Élisabeth Borne à Matignon, Yaël Braun-Pivet "au perchoir", Aurore Bergé à la tête de la majorité... La France est-elle en plein "glass cliff effect" ?

Jamais des femmes n'avaient occupé en même temps les postes de Première ministre, présidente de l'Assemblée nationale et présidente du groupe majoritaire au Palais-Bourbon. Est-ce un signe de féminisation de la vie politique ou une incarnation française de la "falaise de verre", qui voudrait que l'on nomme plus de femmes lors de périodes de crise ? 

Article rédigé par
Théo Uhart - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Yaël Braun-Pivet (à gauche), Aurore Bergé (à droite) à l'Assemblée et Élisabeth Borne (au centre) à Matignon forment un trio de femmes au pouvoir, une première dans l'histoire politique française. (AFP / MONTAGE FRANCE INFO)

Elle est la deuxième, elles sont les premières, et elles forment un inédit trio. Avant Élisabeth Borne, seule Édith Cresson avait occupé la fonction de Première ministre dans les années 90. Yaël Braun-Pivet est, elle, la première femme à présider l'Assemblée nationale quand Aurore Bergé est devenue la première députée à présider un groupe majoritaire à l'Assemblée. 

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Ces arrivées conjointes de femmes à des postes à responsabilité, alors que la France traverse une crise à la fois économique et politique, la députée de la majorité Valérie Petit l'analyse comme une des représentations du "glass cliff effect". Cet effet "falaise de verre", en référence au fameux "plafond de verre", "désigne la surreprésentation des femmes dans les postes de pouvoir en période crise aigüe", dénonce la députée sur Twitter. 

"Glass cliff effect" : de quoi s'agit-il ?

"Ceux qui d'habitude ignorent leur talent se disent 'On a tout essayé, faisons quelque chose qu'on n'aurait jamais imaginé : nommons une femme !'", écrit encore la députée. Cette notion de "glass cliff effect" apparaît pour la première fois en 2005, dans une étude britannique [lien en anglais] menée par Michelle Ryan et Alexander Haslam. Ils y démontrent que les femmes sont ainsi plus souvent choisies pour diriger une entreprise lorsque celle-ci connaît une mauvaise passe.

L'exemple typique est la nomination de Carol Bartz à la tête de Yahoo! en 2009 alors que le géant de l'Internet semble en fin de vie. Certains attribuent à cette même "falaise de verre" le choix de Theresa May pour diriger le gouvernement britannique en 2016, juste après le Brexit. "Ces études sont loin de faire consensus", rapporte Magali Guaresi, docteure en histoire contemporaine, "car elles prêtent aux femmes un leadership supposément différent""En général, dans les périodes de crises, on laisse les femmes aller au charbon", souligne la professeure Éliane Viennot, spécialiste des femmes d'État.

"Quand c'est compliqué, quand il y a des coups à prendre, on laisse les femmes s'avancer."

Éliane Viennot

à franceinfo

La chercheuse explique que ce n'est pas un phénomène nouveau, citant en exemple le christianisme. "Lors de l'Église primitive, les femmes sont en avant. On les laisse prendre les coups, littéralement. Mais lorsque le christianisme devient religion d'État, là, les femmes, on n'en veut pas", détaille-t-elle.

"Une évolution en faveur de la parité"

Pour autant, ni l'une ni l'autre des deux spécialistes n'attribuent la nomination d'Élisabeth Borne ou l'élection de Yaël Braun-Pivet à ce phénomène. "Il y a eu une évolution profonde en faveur de la parité", estime Magali Guaresi, pour qui il y a "une pression assez profonde à la féminisation du pouvoir". "Les revendications des féministes sont beaucoup plus entendues", abonde Éliane Viennot.   

"On ne peut plus dire qu'il faut laisser du temps au temps. Plus le temps passe, moins les sommets se libèrent, plus il est est clair qu’il ne s’agit pas juste de temps, mais de stratégies, de réseaux masculins."

Éliane Viennot

à franceinfo

"Je ne crois pas à l'idée que les gens ne se pressaient pas au poste", souligne encore la professeure. "Élisabeth Borne a un profil de bonne gestionnaire technocrate, comme d’autres hommes. Je crois qu'Emmanuel Macron n’a pas pu faire autrement. Il avait tellement promis une femme à Matignon pendant son premier quinquennat. Un deuxième mandat sans le faire serait passé difficilement", analyse de son côté Magali Guaresi. 

L'historienne y voit peut-être même une stratégie de la part d'Emmanuel Macron. "Il y a eu parfois des stratégies sur des sujets très clivants de nommer une femme pour dépolitiser certains sujets. La nomination de Simone Veil, avec tout ce qu’elle incarnait, a été un moyen de dépolitiser un sujet super sensible : la légalisation de l'IVG", conclut-elle.

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