Chambres à gaz qualifiées de "détail" : Jean-Marie Le Pen condamné en appel à 30 000 euros d'amende

Le président d'honneur du FN a été reconnu coupable de contestation de crime contre l'humanité. 

Jean-Marie Le Pen prononce un discours lors d\'une conférence de presse, le 28 septembre 2016, à Mormant (Seine-et-Marne).
Jean-Marie Le Pen prononce un discours lors d'une conférence de presse, le 28 septembre 2016, à Mormant (Seine-et-Marne). (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

La cour d'appel de Paris a confirmé, mercredi 1er mars, la condamnation de Jean-Marie Le Pen à 30 000 euros d'amende pour avoir de nouveau qualifié les chambres à gaz de "détail" de l'histoire de la seconde guerre mondiale en avril 2015. Le président d'honneur du Front national, 88 ans, a été reconnu coupable de contestation de crime contre l'humanité.

Il va former un pourvoi en cassation, a déclaré son avocat, Me François Wagner. La cour a également confirmé, à titre de peine complémentaire, une mesure de publication d'un communiqué judiciaire dans trois journaux. Jean-Marie Le Pen avait en outre été condamné à verser au total 10 001 euros de dommages et intérêts à trois associations parties civiles. L'ancien président du FN avait déjà été condamné à deux reprises, au civil, par la justice française pour ces propos, tenus pour la première fois en 1987.

Des propos qui ont entraîné son exclusion du FN

Le 2 avril 2015, au journaliste Jean-Jacques Bourdin qui lui demandait s'il regrettait d'avoir qualifié les chambres à gaz de "détail", Jean-Marie Le Pen avait répondu : "Pas du tout. Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la guerre, à moins d'admettre que ce soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz."

Le journaliste l'avait alors relancé, demandant si "des millions de morts" pouvaient être qualifiés de "point de détail". "C'est pas un million de morts, c'est les chambres à gaz", "moi je parle de choses précises. Je n'ai pas parlé de nombre de morts. J'ai parlé d'un système. J'ai dit que c'était un détail de l'histoire de la guerre", avait insisté l'ancien leader frontiste.

Condamnés par sa fille Marine qui lui a succédé à la tête du FN, ces propos avaient, entre autres, entraîné la suspension  ensuite annulée par la justice  de Jean-Marie Le Pen du parti qu'il a longtemps incarné, puis son exclusion. Exclusion validée par la justice mi-novembre. Mais Jean-Marie Le Pen reste président d'honneur du FN, décision dont le parti d'extrême droite a fait appel.

"Persistance" d'un "discours haineux"

"Sous couvert d'admettre la réalité et le caractère 'assez ignoble' des chambres à gaz, (…) Jean-Marie Le Pen n'a de cesse d'en relativiser l'importance", soulignait le jugement de première instance, estimant qu'il se livrait en fait à une concession qui n'était "qu'apparente".

Pour Jean-Marie Le Pen, "le fait de périr dans une chambre à gaz est placé sur le même plan que d'autres exactions – 'un éclat d'obus qui vous déchire le ventre, une bombe qui vous décapite' – qui, pour terribles qu'elles soient, s'inscrivent dans le processus de guerre et ne relèvent pas, partant, des crimes contre l'humanité, contrairement à la politique ciblée d'extermination méthodique et spécifique" des nazis, relevait le tribunal. La cour d'appel a confirmé cette analyse.

Lors de l'audience devant la cour d'appel, le 15 décembre dernier, l'avocate générale avait requis la confirmation de la peine prononcée en première instance et étrillé la "persistance" de Jean-Marie Le Pen à tenir ces propos, son "discours haineux". Son avocat avait quant à lui invoqué une "dénaturation" des propos de son client.

Lundi, la cour d'appel d'Aix-en-Provence avait déjà confirmé la condamnation de Jean-Marie Le Pen à 5 000 euros d'amende pour avoir qualifié d'"urticante" et d'"odorante" la présence de Roms à Nice.