Départementales : "Malgré quelques succès locaux, le pari de Marine Le Pen est raté"

Pour Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l'extrême droite à l'université de Perpignan, le FN a réalisé un score plus faible qu'espéré aux élections départementales.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 22 mars 2015, à Nanterre (Hauts-de-Seine).
La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 22 mars 2015, à Nanterre (Hauts-de-Seine). (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Le Front national n'est pas le premier parti de France. Formation la plus représentée lors de ces élections départementales (des binômes candidats dans 93% des cantons), le FN arrive troisième (25%) au soir du premier tour, dimanche 22 mars, derrière la droite et le bloc de gauche (le PS et ses alliés), selon une estimation Ipsos / Sopra Steria pour France Télévisions.

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Mais, sur le plan local, le parti de Marine Le Pen est bien placé dans l'Aisne, et a remporté au moins quatre cantons dès le premier tour. Nicolas Lebourg, historien à l'université de Perpignan et spécialiste du Front national, décrypte ces résultats.

Francetv info : Le FN espérait arriver en tête au soir du premier tour. Ce n'est pas le cas. Est-ce que la dynamique du Front national est enrayée ?

Nicolas Lebourg : Marine Le Pen voulait faire de ces élections un plébiscite. Elle vient de découvrir qu'en politique, le plébiscite ne marche pas à tous les coups. Son pari est raté. Dans son discours, elle parle d'un triomphe, mais en réalité, elle s'attendait à un meilleur score, et elle est déçue. Ce n'est pas un succès pour le FN ce soir, contrairement aux élections européennes de mai dernier.

Dans les villes gagnées par le Front national en 2014, comme Villers-Cotterêts (Aisne) ou Le Pontet (Vaucluse), le FN réalise de bons scores. Dans quatre cantons, il est même élu dès le premier tour. Comment analysez-vous ces succès locaux ?

Il y a également Robert Ménard, qui réalise 45% des voix à Béziers (Hérault). Ce soir, on constate que les implantations FN et le travail d'enracinement local fonctionnent très bien. Dans les territoires où le Front national présente une vraie offre politique, et pas n'importe quel inconnu avec l'étiquette FN, il y a une valeur ajoutée.

Marine Le Pen se félicite de la hausse de participation de ce premier tour, en assurant que "le Front national et le Rassemblement Bleu Marine sont les seuls capables de ramener les Français aux urnes". Que pensez-vous de cette affirmation ?

L’expression est excessive. Mais, effectivement, l’enjeu du Front national paraît avoir suscité une plus grande participation. Les électeurs se sont mobilisés soit pour le soutenir, soit pour voter contre. Le FN est davantage un agent de politisation qu’un marqueur d’un dégoût de la politique.

La question du FN remet du politique dans le débat. On a demandé aux Français de voter à un "scrutin binominal mixte majoritaire à deux tours" pour des élus dont les compétences ne sont pas encore définies par la loi, et ils se sont déplacés plus que prévu pour aller voter. C'est quand même remarquable.

La présidente du FN estime que "les résultats de ce soir sont le socle des résultats dans quelques mois aux régionales". Est-ce que les succès locaux du FN annoncent sa réussite dans certaines régions en décembre ?

Il faudrait comparer les cartes des résultats des municipales, des européennes et des départementales, pour voir s'il y a une structuration locale du vote Front national. Mais, on peut déjà dire que, même si le FN ne remporte pas de conseil départemental, il pourra compter sur de nombreux conseillers départementaux. Ces élus contribueront encore à normaliser son offre politique.