancement des 34 plans de la nouvelle France industrielle, dès septembre 2013, marque en parallèle la volonté du ministre de miser sur l’industrie française de demain. “Il a le mérite d’avoir remis l’industrie au centre des débats, affirmait en 2014 Jérôme Frantz, président de la Fédération des industries mécaniques (FIM). Ses 34 plans sont cependant revus à la baisse en 2015, quelques mois après son départ du ministère de l’Economie.

Le succès en demi-teinte du “made in France”

Une communication efficace. En posant en marinière à la une du Parisien Magazine, ou en apparaissant au volant de la Renault Zoé, Arnaud Montebourg s’est érigé dès 2012 en fervent défenseur du “fabriqué en France”. Produire et acheter français, est-ce une politique économique viable ? Consommer exclusivement français, comme l’a démontré France 2, est un pari difficile (et coûteux). Mais dès 2012, “on a assisté à une réelle multiplication des start-up qui ont le ‘made in France’ dans leur ADN”, a reconnu récemment sur RTL Charles Huet, auteur d’un guide et d’une application qui répertorient les produits fabriqués en France.

Quant aux relocalisations, fortement encouragées par Arnaud Montebourg, ont-elles vraiment porté leurs fruits ? Avec 150 relocalisations recensées depuis 2005, “on ne peut plus dire que c’est un épiphénomène”, a reconnu en 2014 le professeur d’économie E. M. Mouhoud. Mais il tempère : “Il n’y a qu’une relocalisation pour vingt délocalisations.” Et pour dix emplois délocalisés, seul un est pour l’instant créé en relocalisant. L’exemple de la fonderie Loiselet, à Dreux, est emblématique. Modèle de relocalisation réussie pour Arnaud Montebourg, la fonderie a finalement fait faillite en décembre 2013 (lien payant) – seulement six mois après la visite du ministre.